Boris KAGARLITSKY International Solidarity Campaign

Boris Kagalitsky est un philosophe politique et sociologue marxiste russe, dissident politique en ancienne Russie soviétique et toujours courageux combattant des libertés à Moscou
MEDIA STATEMENT–FOR IMMEDIATE RELEASE
Putin regime subjects political prisoners
to increasing brutality as war wears on
Statement by the Boris Kagarlitsky International Solidarity Campaign

June 14, 2026

Conditions for political prisoners in the Russian Federation and the territories it occupies have deteriorated sharply with the prolongation of the war on Ukraine.

Those accused and convicted of weakening the war effort under an assortment of fabricated charges are receiving longer sentences, detainees are being rearrested to prolong their prison time, there are accounts of sleep and food deprivation, and torture is routine.

Most recently, the abysmal treatment of mathematician Azat Miftakhov has been brought to international attention. Detained since 2019 on a series of trumped-up charges, including hooliganism and justifying terrorism, he is currently confined to a high-security prison in the Arctic Circle (Kharp, IK-18).

According to direct testimony on April 21, 2026, Azat was subjected to atrocious physical and psychological abuses designed to break his will. He was force stripped, bound, suffocated, beaten repeatedly, shocked with electric current, and sexually violated.

Miftakhov’s case, and that of Bakhrom Khamroyev, also held in Kharp, are among those confirming a disturbing deterioration in the conditions faced by men and women jailed and persecuted for expressing opposition to the war. Six political prisoners, ranging in age from 43 to 65, died in Russian state custody in the first four months of 2026 alone.

Already in fall of 2024, Mariana Katzarova, Special Rapporteur on the situation of human rights in the Russian Federation, reported that “torture is used as a State sanctioned tool for systematic oppression, to maintain control and to stifle dissent.”

The gross mistreatment of political prisoners, who number in the thousands, has gone had in hand with an intensification of internal repression by the Putin regime, which, in turn, is expanding the prison population both in Russia and in the territories it occupies. Ukrainian civilians held as prisoners are also among the Kremlin’s victims.

“The net of repression is being cast wider than it was in the first year of the war, in response to the fear of growing internal resistance, and any pretext will do, explained exiled Russian journalist and antiwar activist Alexey Sakhnin. “ ‘Extremism’ can mean criticism of the government; ‘Terrorism’ can mean discussing political texts.”

Moreover, according to Sakhnin, the focus of repression has shifted from middle-class political activists to a broader swath of the population, encompassing the working class and the poor, who are increasingly discontent with the protracted war and the deteriorating social conditions it is producing.

By mid-2025, according to the Re: Russia network, the number of politically motivated convictions on political charges had increased by 80 percent compared with 2024. More young people, including minors, are also being arrested, tried and convicted, notably the young anti-war activists in the so-called Vesna case and the group of poets found guilty of “fomenting hatred”.

The Boris Kagarlitsky International Solidarity Campaign is extremely concerned about the implications of these disturbing developments for Boris Kagarlitsky himself, who remains in prison, having served over two years of the five-year sentence unjustly meted out to him by a military court for a sarcastic remark he made in 2022 about the Crimean bridge explosion (“justification of terrorism” in the eyes of Russian law).

We also fear for the welfare of all the other prisoners subjected to the brutal conditions of the Russian penal system and we urge closer collaboration among all organisations defending their rights with a view to increasing the political pressure on the Putin regime as much as humanly possible.

For further information: (North America) Andrea Levy +1 514 433 7890 (Europe) Dick Nichols +34 683 171 461

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Boris Kagarlitsky International Solidarity Campaign · Kamenovo, Vijesno br 5 · Budva 85310 · Montenegro
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Sauvons AZAT avant qu’il ne soit trop tard

source : https://samizdat2.org/

Depuis 2019, Azat Miftakhov est incarcéré dans le cadre d’une procédure judiciaire fabriquée, reconnue comme un procès politique par de nombreuses organisations internationales. Ces derniers jours, la situation s’est dramatiquement aggravée : Azat a été transféré de force dans la prison de haute sécurité de Kharp (IK-18). Située sur le cercle polaire arctique (région autonome de Iamalo-Nénétsie), cette prison est isolée dans une zone inhospitalière aux températures extrêmes (descendant jusqu’à -50°C d’octobre à mai). Elle est tristement célèbre pour ses conditions carcérales inhumaines et se trouve dans la même ville que celle où l’opposant Alexei Navalny a été assassiné. Azat y a déjà été victime de tortures.

Selon un témoignage direct daté du 21 avril 2026, Azat a été soumis à des sévices physiques et psychologiques atroces : déshabillement forcé, ligotage, étouffement, coups répétés, électrocution et prémices de viol. Ces actes de barbarie avaient pour unique objectif de briser sa volonté. Le comité de soutien, déjà mobilisé pour la libération immédiate d’Azat, dénonce fermement ces agissements criminels, en violation totale du droit international et des conventions contre la torture. Ces méthodes démontrent la volonté du régime actuel d’éliminer toute dissidence. Nous exigeons l’arrêt des tortures et la libération d’Azat Miftakhov. Nous appelons les citoyennes et les citoyens, quelle que soit leur nationalité, à soutenir et diffuser notre appel.

Nous exhortons les gouvernements, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et les Nations Unies à intervenir pour la libération d’Azat. La vie d’Azat Miftakhov est en danger immédiat.

Sauvons Azat avant qu’il ne soit trop tard !

Paris, le 21 mai 2026

 

Liste des Signataires :

Allemagne

BAG Russischsprachige Linke (Bundesarbeitsgemeinschaft der Partei Die Linke in Gründung)

Campagne #FREE120

Demokrati-JA

Dialog und Solidarität e.V.

Feminist Anti-War Resistance Nordrhein-Westfalen

Bénin

Syndicat national de travailleurs des services de la santé humaine SYNTRASESH

Brésil

Central sindical e popular CONLUTAS

Cameroun

Syndicat des travailleurs saisonniers de la filière canne à sucre STRASCAS

Canada

Procès de Nuremberg 2.0

Chypre

Société démocratique des Russes de Chypre

Etat espagnol

Confederacion General del Trabajo CGT

Etats-Unis

People for free Russia

Finlande

Initiative for resistance and dialogue

France

Arguments pour la lutte sociale

Collectif Russie Progressiste

Comité français du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine

Démocratie radicale

Equipe Navalny France

Exil Solidaire

FSU 03

Institut Sakharov

L’Adieu aux Armes

Libre Pensée

LDH

Mémorial France

Relations internationales de la fédération anarchiste

Réseau Bastille

Russie-Libertés

Solidarité FreeAzat

Ukraine CombArt

Union communiste libertaire

Union départementale FO 35

Union syndicale SOLIDAIRES

Vesna France

Italie

Associazione dei Russi liberi

Kazakhstan

Erkindik Qanatty

Moldavie

Platforma

Europe

European Network for Solidarity with Ukraine

Organisation internationale

Boris Kagarlitsky International Solidarity Campaign

Memorial political prisoners

Platform of Civic, Anti-War and Humanitarian Initiatives

Réseau syndical international de solidarité et de luttes

Zone de Liberté


Le 25 avril SOUTIEN A AZAT

ÉVÉNEMENT DE SOUTIEN POUR AZAT MIFTAKHOV
         SAMEDI 25 AVRIL 2026, 14H-17H
       67 RUE DE TURBIGO – 75003 PARIS

© Dessin d'une militante de FreeAzat

Création d’un soutien de FreeAzat pour l’action du 2 septembre 2023

Chers soutiens d’Azat Miftakhov et de Solidarité FreeAzat,

Nous organisons un événement pour soutenir Azat dans un contexte crucial et angoissant pour lui : actuellement à Kirov, Azat attend de savoir où il va être transféré pour faire la 2ème partie de sa peine qui doit s’achever en septembre 2027. Il pourrait être transféré dans une colonie aux conditions inhumaines. (Voir courriel du 9 avril que beaucoup de contacts ont reçu dans leurs spams).

Notre événement revêt donc une importance particulière.

Nous voulons montrer à Azat que nous ne l’oublions pas, soutien psychologique qui est nécessaire pour qu’Azat tienne. Nous voulons montrer aux autorités carcérales qu’Azat est soutenu, ce qui permet de protéger Azat dans ses conditions de vie au quotidien

« Le FSB est le principal terroriste » Azat Miftakhov, mars 2024

du site Samizdat 2 : la voix de l’opposition russe…

Transmis par Karel, Jean Pierre et Robert

Pour la consultation des sites : le texte apparait en russe, si la traduction ne se fait pas automatiquement, ouvrir le menu contextuel et cliquer sur « traduire en français ».

 

Commentaire de Robert :
Azat Miftakhov s’adresse à tous ceux qui se sont mobilisés pour lui à l’échelle internationale : répondons à son dernier mot devant le tribunal en faisant connaitre largement son message et rejoignons les initiatives qui ont été prises ici en France en sa faveur. Pour la démocratie c’est contribuer à isoler le dernier tzar stalinien du Kremlin ! Et c’est un outil aussi indispensable que des obus !

https://posle.media/fsb-glavnyj-terrorist/

Ce printemps, le mathématicien et anarchiste Azat Miftakhov a été condamné pour la deuxième fois sur la base de preuves fabriquées de toutes pièces. Après avoir purgé quatre ans de prison pour avoir prétendument brisé la vitre du bureau de Russie Unie, le jeune homme a reçu une nouvelle accusation à sa sortie des cachots – il aurait déjà « justifié le terrorisme » dans la colonie. Après avoir entendu des témoins, dont certains sont en prison, et d’autres sont classifiés, le parquet a requis trois ans. Après le dernier mot d’Azat, le juge lui a accordé un an de plus.
Formellement, cette affaire n’est pas anti-guerre. Mais on sait que dans la colonie, Azat a dissuadé les gens de s’enrôler dans la guerre et a également refusé de participer aux défilés du 9 mai. S’exprimant lors de la dernière audience du tribunal dans la deuxième affaire, le 29 mars 2024 à Ekaterinbourg, Azat a consacré la moitié de son discours à un camarade qui a combattu aux côtés de l’Ukraine et est mort en défendant Bakhmut.
On peut supposer que, comme de nombreux militants anti-guerre, Azat ne se manifestera que lorsqu’une transformation sérieuse du régime commencera. Le sachant très bien, il a fait sa déclaration finale, qui est devenue en soi un geste politique et militant.

***

Au cours de mes années d’emprisonnement dans une précédente affaire pénale, je ne me suis jamais enflammé d’amour pour l’État – et me voilà de nouveau sur le banc des accusés. Aujourd’hui, je suis jugé pour ce que les forces de sécurité voulaient appeler une justification du terrorisme, en falsifiant les preuves de la même manière qu’il y a cinq ans. L’évidence et l’impudence d’une telle falsification ne les dérangent pas du tout, et font même leur jeu. On dirait qu’ils nous disent : « On peut emprisonner n’importe qui, et ça ne nous coûte rien ».
Nous constatons la même impudence dans de nombreux cas de recours à la torture inhumaine par les gardes du régime du FSB, alors que ces gardes ne se soucient pas que leurs actes honteux soient rendus publics. Au contraire, ces actes sont affichés comme une source de fierté. De cette manière, l’État révèle son essence terroriste, que les anarchistes avaient soulignée avant les dernières élections présidentielles, en descendant dans la rue avec le slogan « Le FSB est le principal terroriste ».
Aujourd’hui, ce que nous disions à l’époque est devenu une évidence non seulement dans notre pays, mais dans le monde entier. Nous voyons maintenant comment toute la politique étrangère et intérieure de l’État se réduit à un tapis roulant de meurtres et d’intimidations. Alors que de faux témoins prouvent ma justification du terrorisme, les appels au meurtre massif de ceux qui ne sont pas d’accord avec la politique de l’État sont entendus avec force sur les chaînes fédérales. On voit que l’État, tout en proclamant verbalement la lutte contre le terrorisme, cherche en réalité à maintenir son monopole sur le terrorisme.
Cependant, quelle que soit la manière dont les agents de sécurité tentent d’intimider la société civile, même en ces temps sombres, nous voyons des gens qui trouvent le courage de résister à la terreur qui s’est propagée au-delà des frontières de l’État. Au péril non seulement de la liberté, mais aussi de la vie, ils réveillent par leurs actions la conscience de notre société, dont nous ressentons si cruellement aujourd’hui le manque, et leur résilience jusqu’au bout devient un exemple pour nous tous.
Un exemple pour moi est celui de mon ami et camarade Dmitri Petrov (alias Dima Ecologist), décédé en défendant Bakhmut contre des soldats devenus un instrument de l’impérialisme. Je l’ai connu comme un ardent anarchiste qui, sous la dictature, a tout fait pour nous conduire vers une société fondée sur les principes de l’entraide et de la démocratie directe.
Diplômé de la Faculté d’histoire de l’Université d’État de Moscou et candidat en sciences historiques, il connaissait bien ses convictions concernant la structure de la société et savait bien argumenter sa position, ce qui m’a toujours manqué. Dans le même temps, il ne se limite pas à théoriser, mais participe activement à l’organisation du mouvement partisan, ce qui n’échappe pas à l’attention du FSB. Pour cette raison, il a été contraint de poursuivre ses activités anarchistes en Ukraine.
Lorsque les événements sombres des deux dernières années ont commencé, il n’a pas pu rester à l’écart et, en tant que camarade entreprenant, il a cherché à créer une association de personnes à l’esprit libertaire luttant pour la liberté des peuples d’Ukraine et de Russie. Malheureusement, aucune guerre n’est complète sans victimes, et Dima en fait partie. Ce serait injustifiablement égoïste de ma part d’admirer l’altruisme de personnes que je ne connais pas et de ne pas accepter le sacrifice de ceux qui me tiennent personnellement à cœur. J’en suis bien conscient, même si je regrette que toutes mes communications avec lui appartiennent désormais à un passé irrévocable.
Et pourtant, j’ai du mal à accepter cette perte : sachant qu’il était l’un des meilleurs d’entre nous, et voulant tout mettre en œuvre pour que son sacrifice ne soit pas vain, je dois admettre que ma contribution sera insignifiant comparé à ce dont il était capable.
Peut-être que ce qui précède était inattendu pour certains. Il est possible que certains de ceux qui me soutiennent soient déçus, car, malheureusement, il peut être difficile pour moi de m’exprimer publiquement. Peut-être que quelqu’un ne sera pas d’accord avec mes convictions qui vont à l’encontre du pacifisme.
Cependant, tout en essayant d’être rationnel en tout, je rejette la croyance en des entités non prouvées. Entre autres choses, je ne crois pas à la justice du monde. Je ne crois pas que tout mal soit puni de lui-même. C’est pourquoi je soutiens la résistance active à ce mal et la lutte pour un monde meilleur pour nous tous.
Mais même si certains de mes soutiens ne partagent pas toutes mes convictions, je leur suis néanmoins reconnaissant pour toute l’aide qu’ils m’ont apportée.
Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont écrit des lettres pleines de chaleur et de bons vœux. Même étant aussi sourd que l’était la colonie, j’en recevais des piles presque chaque semaine. Je suis sûr qu’une telle attention à mon égard a dû être prise en compte par ceux qui cherchaient à me soumettre. Je suis très heureux et touchant que les gens partagent avec moi un morceau de leur vie, qu’il s’agisse d’impressions joyeuses ou d’expériences tristes. Chaque lettre me tient très à cœur et je n’en laisse jamais une seule sans être lue.
Un grand merci à tous ceux qui m’apportent un soutien financier grâce auquel pendant toutes mes années d’emprisonnement je n’ai jamais eu besoin de rien. Il est arrivé que l’argent destiné à mon soutien ait pris fin, mais dès que j’ai poussé un cri, en quelques jours, des gens attentionnés ont de nouveau ramené mon budget à un niveau calme. C’est très agréable et impossible à oublier. Un merci spécial à Vladimir Akimenkov, qui organise depuis plus de dix ans des collectes de fonds en faveur des prisonniers politiques, dont moi-même.
Je suis extrêmement [reconnaissant] envers les militants des collectifs FreeAzat et Solidarité FreeAzat, qui organisent avec moi des actions et des événements de solidarité dont l’ampleur époustoufle mon imagination. Votre récente campagne « Mille et une lettres » en fait partie. Après avoir lu toutes ces lettres, j’ai été agréablement surpris d’apprendre qu’on s’inquiétait pour moi dans des dizaines de pays différents. Merci beaucoup à tous ceux qui ont participé à cet événement, montrant à quel point vous me soutenez.
Je suis extrêmement reconnaissant envers les mathématiciens du monde entier, et en particulier envers le comité Azat Miftakhov, qui m’apporte mon soutien dans le milieu mathématique. Cela me touche beaucoup que les personnes que j’admire, dont je rêve d’atteindre un jour le niveau scientifique, me connaissent et expriment leur solidarité.
Un immense merci à tous ceux qui ont parlé publiquement de moi. Et un merci tout spécial à Mikhaïl Lobanov, qui, pour son soutien actif à mon égard, a été contraint d’émigrer en France. Mais même là-bas, malgré toutes ses difficultés d’émigration, sa solidarité avec moi est aussi forte qu’avant.
Un grand merci aux militants russes, y compris ceux qui ne font pas partie des groupes mentionnés ci-dessus, qui, par solidarité avec moi, risquent leur confort sous la dictature. Je suis très reconnaissant à tous les auditeurs de ce processus qui sont venus me soutenir de leur présence. Certains d’entre vous ont parcouru des centaines de kilomètres pour ce faire, tandis que d’autres l’ont fait plus d’une ou deux fois. Une fois de plus, j’ai été agréablement surpris par une telle attention à mon égard.
Un grand merci à tous les honnêtes professionnels de la presse qui, par leur travail, aident le public à suivre mon procès.
Je remercie ma défenseure Svetlana Sidorkina pour son dévouement au travail, avec lequel elle me défend lors des essais. Je ne cesse d’admirer son professionnalisme et je suis convaincu que j’ai beaucoup de chance de l’avoir. Enfin, je tiens à remercier Léna, mon principal soutien lors de mes épreuves. Avec tout son dévouement, elle m’aide à surmonter toutes les difficultés de mon emprisonnement. Et en plus, je suis heureux de l’aimer.
Je termine mes remerciements et en même temps je ne peux me débarrasser du sentiment que j’ai peut-être oublié quelqu’un. C’est une conséquence du soutien colossal qui ne m’a pas quitté depuis mon arrestation. Je suis heureux de constater que je ne suis pas le seul à avoir reçu votre soutien. Que malgré les sombres événements de ces dernières années, votre solidarité ne connaît pas de frontières territoriales. C’est ce qui me donne l’espoir d’un avenir radieux pour nous tous.

« Le FSB est le principal terroriste » Dernier mot d’Azat Miftakhov

du site Samizdat 2 : la voix de l’opposition russe…

Transmis par Karel, Jean Pierre et Robert

Pour la consultation des sites : le texte apparait en russe, si la traduction ne se fait pas automatiquement, ouvrir le menu contextuel et cliquer sur « traduire en français ».

Azat Miftakhov
Commentaire de Robert :
Azat Miftakhov s’adresse à tous ceux qui se sont mobilisés pour lui à l’échelle internationale : répondons à son dernier mot devant le tribunal en faisant connaitre largement son message et rejoignons les initiatives qui ont été prises ici en France en sa faveur. Pour la démocratie c’est contribuer à isoler le dernier tzar stalinien du Kremlin ! Et c’est un outil aussi indispensable que des obus !

https://posle.media/fsb-glavnyj-terrorist/

Ce printemps, le mathématicien et anarchiste Azat Miftakhov a été condamné pour la deuxième fois sur la base de preuves fabriquées de toutes pièces. Après avoir purgé quatre ans de prison pour avoir prétendument brisé la vitre du bureau de Russie Unie, le jeune homme a reçu une nouvelle accusation à sa sortie des cachots – il aurait déjà « justifié le terrorisme » dans la colonie. Après avoir entendu des témoins, dont certains sont en prison, et d’autres sont classifiés, le parquet a requis trois ans. Après le dernier mot d’Azat, le juge lui a accordé un an de plus.
Formellement, cette affaire n’est pas anti-guerre. Mais on sait que dans la colonie, Azat a dissuadé les gens de s’enrôler dans la guerre et a également refusé de participer aux défilés du 9 mai. S’exprimant lors de la dernière audience du tribunal dans la deuxième affaire, le 29 mars 2024 à Ekaterinbourg, Azat a consacré la moitié de son discours à un camarade qui a combattu aux côtés de l’Ukraine et est mort en défendant Bakhmut.
On peut supposer que, comme de nombreux militants anti-guerre, Azat ne se manifestera que lorsqu’une transformation sérieuse du régime commencera. Le sachant très bien, il a fait sa déclaration finale, qui est devenue en soi un geste politique et militant.

***

Au cours de mes années d’emprisonnement dans une précédente affaire pénale, je ne me suis jamais enflammé d’amour pour l’État – et me voilà de nouveau sur le banc des accusés. Aujourd’hui, je suis jugé pour ce que les forces de sécurité voulaient appeler une justification du terrorisme, en falsifiant les preuves de la même manière qu’il y a cinq ans. L’évidence et l’impudence d’une telle falsification ne les dérangent pas du tout, et font même leur jeu. On dirait qu’ils nous disent : « On peut emprisonner n’importe qui, et ça ne nous coûte rien ».
Nous constatons la même impudence dans de nombreux cas de recours à la torture inhumaine par les gardes du régime du FSB, alors que ces gardes ne se soucient pas que leurs actes honteux soient rendus publics. Au contraire, ces actes sont affichés comme une source de fierté. De cette manière, l’État révèle son essence terroriste, que les anarchistes avaient soulignée avant les dernières élections présidentielles, en descendant dans la rue avec le slogan « Le FSB est le principal terroriste ».
Aujourd’hui, ce que nous disions à l’époque est devenu une évidence non seulement dans notre pays, mais dans le monde entier. Nous voyons maintenant comment toute la politique étrangère et intérieure de l’État se réduit à un tapis roulant de meurtres et d’intimidations. Alors que de faux témoins prouvent ma justification du terrorisme, les appels au meurtre massif de ceux qui ne sont pas d’accord avec la politique de l’État sont entendus avec force sur les chaînes fédérales. On voit que l’État, tout en proclamant verbalement la lutte contre le terrorisme, cherche en réalité à maintenir son monopole sur le terrorisme.
Cependant, quelle que soit la manière dont les agents de sécurité tentent d’intimider la société civile, même en ces temps sombres, nous voyons des gens qui trouvent le courage de résister à la terreur qui s’est propagée au-delà des frontières de l’État. Au péril non seulement de la liberté, mais aussi de la vie, ils réveillent par leurs actions la conscience de notre société, dont nous ressentons si cruellement aujourd’hui le manque, et leur résilience jusqu’au bout devient un exemple pour nous tous.
Un exemple pour moi est celui de mon ami et camarade Dmitri Petrov (alias Dima Ecologist), décédé en défendant Bakhmut contre des soldats devenus un instrument de l’impérialisme. Je l’ai connu comme un ardent anarchiste qui, sous la dictature, a tout fait pour nous conduire vers une société fondée sur les principes de l’entraide et de la démocratie directe.
Diplômé de la Faculté d’histoire de l’Université d’État de Moscou et candidat en sciences historiques, il connaissait bien ses convictions concernant la structure de la société et savait bien argumenter sa position, ce qui m’a toujours manqué. Dans le même temps, il ne se limite pas à théoriser, mais participe activement à l’organisation du mouvement partisan, ce qui n’échappe pas à l’attention du FSB. Pour cette raison, il a été contraint de poursuivre ses activités anarchistes en Ukraine.
Lorsque les événements sombres des deux dernières années ont commencé, il n’a pas pu rester à l’écart et, en tant que camarade entreprenant, il a cherché à créer une association de personnes à l’esprit libertaire luttant pour la liberté des peuples d’Ukraine et de Russie. Malheureusement, aucune guerre n’est complète sans victimes, et Dima en fait partie. Ce serait injustifiablement égoïste de ma part d’admirer l’altruisme de personnes que je ne connais pas et de ne pas accepter le sacrifice de ceux qui me tiennent personnellement à cœur. J’en suis bien conscient, même si je regrette que toutes mes communications avec lui appartiennent désormais à un passé irrévocable.
Et pourtant, j’ai du mal à accepter cette perte : sachant qu’il était l’un des meilleurs d’entre nous, et voulant tout mettre en œuvre pour que son sacrifice ne soit pas vain, je dois admettre que ma contribution sera insignifiant comparé à ce dont il était capable.
Peut-être que ce qui précède était inattendu pour certains. Il est possible que certains de ceux qui me soutiennent soient déçus, car, malheureusement, il peut être difficile pour moi de m’exprimer publiquement. Peut-être que quelqu’un ne sera pas d’accord avec mes convictions qui vont à l’encontre du pacifisme.
Cependant, tout en essayant d’être rationnel en tout, je rejette la croyance en des entités non prouvées. Entre autres choses, je ne crois pas à la justice du monde. Je ne crois pas que tout mal soit puni de lui-même. C’est pourquoi je soutiens la résistance active à ce mal et la lutte pour un monde meilleur pour nous tous.
Mais même si certains de mes soutiens ne partagent pas toutes mes convictions, je leur suis néanmoins reconnaissant pour toute l’aide qu’ils m’ont apportée.
Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont écrit des lettres pleines de chaleur et de bons vœux. Même étant aussi sourd que l’était la colonie, j’en recevais des piles presque chaque semaine. Je suis sûr qu’une telle attention à mon égard a dû être prise en compte par ceux qui cherchaient à me soumettre. Je suis très heureux et touchant que les gens partagent avec moi un morceau de leur vie, qu’il s’agisse d’impressions joyeuses ou d’expériences tristes. Chaque lettre me tient très à cœur et je n’en laisse jamais une seule sans être lue.
Un grand merci à tous ceux qui m’apportent un soutien financier grâce auquel pendant toutes mes années d’emprisonnement je n’ai jamais eu besoin de rien. Il est arrivé que l’argent destiné à mon soutien ait pris fin, mais dès que j’ai poussé un cri, en quelques jours, des gens attentionnés ont de nouveau ramené mon budget à un niveau calme. C’est très agréable et impossible à oublier. Un merci spécial à Vladimir Akimenkov, qui organise depuis plus de dix ans des collectes de fonds en faveur des prisonniers politiques, dont moi-même.
Je suis extrêmement [reconnaissant] envers les militants des collectifs FreeAzat et Solidarité FreeAzat, qui organisent avec moi des actions et des événements de solidarité dont l’ampleur époustoufle mon imagination. Votre récente campagne « Mille et une lettres » en fait partie. Après avoir lu toutes ces lettres, j’ai été agréablement surpris d’apprendre qu’on s’inquiétait pour moi dans des dizaines de pays différents. Merci beaucoup à tous ceux qui ont participé à cet événement, montrant à quel point vous me soutenez.
Je suis extrêmement reconnaissant envers les mathématiciens du monde entier, et en particulier envers le comité Azat Miftakhov, qui m’apporte mon soutien dans le milieu mathématique. Cela me touche beaucoup que les personnes que j’admire, dont je rêve d’atteindre un jour le niveau scientifique, me connaissent et expriment leur solidarité.
Un immense merci à tous ceux qui ont parlé publiquement de moi. Et un merci tout spécial à Mikhaïl Lobanov, qui, pour son soutien actif à mon égard, a été contraint d’émigrer en France. Mais même là-bas, malgré toutes ses difficultés d’émigration, sa solidarité avec moi est aussi forte qu’avant.
Un grand merci aux militants russes, y compris ceux qui ne font pas partie des groupes mentionnés ci-dessus, qui, par solidarité avec moi, risquent leur confort sous la dictature. Je suis très reconnaissant à tous les auditeurs de ce processus qui sont venus me soutenir de leur présence. Certains d’entre vous ont parcouru des centaines de kilomètres pour ce faire, tandis que d’autres l’ont fait plus d’une ou deux fois. Une fois de plus, j’ai été agréablement surpris par une telle attention à mon égard.
Un grand merci à tous les honnêtes professionnels de la presse qui, par leur travail, aident le public à suivre mon procès.
Je remercie ma défenseure Svetlana Sidorkina pour son dévouement au travail, avec lequel elle me défend lors des essais. Je ne cesse d’admirer son professionnalisme et je suis convaincu que j’ai beaucoup de chance de l’avoir. Enfin, je tiens à remercier Léna, mon principal soutien lors de mes épreuves. Avec tout son dévouement, elle m’aide à surmonter toutes les difficultés de mon emprisonnement. Et en plus, je suis heureux de l’aimer.
Je termine mes remerciements et en même temps je ne peux me débarrasser du sentiment que j’ai peut-être oublié quelqu’un. C’est une conséquence du soutien colossal qui ne m’a pas quitté depuis mon arrestation. Je suis heureux de constater que je ne suis pas le seul à avoir reçu votre soutien. Que malgré les sombres événements de ces dernières années, votre solidarité ne connaît pas de frontières territoriales. C’est ce qui me donne l’espoir d’un avenir radieux pour nous tous.

URGENT : Ouverture du procès d’Azat Miftakhov

Chers soutiens d’Azat Miftakhov,
Je vous donne une information importante. Le procès d’Azat Miftakhov s’ouvre lundi prochain, 12 février. Etant donné que ni Azat, ni son avocate ne pourront être présents, cette première audience servira à fixer la date de l’audience suivante, qui pourrait avoir lieu rapidement après.
Concernant la campagne des 1001 lettres,  Azat a été mis au courant et a été très touché. Son épouse, Elena, lui a envoyé des extraits de quelques lettres, dans ses propres envois.
Pour ceux qui désirent participer à cette campagne, il est encore temps. Cela peut se faire en trois minutes.
Il suffit d’écrire une lettre personnelle ou de signer la lettre type sur le google form : Lettre à Azat / Letter for Azat – Google Forms
Ou encore il suffit d’écrire quelques mots de soutien à : libertepourazat@gmail.com
Nous réunissons les lettres pour Azat jusqu’à dimanche 11 février.
Au moment où je vous écris, nous avons collecté près de 700 lettres de très nombreux pays des 5 continents : France, Russie, Belgique, Nicaragua, Mexique, Allemagne, Lituanie, Ecosse, Suisse, Italie, Pologne, Canada, Finlande, Australie, Ossétie du Sud, Angleterre, Etats-Unis, Arménie, Géorgie, Bulgarie, Kazakhstan, Israël, Thaïlande, Serbie, Pays-Bas, Norvège, Argentine, Kirghizstan, Ukraine, Slovénie, Slovaquie, Espagne, Monténégro, Chypre, Mali, Moldavie, Danemark, Tchéquie, Estonie, Corée du Sud, Irlande, Autriche, Nouvelle-Zélande, Kenya, Ghana, Côte d’Ivoire, Brésil, Inde, Egypte, Turquie.
La semaine dernière, Le Monde diplomatique brésilien a publié un très long article sur Azat. Cet article a été l’un des plus lus de la semaine.
Monsieur Patrick Baudouin, Président de La Ligue des droits de l’Homme, a adressé une lettre à Azat, que vous trouverez en pièce jointe.
Enfin, je vous informe que lundi 29 janvier, nous avons lancé une action sur les réseaux sociaux russes pour faire connaître notre campagne. La campagne d’Azat a été l’un des messages les plus « repostés », notamment par de grands blogueurs russes et a atteint des sommets dans les algorithmes. Par conséquent, nous avons reçu 300 lettres en deux jours.
Pour finir, je me permets d’insister sur le fait que trois clics sur un google form ou quelques mots envoyés par mail suffisent à alimenter la campagne de soutien d’Azat.
Bien cordialement,
Marie-Laetitia Garric
Présidente de Solidarité FreeAzat

Des centaines de personnes sont venues sur la place centrale d’Oufa, certaines ont été arrêtées

Paru dans :   Samizdat 2 : la voix de l’opposition russe…

écrit en Russie et transmis par Karel, Jean Pierre et Robert
Commentaire de Karel : Ça manifeste dans les monts Oural, où séjournaient Jeannette et Maurice (Thorez bien sûr)
Un partisan d’Alsynov, qui a ensuite été arrêté
Dans la capitale du Bachkortostan, Oufa, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées sur la place centrale de Salavat Yulaev dans la matinée du 19 janvier. La publication SotaVision a estimé leur nombre à un millier et demi. Les partisans du militant Fail Alsynov, récemment condamné à 4 ans de prison, ont appelé à l’action sur les réseaux sociaux. Le jour de sa condamnation, des affrontements entre manifestants et policiers ont eu lieu dans la ville de Baymak.
Les gens rassemblés à Oufa ont marché autour de la place, dansé en rond et chanté des chants bachkirs. Ils ont dit à la police qu’ils ne faisaient que marcher.
Regarder les vidéos de cet article à l’adresse ci-dessous….
https://www-svoboda-org.translate.goog/a/na-tsentraljnuyu-ploschadj-ufy-vyshli-sotni-lyudey-estj-zaderzhaniya/32783037.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr
La police anti-émeute a arrêté plusieurs personnes, dont une jeune fille avec une affiche contenant des paroles du discours d’Alsynov et un homme avec le drapeau du Bachkortostan.
La police a déclaré au correspondant de la chaîne de télégrammes «Il était une fois en Bachkirie» qu’il n’y avait pas eu d’arrestations formelles et que la police avait simplement «escorté» plusieurs personnes de la place. Cependant, les arrestations se sont poursuivies par la suite. Les personnes rassemblées ont tenté d’empêcher un chariot de la police d’emmener quatre détenus hors de la place, et un affrontement a eu lieu avec la police anti-émeute. Au total, plus d’une dizaine de détenus sont signalés. Par la suite, la plupart des manifestants se sont dispersés.
Le ministère de l’Intérieur du Bachkortostan avait précédemment mis en garde contre la responsabilité de la participation à une action non coordonnée.
Mercredi, devant le palais de justice de Baymak, où le militant écologiste Fail Alsynov a été condamné dans la matinée, une manifestation non coordonnée s’est poursuivie pendant plusieurs heures. Plusieurs milliers de personnes ont exigé la libération du défenseur du mont Kouchtau.
La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes et a frappé les manifestants à coups de matraque. À la suite de cette action, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées. Une vingtaine de manifestants ont demandé une aide médicale. Plusieurs personnes ont ensuite été placées en détention administrative.
La commission d’enquête a ouvert une procédure pénale en vertu d’articles sur l’organisation et la participation à des émeutes de masse, ainsi que sur le recours à la violence contre des représentants du gouvernement.
Neuf manifestants à Baymak ont été arrêtés pour des périodes allant de 8 à 15 jours en vertu d’un article de désobéissance à un policier. C’est ce qu’a rapporté le service de presse commun des tribunaux régionaux.
Le chef du Bachkortostan, Radiy Khabirov, commentant jeudi les affrontements entre les partisans d’Alsynov et la police au palais de justice de Baymak, a déclaré qu’il ne « tolérerait pas l’extrémisme et les tentatives visant à affaiblir la situation » et qu’il « montrerait le vrai visage de la situation ». organisateurs », qu’il a accusé de séparatisme.
Le défenseur de Kouchtau Fail Alsynov a été accusé d’incitation à la haine ou à l’inimitié. Il n’admet pas sa culpabilité. Auparavant, Alsynov dirigeait l’organisation Bashkort, que les autorités russes ont reconnue en 2020 comme extrémiste, interdisant ses activités dans le pays. Le chef du Bachkortostan, Radiy Khabirov, a exigé que le militant soit poursuivi pénalement pour « avoir mené des activités extrémistes » et « appelé à des manifestations contre l’État ».
En 2018, le shikhan (montagne) de Kushtau a été transféré à la société de soude bachkir pour l’extraction de chaux ; les résidents locaux ont commencé à s’opposer à cette décision. Après les manifestations, de nombreux militants qui s’étaient prononcés en faveur de Kushtau ont fait l’objet d’accusations administratives et pénales.

« Injuriant Staline, le traitant de « bâtard grêlé ». Le sort de l’artiste réprimé Alexei Gan »

Extrait de :

Samizdat 2 : la voix de l’opposition russe…

Rédigé en Russie et transmis par Karel, Jean Pierre et Robert
Pour la consultation des sites : le texte apparait en russe, si la traduction ne se fait pas automatiquement, ouvrir le menu contextuel et cliquer sur « traduire en français ».
Commentaire de Karel : 

C’est une offensive sans précédent depuis 1956, menée par Poutine, destinée à justifier les crimes de Staline et oublier les victimes. De la « déstalinisation contrôlée » par le XX° congrès à la réhabilitation très préparée de Staline et de ses crimes par l' « opération spéciale ! » 

De l’opposition « littéraire » à l’opposition « proprement politique » de notre Samizdat I, l’opposition artistique à Non à la guerre de Poutine de notre Samizdat II. 

Il est impératif aujourd’hui de ne pas se contenter d’affirmer platement que « l’histoire s’accélère. »

Alexey Gan sur une moto photo de A. Rodchenko 1924

À Novossibirsk, a eu lieu la présentation d’un livre sur l’artiste et théoricien constructiviste Alexei Gan, exécuté ici en 1942. Son nom est presque inconnu du grand public ; même ses proches ne savaient pas qu’il avait été réprimé et exécuté pendant de nombreuses décennies.

« Entre Rodchenko et Malevitch »

Feuille dactylographiée. « Extrait du procès-verbal de la réunion spéciale du NKVD » du 19 août 1942. Les verbes à l’impératif sont en majuscules. Le nom de famille de la personne exécutée est en baisse, mais les agents de sécurité ne le savaient pas ou l’ont ignoré.

«Gan Alexeï Mikhaïlovitch pour agitation antisoviétique en temps de guerre devrait être TIRÉ.

Les biens personnels seront CONFISQUÉS.

La sentence fut exécutée le 9/8 1942. »

Extrait du site Web du musée de Tomsk « Prison d’enquête du NKVD »

L’« extrait » et quelques autres documents du cas d’Alexei Gan ont été publiés sur le site Internet du musée de Tomsk « Prison d’investigation du NKVD ». On ne sait pas exactement où sont enterrées les restes d’Alexeï Gan, l’une des figures clés du constructivisme soviétique. Comme l’a déclaré à Sibir.Realii Alexandre Roudnitski , qui a dirigé le Mémorial de Novossibirsk pendant de nombreuses années, il existait un décret selon lequel les «ennemis du peuple» exécutés étaient enterrés en secret, sans laisser de traces sur les lieux de sépulture.

Gan a passé les dernières semaines de sa vie dans la prison de transit n°1 de Novossibirsk. C’est probablement là qu’il a été abattu et secrètement enterré – une pratique généralement acceptée par les autorités répressives soviétiques de l’époque.

Beaucoup de documents scannés ou des photos intéressantes à consulter directement sur le site traduit en français :

Lire la suite :

https://www-sibreal-org.translate.goog/a/sudba-repressirovannogo-hudozhnika-alekseya-gana/32746161.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr


 

 

 

 

Arrêté fin décembre 2022, le mathématicien Mikhail Lobanov, libéré après une campagne internationale, raconte…

Moscou, 29 Décembre 2022, un mathématicien arrêté et torturé

par Alexei Sakhnin et Elizaveta Smirnova.

Moscou, 29 décembre, 6 heures du matin. La police force l’entrée de l’appartement du mathématicien et homme politique russe de gauche Mikhail Lobanov. Porte sciée à la disqueuse. Mikhail est passé à tabac par policiers et hommes en civil. Sol jonché de traces de sang. Perquisition de plus de trois heures. Bien sûr, interdiction totale d’appeler un médecin ou un témoin pour constater les coups et blessures. La police refuse même que Lobanov appelle un avocat. Par la suite, elle interdira à l’avocat d’entrer dans le commissariat où Lobanov a été conduit pour entamer sa procédure.
Le politique est conduit au tribunal uniquement en soirée : l’heure de fermeture du tribunal est déjà passée, bon prétexte pour empêcher les militants et les journalistes d’entrer. Mikhail est jugé pour « résistance aux forces de l’ordre ». Le juge se contente de tamponner un jugement pré-écrit : 15 jours d’emprisonnement. Mais aujourd’hui, ce qui risque fort d’arriver, c’est que pendant que le militant purge ses 15 jours, des poursuites pénales soient engagées contre lui, pour « propos mensongers sur l’action de l’armée russe ». Cet article du code pénal, adopté au printemps par une Douma inféodée à Poutine, poursuit les auteurs de toute forme de critique sur la guerre engagée par le régime de Poutine en Ukraine. C’est exactement ce qui s’est passé ces derniers mois avec les arrestations des autres opposants, comme Ilia Yachine ou Alexeï Gorinov. D’une cellule pour arrestation « administrative », ils ont tous été envoyés en prison ferme (SIZO) et se sont pris des condamnations de 8 ans et demi ou 7 ans. Au final peu importe le temps de détention auquel ils sont condamnés, car il y a très peu de chances que ces prisonniers politiques retrouvent la liberté tant que le régime actuel perdurera.
Dans les années 2010, alors que Poutine ne cesse de durcir son régime, tout un nouveau type de mouvements de résistance surgit dans le pays : des écologistes, des syndicalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des groupes de gauche. Organisés en coalitions socialistes, ils parviennent parfois à faire reculer la machine Poutine. Mikhail Lobanov, chercheur en mathématiques à l’Université d’Etat de Moscou, est l’exemple type de cette nouvelle génération de militants qui s’est formée en dehors du système Poutine, et ne le pouvoir a longtemps sous-estimé la force de frappe.
Ainsi, en 2013, Lobanov co-fonde le syndicat « Solidarité universitaire » qui enchaîne des batailles inédites : contre la répression d’universitaires ; pour la défense de l’enseignement disciplinaire à l’université, contre l’introduction de l’idéologie poutinienne et eurasienne dont le chantre, Alexandre Douguine, a été un temps placé par le Kremlin directeur d’un département de l’université où travaille Lobanov ; contre l’introduction de fan zones pour la coupe du monde de foot dans le parc de l’Université d’Etat de Moscou.
Alors que le système Poutine ne voit aucune menace arriver de ces « petits groupes d’agités », sans moyen et sans couverture médiatique, c’est en réalité tout un réseau de militants qui s’agrège et se structure progressivement autour de ces mouvements, prenant part à la politique locale puis nationale.
En septembre 2021, des élections législatives ont lieu en Russie. L’opposition de gauche et l’opposition libérale n’ont a priori aucun moyen d’accéder à ces élections. Mais le rôle joué par ces mouvements informels émanant de la base est en fait devenu si puissant, que le parti communiste voit une opportunité à conclure localement des alliances électorales avec certains d’entre eux, comme avec Lobanov. Ce dernier mène alors une campagne citoyenne inédite, dans l’une des circonscriptions de Moscou, déployant une énergie titanesque  en meetings, tractages, collages ; il propose également à la population de discuter des vraies questions qui la concernent : absence de liberté civique, inégalités etc. Le pouvoir place en face de Lobanov, Evgenii Popov, présentateur télé extrêmement connu, omniprésent sur tous les plateaux télé. Outre son budget de campagne cent fois supérieur à celui de Lobanov, Popov a tout ce qu’il veut à sa disposition pour faire campagne, jusqu’aux éboueurs municipaux qui reçoivent l’ordre d’arracher les affiches de Lobanov et jusqu’aux salariés des compagnies d’Etat qui reçoivent l’ordre de voter pour Popov. Résultats du vote : Lobanov arrive avec 10 000 voix devant Popov.
Pour bloquer Lobanov, le pouvoir annule ce résultat et attribue à Popov des voix issues d’un soi-disant « vote électronique » qui n’ont jamais été reconnues par les observateurs indépendants.
En février 2022, à l’unanimité, le Parlement soutient l’invasion militaire de l’Ukraine par Poutine.  
Avant la guerre, le gouvernement utilisait des moyens traditionnels pour étouffer l’opposition : impossibilité pour l’opposition de mener campagne, introduction de candidats spoilers avec un « programme de gauche », pour faire perdre des voix au candidat de l’opposition, falsification des résultats, infiltration dans les meetings des candidats de l’opposition, d’individus chargés de faire le sale travail. Comme par exemple un certain Sobolev  qui s’est rendu à différents meetings de Mikhail Lobanov afin d’y faire des scandales et d’y provoquer des bastons, donnant ainsi au pouvoir un prétexte pour discréditer le candidat.
Mais avec la guerre, Poutine n’arrive plus à contrôler l’opposition par ses propres moyens. C’est pour cela qu’il fait appel à des formations nationalistes militaires et paramilitaires privées, comme celle de Sobolev qui,  quelques heures après l’arrestation de Mikhail Lobanov, poste sur son blog  la photo du mathématicien étendu au sol dans une flaque de sang avec le commentaire : « Quel plaisir. C’est moi qui lui ai fait ça. Et ça voulait travailler dans notre dos pour l’ennemi et ça voulait jouer au troublion. Mort aux traîtres. Tant que je n’aurai pas bu son sang, je ne m’arrêterai pas. »
Le recours de l’Etat à ces individus nationalistes et violents,  crée une porosité entre le régime Poutine et l’extrême droite. Aujourd’hui deux Russies s’affrontent : la Russie de Poutine-Sobolev et la Russie de Lobanov.
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FREE AZAT : Mikhaïl Lobanov a été libéré

Chers soutiens d’Azat Miftakhov,
Le mathématicien russe Mikhail Lobanov, militant politique et syndical engagé contre la guerre, a été accueilli le 2 décembre par l’association Solidarité FreeAzat. Perquisitionné, frappé, emmené en détention le 29 décembre 2022, en raison de son opposition à la guerre, Mikhail a fait l’objet d’une campagne de solidarité internationale. Libéré 15 jours plus tard, sa lettre de remerciements deviendra le fondement de l’association Solidarité FreeAzat. Ce samedi 2 décembre, avec le soutien de Solidarité FreeAzat, il lance sa « campagne la plus importante…. »
Dix jours après ce moment important, le 12 décembre, nous avons appris que le prisonnier politique Boris Kagarlitskii, qui risquait 5 ans et demi de prison pour son opposition à la guerre, avait été libéré, de façon complètement inattendue. Solidarité FreeAzat qui avait soutenu sa campagne de libération se réjouit de cette nouvelle. Après la libération de Mikhail Lobanov et de Kirill Ukraintsev, Kagarlitskii est le troisième militant libéré grâce au soutien d’une campagne internationale. Les campagnes internationales permettent de libérer les prisonniers politiques !
Redoublons d’efforts pour libérer Azat !
Remerciements :
Tous nos remerciements à ceux qui ont œuvré à la libération de Mikhail Lobanov, et qui sont cités dans sa lettre.
Tous nos remerciements également à vous militants politiques, syndicaux, des droits de l’homme, mathématiciens, journalistes, historiens, qui avez diffusé l’information de l’événement du 2 décembre, nous avez écrit un message chaleureux, êtes venus, avez fait une intervention, avez rendu compte de l’événement dans vos colonnes : les Cahiers du mouvement ouvrier, la CGT Telecom Paris, le Comité International contre la Répression, FO ESR Paris Sorbonne, la France Insoumise, la France Insoumise de Saint-Denis, le mouvement LGBT Russie, la Libre Pensée, OVD-Info, Paix Progrès et droits de l’homme, le RESU (Réseau européen de Solidarité avec l’Ukraine), Russie-Libertés, « Samizdat, Voix de l’opposition russe », les Socialistes contre la guerre, l’Union syndicale lycéenne (USL).
Merci au député Aurélien Saintoul pour sa présence indéfectible aux côtés d’Azat Miftakhov.
Et un remerciement particulier à Monsieur Philippe Beuchot, Proviseur du Lycée Carnot, qui a ouvert gracieusement les portes du lycée Carnot à l’événement et sans qui cette rencontre chaleureuse et historique n’aurait pu se tenir.
(Pour l’organisation, merci à Alexandra Zapolskaya, Alexandre Listratov, Benoît Connétable, Hippolyte Bouet, Jules Spector Lyon-Caen, Kristina Borovkova, Leshät, Pascal Rolland)

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Réunion autour de Mikhael Lobanov, à l’initiative de l’Association de solidarité Free Azaf

Le mathématicien Mikhael Lobanov a pu venir en France, grâce en particulier à l’action de l’ASFA (Association de solidarité Free Azaf), présidée par Laetitia Garric. À l’occasion de la réunion organisée par l’ASFA le 2/12/23, tenue dans les locaux d’un lycée parisien, il a prononcé l’allocution suivante.

(Laetitia Garric à gauche, Mikhael Lobanov au centre, à droite la traductrice)

 

Bonjour, chers amis, chers camarades !
Je remercie toutes et tous qui ont pris le temps et l’énergie de venir aujourd’hui. Il n’est pas facile pour moi de parler en français. Et pour (cela) il ne sera pas facile de m’écouter.
Pourquoi est-on ici rassemblés?
Parce que les camarades français ont dit que c’était la coutume ici, en France. Eh bien, c’est la coutume.
Mais ce matin déjà, je me suis soudain souvenu qu’en 2021 et 2022, j’ai organisé et participé à des événements un peu pareils. Deux fois par an. Il s’agissait de l’ouverture et de la clôture de nos campagnes électorales. J’ai fait ça avec une équipe de camarades, un collectif de personnes partageant les mêmes idées. En 2023, nous n’avons pas eu d’événement d’ouverture. Bien que nous ayons lancé plusieurs projets importants en Russie. Justement cette année c’est trop dangereux de rassembler du monde dans une salle en Russie.
Hier un groupe de communistes-internationalistes de Russie qui m’a soutenu pendant les campagnes électorales et les campagnes pour l’autogestion dans nos Universités, le groupe qui continue d’exister et d’agir en Russie a organisé un rassemblement public. Ils ont ressemblé dans une salle un peu comme nous – pour discuter de politique.
La police et les agents anti-extrémistes ont débarqué dans la salle et ont demandé à tout le monde de s’allonger sur le sol.
Les gens ont été matraqués, on leur a confisqué leur téléphone, on les a forcés à dire des mots de passe, on leur a fait subir des pressions psychologiques et physiques.
Deux personnes que je connais personnellement ont été emmenées au poste de police et n’ont pas encore été relâchées. Voilà un peu de l’actualité de la Russie.
Nos événements en 2021 et 2022 lançaient les campagnes dont la durée était limitée. Nous connaissions dès le début la date de réunion finale.
Aujourd’hui on lance une nouvelle étape de notre campagne. Et cette fois, nous n’avons pas de dates précises. Je ne peux pas vous dire QUAND la réunion finale aura lieu. Je peux vous dire OU. Ce sera à Moscou.
Qu’est-ce qu’on lance aujourd’hui? Il s’agit d’une campagne sans laquelle il ne sera pas possible de faire des mathématiques ou d’autres sciences en Russie. Il ne sera pas possible de faire de l’art, de la poésie, de discuter, de s’exprimer librement. Sans le succès de cette campagne, ni Azat Miftakhov, ni Boris Kagarlitsky, ni Sasha Skochilenko, ni Dima Ivanov. Ni des milliers d’autres prisonniers politiques ne seront libérés.
Sans le succès de cette campagne, il n’y aura pas de paix réelle et complète. La paix qui mettra fin à la guerre insensée par une poignée de personnes très riches au Kremlin. Cette guerre a été déclarée à la fois au peuple ukrainien et au peuple russe. (Les deux peuples souffrent différemment Ne croyez pas que je mette nos peines sur le même plan!).
Mais il est clair qu’on a besoin de transformation politique en Russie. En d’autres termes, on a besoin d’une révolution.
Et nous savons qu’elle est possible. Ça vous étonne?
Possible parce que, premièrement,
les gens en Russie sont depuis longtemps insatisfaits de leur vie. Personne n’est content de la politique intérieure. Tout le monde voit des inégalités énormes.
Et ce mécontentement touche tout le monde, peu importe s’ils soutiennent Poutine, s’ils déclarent qu’ils le soutiennent ou s’ils le détestent. Peu importe s’ils soutiennent la guerre (d’ailleurs, la guerre est soutenue par une minorité absolue de la société russe).
Deuxièmement,
parce que les événements tragiques qui ont commencé le  24 février 2022 ont généré et continuent de générer de nouvelles crises pour les autorités.
Troisièmement,
parce qu’il reste un grand nombre de personnes actives en Russie, qui continuent à élaborer des projets, à se réunir lors de réunions syndicales, à créer des clubs de cinéma clandestins et bien d’autres choses. Tout ça, en attendant le moment où il y aura une chance et un espace pour de grands projets politiques.
Et aussi parce que ceux qui ont dû quitter la Russie ont trouvé le soutien et la solidarité auprès de leurs camarades et collègues ici, de ce côté-ci de la frontière. Une solidarité qui nous a aidé à survivre dans cette mission politique et à s’impliquer dans un travail et des activités communes avec nos camarades en Russie.
C’est pourquoi je remercie mes collègues mathématiciens, les militants syndicaux et mes camarades qui m’ont permis de faire ce  “voyage d’affaires politique”. Comme vous le savez il n’est plus possible pour moi d’agir en Russie. Je ne dis pas “l’immigration”. Je dis un “voyage d’affaires politique”. Grâce à mes camarades je peux poursuivre mes études de mathématiques et m’engager dans la lutte pour la transformation politique de la Russie.
Ainsi, pour moi personnellement, ce n’est pas seulement une soirée de joie et de remerciements.  C’est aussi une soirée de début de l’étape la plus importante, de la campagne la plus importante.
On continue et comme on dit en Russie :
все только начинается (Ce n’est qu’un début !)
Merci à vous !