Une imposture

Jean-Jacques Marie

2ème tr 2013

Apparemment, il n’y a aucune raison de parler de Guy Debord dans les Cahiers du mouvement ouvrier, car ce personnage n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier et il n’a jamais lui-même affirmé avoir avec lui le moindre rapport.

Un petit hic, néanmoins. Une véritable campagne promotionnelle engagée aujourd’hui vise à le présenter comme une incarnation, voire l’incarnation de la révolte. Ainsi, le supplément «Culture et Idées» du Monde daté du 23 mars 2013 le présente en première page en s’interrogeant : « Que reste-t-il de la pensée de cet intellectuel révolté ? » La révolte est-elle un placement financier ? L’article de Raphaëlle Rérolle rap­pelle que la BNF a acheté le fonds Debord « en 2011 à la veuve de Guy Debord, pour la somme astronomique de 2,7 millions d’euros ». Voilà qui manifeste un sens aigu de l’usage raisonné de la révolte.

On apprend à sa lecture que « Debord offre une reformulation de la théorie marxiste à l’âge des médias ». Diable ! La journaliste conclut son long article en affirmant : « Même classique, sa pensée n’a pas perdu ses vertus corrosives. Un bâton de dynamite en somme, qui continue de faire peur, de séduire et de fasciner bien après que son auteur a cessé de le brandir ».

Errare Mondi est …

Jean-Jacques Marie

2ème tr 2013

Jean Bimbaum dirige le supplément du Monde des livres. Il y écrit des billets emplis en général d’une satisfaction de soi que nul n’est obligé de partager. Dans un billet du 22 mars 2013 intitulé Istrati, le révolté du siècle, il évoque Vers l’autre flamme, texte capital, écrit-il, où il racontait son périple à travers l’URSS. Et il ajoute finement : « Des années avant Boris Souvarine, Victor Serge ou André Gide, Istrati y décrivait la réalité d’un pays en proie aux “militants-racailles”».

Hélas ! trois fois hélas ! Jean Bimbaum a raté une occasion de ne pas étaler son ignorance. Vers l’autre flamme comporte trois volumes ; l’un a été écrit par Panaït Istrati, et les autres, bien que signés de son nom, ont été écrits respectivement par Victor Serge … et Boris Souvarine. C’est depuis longtemps un secret de Polichinelle.

Pierre Nora :  » … la guerre d’Algérie fut une guerre intellectuelle »

Jean-Jacques Marie

2ème tr 2013

Ça ne s’invente pas ! Dans une interview au Nouvel Observateur datée du 13 décembre 2012, Pierre Nora, historien français réputé, membre de l’Académie française, directeur des « Lieux de mémoire », affirme : « Plus qu’une guerre militaire ou politique, la guerre d’Algérie fut une guerre intellectuelle ».

Ceux qui ont vécu cette période seront sans aucun doute étonnés, voire stupéfaits, par cette vision d’une guerre acharnée qui fit des centaines de milliers de morts et, à un niveau certes plus limité, provoqua en France une opposition, surtout dans la jeunesse, réprimée avec une extrême violence par les forces de police. C’est de cette répression que naquit en mai 1968 le slogan « CRS-SS » !

Cette phrase n’est pas seulement stupide : elle reflète la morgue de l’intellectuel petit-bourgeois qui voit et vit les événements à travers les convulsions de son minuscule ego.

Laurent Joffrin, directeur de collection …

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Depuis novembre 2 012, Le Nouvel Observateur présente une série de dix biographies des « géants du XX’ siècle » sous-titrée : « Une collection des meilleures biographies dirigée par Laurent Joffrin » ; par ailleurs directeur du Nouvel Observateur et dont la photographie orne sur la droite la reproduction de la couverture des dites biographies. En réalité, Laurent Joffrin propose aux lecteurs de son hebdomadaire dix biographies publiées depuis plus ou moins longtemps par les éditions Fayard sans qu’il ait apporté le moindre concours à ces publications, qui ne portent aucune indication d’un directeur de collection, mais dont la responsabilité incombait soit au directeur de Fayard soit au responsable de l’histoire dans cette maison d’édition. Pour Laurent Joffrin, il suffit donc d’acheter dix volumes édités sous la responsabilité d’autres que lui pour se donner le titre de directeur de collection. Cette vanité puérile est certes plus grotesque que révoltante … mais il faut quand même le faire.

Situationnisme … et liquidités

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Guy Debord avait fondé dans les années 1960 une Internationale situationniste dont il était le grand penseur. Auteur, entre autres, de La Société du spectacle, il n’avait pas de mots assez durs pour le mouvement ouvrier. Dans Le Monde diplomatique (août 2006), un auteur du nom de Guy Scarpetta soulignait «la prodigieuse cohérence de sa pensée qui, parce qu’elle n’a jamais renié sa dimension révolutionnaire, offre les meilleures clés pour comprendre notre temps ».

Précisons que qui feuilletterait les deux mille et quelques pages des œuvres de Guy Debord serait bien en peine d’y trouver une explication de la crise qui secoue le monde et en particulier l’Europe depuis 2 006. Une information publiée dans Le Nouvel Observateur ( n°2508, 8 novembre 2012), en page 14 attire l’attention du lecteur sur la valeur des idées de Guy Debord. On y lit « Jusqu’alors les archives des grands penseurs étaient données. C ‘est le cas des archives de Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes ou Jacques Derrida. La veuve de Guy Debord est la première à avoir vendu les fonds de son mari : en 2 010, pour contrer une offre de Yale et garder en France les cartons du pape des Situs, la BNF avait déboursé 2,7 millions d’euros ». Certes, feu Guy Debord n’est pas responsable de la décision de sa veuve … Mais que l’œuvre du dénonciateur de la « société du spectacle » acquière une telle valeur marchande pousse néanmoins à réfléchir sur la fonction réelle qu’on voudrait lui faire remplir dans la société d’aujourd’hui, même si en réalité tout le monde se fout du pseudo-révolutionnarisme de Guy Debord.

Vanitas Vanitatum

Après Rimbaud, « le nabot sanglant » lejov homosexuel

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Une certaine Najat Vallaud-Belkacern , ministre des Droits de la femme, a, dans une interview au magazine TêTu (d’octobre 2012) écrit les lignes aériennes suivantes :

« Aujourd’hui nos manuels (scolaires – NDA) s’obstinent à passer sous silence « orientation LGBT (lesbiennes, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs même quand elle explique une grande partie de leur œuvre … ». Et, à l’appui de son affirmation, elle a cité Arthur Rimbaud, mais aucun personnage historique. Choisir Rimbaud pour illustrer l’idée que l’homosexualité expliquerait « une grande partie de son œuvre » prouve l’étendue de l’ignorance (ou de la stupidité ou des deux réunies) de la dame Najat Vallaud-Belkacem … qui a sans doute, comme beaucoup de lycéens et lycéennes, appris la brève aventure et le conflit violent entre Rimbaud et Verlaine dans un manuel scolaire.

A titre de personnage historique, puisqu’elle a omis d’en citer un, on pourrait lui suggérer de prendre l’exemple de Nicolas lejov, chef du NKVD de 1936 à 1938, arrêté en mars1939, et exécuté en mars 1940. Les enquêteurs de Béria, qui lui succéda, s’acharnèrent à lui faire avouer qu’il était « pédéraste » (et, bien entendu, à la tête d’un « complot trotskyste » à la tête du NKVD ) et ce depuis son incorporation dans l’armée e n 1917 ! Plusieurs témoignages semblent confirmer l’ homo-sexualité (au moins intermittente) de Iejov et certains ouvrages d’historiens en Russie y font clairement allusion. Je n’en ai encore trouvé aucun qui explique sa politique et les massacres sanglants qu’il a organisés sur ordre de Staline par cette homosexualité.

Peut-être Mème Vallaud-Belkacem pourrait-elle leur faire la leçon sur les insuffisances criantes de leur méthode de travail historique ?


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Quand Marc Ferro déraille…

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Marc Ferro, qui avait jadis publié une Histoire de la révolution russe sérieuse et honnête, vient de publier un ouvrage sur le sort de la famille impériale. Il y affirme qu’en juillet 1918, les bolcheviks n’ont abattu que le tsar lui-même et sa domesticité, mais que la tsarine, princesse allemande, et ses filles, princesses à demi-allemandes ont survécu, les dirigeants bolcheviques ayant négocié avec le gouvernement impérial allemand. Lorsqu’il évoque ces négociations – bien entendu si ultra secrètes qu’aucun document n’en atteste ! – il précise dans une interview à Ouest-France Dimanche (16 décembre 2012, p. 7) : « Tout se joue entre une nébuleuse de princes car les principaux dirigeants du Parti bolchevique sont tous – sauf un – des nobles et des aristocrates ».

Tous les dirigeants du Parti bolchevique, sauf un, étaient donc « des nobles et des aristocrates » ! Alors là pour un scoop, c’est un scoop ! Mais, comme nombre de scoops, il est totalement imaginaire. Prenons la liste des principaux dirigeants du Parti bolchevique en 1 917-1918.

Lénine est noble, mais c’est le seul, son père, inspecteur des écoles primaires ayant été anobli …

Trotsky est fils d ‘un paysan très aisé.

Léon Kamenev est l e fils d’un ingénieur des chemins de fer.

Grigori Zinoviev est le fils d’un paysan plutôt aisé.

Joseph Staline est fils d’un savetier et d’une femme de ménage. Certaines rumeurs fantaisistes l’ont bien présenté comme le fils d’un prince, Egnatachaviii, mais pas un seul historien sérieux ne prend cette fable pour autre chose qu’une de ces rumeurs dignes de la poubelle ou de la presse dite people.

Jacob Sverdlov est le fils d’un artisan graveur, propriétaire d’un petit atelier de typographie et d’imprimerie.

Nicolas Boukharine est fils d’un couple d’instituteurs.

Grigori Sokolnikov est le fils d’un médecin.

Ivar Smilga est le fils de propriétaires terriens aisés.

On pourrait ajouter à ces noms ceux des autres membres du comité central de 1917 et 1918 (Artiorn-Sergueiev, fils de paysans, Nicolas Krestinski, fils d’un professeur de lycée, etc.), on ne trouvera de trace d’appartenance à la noblesse et à l’aristocratie chez aucun d’eux. On pourrait tout juste, à la rigueur, si on veut, y ranger Felix Dzerjinski, fils de petits hobereaux polonais ; mais la petite noblesse polonaise ou « szlachta »,souvent pauvre, ne saurait, malgré ses prétentions dérisoires à y figurer, relever de l’aristocratie : en Pologne, les aristocrates sont les « magnaty » … caste à laquelle étaient fort loin d’appartenir les parents de Felix Dzerjinski.

L’affirmation pour le moins surprenante, sinon délirante, de Marc Ferro ne plaide pas par ailleurs en faveur du sérieux de la thèse qu’il développe.

Socialisme moderne

1er tr 2013

« Ce ne sont pas les indemnités d’élu qui me permettraient de payer mes pensions alimentaires, d’entretenir mon vignoble et de  m’acheter des tableaux » (déclaration de Christophe Girard, responsable socialiste à la culture de la mairie de Paris. in VSD (cité dans Résistances communistes, janvier-février 2011, p. 4)

Torah Torah !

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Roger-Pol Droit est, paraît-il, philosophe. C ‘est lui qui, en tout cas, anime la rubrique philosophie du « Monde des livres ». Dans le numéro du 18 janvier 2013, il fait une critique très élogieuse du dernier livre de Shmuel Trigano, Politique du peuple juif. Les Juifs, Israël et le monde. Au détour des compliments qu’il déverse à flots sur cet ouvrage, il fait un résumé lapidaire assez audacieux de l’existence des juifs au cours des deux derniers millénaires. Selon lui, ce « peuple, ni vraiment ethnie, ni vraiment communauté religieuse, a traversé, sans se dissoudre durant deux millénaires, l’exil et la dispersion en s’ancrant dans une langue, l’hébreu, une loi, la Torah ». On attendrait pour conforter une telle vision, pour le moins simplificatrice, que R. P. Droit nous donne un pourcentage des juifs français et américains, par exemple, qui parlent l’hébreu et se reconnaissent dans la torah … Cette vision culmine dans une phrase grandiose : « La loi juive, nous affirme R. P. Droit, représente effectivement la voix divine ». « Effectivement » ne laisse subsister aucun doute. Jeanne d’Arc n’est manifestement pas la seule à entendre des voix, d’autant qu’ici, il n ‘y en n’a plus qu’une.