Philippe Couthon
Le 8 mai 1945, les États bourgeois américain, britannique, français fêtent la défaite de l’Allemagne qui serait la victoire de « la justice et de la liberté ».
C’est la Victoire des Nations Unies et c’est la Victoire de la France ! Dans la joie et la fierté nationale, le peuple français adresse son fraternel salut à ses vaillants alliés qui, comme lui, pour la même cause que lui, ont durement, longuement, prodigué leurs peines, à leurs héroïques armées et aux chefs qui les commandent, à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui, dans le monde, ont lutté, pâti, travaillé, pour que l’emportent, à la fin des fins, la justice et la liberté. (Charles de Gaulle, Discours, 8 mai 1945, site du ministère des armées).

Au même moment, la police, l’armée françaises et les colons massacrent des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma.
1936-1938 : le Front populaire maintient l’empire colonial et
réprime les nationalistes algériens
En 1935, le programme du Front populaire (le bloc des deux partis ouvriers traditionnels, PS-SFIO et PCF, avec des partis bourgeois dont le Parti radical) ne comprend ni les revendications ouvrières (40 heures, congés payés…) ni l’indépendance des colonies. Le FP est pourtant rallié par l’Etoile nord-africaine (ENA), une organisation nationaliste petite-bourgeoise dirigée par Ahmed Messali (dit « Messali Hadj » après son pèlerinage à La Mecque en 1931) à laquelle adhèrent des milliers d’ouvriers venus d’Algérie. En 1934, l’ENA invente le drapeau, aux références religieuses, qui deviendra celui de l’État algérien en 1962. En 1936, Messali va en Algérie. L’ENA s’y implante en recrutant surtout des boutiquiers, des artisans et des employés.
Le programme électoral du PCF de 1936 ne mentionne même pas le droit à l’autodétermination. Les travailleurs d’Indochine et d’Afrique du Nord participent à la grève générale de 1936. Pour contrer l’ENA, le PC français transforme en octobre sa fédération algérienne en Parti communiste algérien (5 000 militants, dont 2 000 Arabes et Kabyles). Ne se prononçant pas pour l’indépendance, le PCA ne pourra jamais rivaliser avec le nationalisme petit bourgeois.
Au gouvernement, le Front populaire refuse d’accorder l’indépendance. Il annonce en octobre 1936 son désir d’octroyer le droit de vote à 21 000 « musulmans évolués » en Algérie.
Nous avons pris en charge certains pays que nous appelons les colonies. Il s’agit de vivre avec ces pays-là en les faisant vivre mieux. Nous avons pour premier devoir d’exciter en eux toutes les forces vitales et des incorporer dans l’ensemble de notre vie nationale. (Marius Moutet, ministre des colonies, cité par Claude Liauziau, Histoire de l’anticolonialisme en France, Pluriel, 2010, p. 341).
Le projet Blum-Viollette est soutenu par le clergé (oulémas de l’AOMA du cheikh Abdelhamid Ben Badis), les représentants assimilationnistes de la bourgeoisie algérienne (Fédération des élus musulmans algériens de Salah Mohamed Bendjelloul) et les staliniens (PCA) réunis dans un bloc pro-impérialiste, le Congrès musulman algérien. Seule l’ENA de Messali s’y oppose. Finalement, le projet du Front populaire et du Congrès musulman n’est pas soumis au vote du Parlement français, afin de ne pas mécontenter les colons. Le 15 décembre 1936, le PS-SFIO et le PCF votent le budget de l’armée coloniale. Le gouvernement Blum dissout en janvier 1937 l’ENA en utilisant la loi contre les « ligues fascistes ».
Le Parti communiste français (PCF) et le Parti communiste algérien (PCA) refusent de condamner clairement les mesures de leur État bourgeois contre ceux qui menacent l’empire colonial. Les staliniens insinuent que l’ENA est complice du fascisme.
Ceux qui voudraient voir se dresser, aujourd’hui même, les peuples coloniaux dans une lutte violente contre la démocratie française sous prétexte d’indépendance, travaillent, en réalité, à la victoire du fascisme. (Robert Deloche, Cahiers du bolchevisme, 20 mai 1937, dans Jacob Moneta, Le PCF et la question coloniale, Maspero, 1971, p. 128)

LA LUTTE OUVRIÈRE, organe du PARTI OUVRIER INTERNATIONALISTE (SFQI), 5 février 1937
Contre la répression coloniale, seuls protestent le groupe d’opposition du PCF Que faire (dirigé par André Ferrat, un ancien fondateur de la JC qui avait mené campagne contre la guerre du Rif), la Gauche révolutionnaire du PS-SFIO (dirigée par Marceau Pivert), les anarchosyndicalistes de la Révolution prolétarienne (animée par Pierre Monatte) et le Parti ouvrier internationaliste (la section française de la 4 e Internationale).
Messali fonde en mars 1937 le Parti du peuple algérien (1 400 en France, 1 000 en Algérie). Le PPA renonce prudemment à l’indépendance et se contente de « l’autonomie » au sein de la République française.
L’action du Parti du peuple algérien ne sera ni lutte de race, ni lutte de classe… Il travaillera pour l’émancipation totale de l’Algérie, sans pour cela se séparer de la France. (PPA, 10 avril 1937, cité par Jacques Simon, Le PPA, L’Harmattan, 2005, p. 17-18)
Pourtant, le gouvernement Front populaire fait arrêter la direction du PPA le 27 aout 1937. Messali est condamné à deux ans de prison pour « reconstitution de ligue dissoute, provocation des indigènes à des désordres, manifestation contre la souveraineté française ». La Ligue des droits de l’homme, le PS-SFIO et le PCF couvrent la répression coloniale, comme les procès staliniens de Moscou contre les anciens dirigeants du Parti bolchevik.
Si la question décisive du moment, c’est la lutte victorieuse contre le fascisme, l’intérêt des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer par exemple l’Algérie, la Tunisie et le Maroc sous le joug de Mussolini et d’Hitler… Créer les conditions de cette union libre, confiante et fraternelle des peuples coloniaux avec notre peuple, n’est-ce pas, là encore, travailler à remplir la mission de la France à travers le monde ? (Maurice Thorez, Rapport au congrès du PCF, 25-29 décembre 1937, dans Jacob Moneta, Le PCF et la question coloniale, Maspero, 1971, p. 132)
Nullement remercié par ses maitres capitalistes pour avoir empêché, avec l’aide du PCF et de la CGT réunifiée, la révolution en France et dans ses colonies, Blum est chassé du gouvernement par les partis bourgeois, Parti radical inclus.
De son côté, le PPA devient de plus en plus clérical.
Pour le musulman algérien, la naturalisation constitue, du point de vue religieux, conformément à la lettre et à l’esprit du Coran, une apostasie. (PPA, 17 juin 1939, cité par Jacques Simon, Le PPA, L’Harmattan, 2005, p. 20)

En juillet 1939, le gouvernement Daladier (Parti radical) interdit le PPA. Avec le pacte germano-soviétique d’aout 1939, le PCF redevient, brièvement, anticolonialiste. En septembre, le gouvernement l’interdit aussi.
1940-1942 : l’Algérie au temps du maréchal Pétain
En 1940, plusieurs peuples colonisés d’Afrique et d’Asie constatent que leur oppresseur n’est pas invincible. En mai 1940, les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas, la Belgique et la France. Le maréchal Pétain reçoit le 10 juillet 1940 les pleins pouvoirs de l’Assemblée nationale (à majorité Front populaire) issue des élections d’avril-mai 1936. Il instaure une dictature fasciste. En Algérie, la population européenne se rallie majoritairement au régime de Vichy.
Pour bien des Français d’Afrique du Nord, si la Révolution nationale n’avait pas existé, il eût fallu l’inventer… Nulle part en France ni dans l’Empire on ne vit la propagande du Maréchal s’étaler avec autant d’indécence. (Jacques Soustelle, Envers et contre tout, Laffont, 1947, t. 1, p. 419)
Les représentants de la bourgeoisie arabe Abdelkader Sayah et Ferhat Abbas font allégeance à Pétain. En vain.
Les ouvriers algériens perdent leur emploi en France et rentrent au pays, ce qui accroit la misère, surtout en Kabylie, d’autant que la récolte de 1940 est mauvaise. Le mécontentement des Arabes et des Kabyles s’accroit.

Camp d'internement de DJELFA
Le gouvernement français répudie le décret Crémieux de 1870 qui était conçu pour diviser la population indigène entre « musulmans » et « juifs ». Ces derniers pouvaient obtenir la nationalité française, comme un peu plus tard, les colons venus massivement d’Italie et d’Espagne. Par une loi du 7 octobre 1940, le régime fasciste prive les « israélites » de leurs droits politiques. Une loi du 2 juin 1941 les persécute et les spolie. L’État français utilise sur un mode esclavagiste 2 000 réfugiés espagnols pour construire des voies ferrées. De nombreux Juifs sont parqués dans des camps avec les nationalistes et les communistes. Les jeunes Juifs sont majoritaires dans la résistance clandestine qui est chapeauté par le général de Gaulle avec l’aide de l’État colonial britannique et des partis sociaux-impérialistes français (PS-SFIO, PCF).
Malgré l’espoir du régime de Vichy et de l’administration coloniale, les mesures antisémites ne trouvent guère de soutien chez les « musulmans », ni dans le clergé (AOMA), ni chez les représentants de la bourgeoisie algérienne (UPA d’Abbas), ni dans le mouvement nationaliste petit bourgeois à base populaire (PPA, ex-ENA).
Il n’y a aucune allusion antisémite dans les publications en arabe… L’impression générale est l’indifférence vis-à-vis de mesures prises « entre Français » et dont les musulmans estiment n’avoir rien à retirer. (Michel Pierre, Histoire de l’Algérie, Tallandier, 2023, p. 295)
En janvier 1941, une mutinerie de soldats algériens a lieu à Alger. En mars 1941, Messali Hadj est condamné à 16 ans de travaux forcés. En aout 1942, Foucard, le maire pétainiste de Zéralda, fait poser des panneaux « Interdit aux Arabes et aux Juifs » sur la plage. Puis il fait rafler par la police et des colons armés une quarantaine d’ouvriers agricole et de jeunes qui protestent. Ils meurent la nuit suivante, asphyxiés, dans la mairie.
En 1942, l’armée impérialiste allemande envahit l’URSS. Les partis « communistes » abandonnent de nouveau, dans les colonies et les semi-colonies des puissances impérialistes alliées de l’URSS, toute revendication d’indépendance. Cela vaut pour le PCF et le PCA.
1942-1945 : de Gaulle rejette l’indépendance de l’Algérie
Deux fractions de la bourgeoisie française, l’une incarnée par Pétain (à Vichy) qui fait le choix de l’alliance avec l’impérialisme allemand et l’autre représentée par de Gaulle (à Londres) qui fait celui de l’alliance avec les impérialismes britannique et américain, se disputent les colonies françaises. En novembre 1942, les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord et infligent une défaite aux forces armées françaises fidèles à Vichy. Le gouvernement américain joue la carte de l’amiral Darlan puis, après son assassinat par un royaliste français, du général Giraud qui ne change pourtant rien à l’oppression des Juifs, ni évidemment à celle des Arabes et des Kabyles.
Au printemps 1943, l’AOMA, le PPA et l’UPA proposent leurs services aux Alliés en échange de la promesse d’un « État associé à la France ». Abbas publie un manifeste que Messali amende.
La participation, immédiate et effective, des musulmans algériens au gouvernement de leur pays (la formation immédiate d’un gouvernement provisoire issu du peuple), ainsi que cela a été fait par le gouvernement de Sa Majesté britannique et le général Catroux en Syrie et par le gouvernement du Maréchal Pétain et les Allemands en Tunisie. Ce gouvernement pourra seul réaliser aux côtés du général Giraud et des armées anglo-américaines, dans un climat d’unité morale parfaite, la participation du peuple Algérien à la lutte commune. (dans Youcef Beghoul, Le Manifeste du peuple algérien, les Amis du manifeste et de la liberté, Dahlab, 2007, p. 28)

ALGER, 3 novembre 1943, sur fond tricolore, DE GAULLE entouré de militaires annonce le maintien de l'Empire colonial.
La France veut que les hommes qu’elle chargera de la gouverner aient les moyens de le faire avec assez de force et de continuité pour imposer à tous, au-dedans, la puissance suprême de l’État et poursuivre, au-dehors, des desseins dignes d’elle… complétée par un Empire fidèle et doté de vastes ressources. (Charles de Gaulle, Discours, 3 novembre 1943, site Assemblée nationale)
En novembre 1943, de Gaulle écarte Giraud. Il promet d’accorder les droits politiques à quelques dizaines de milliers de « musulmans ». Il nomme pour gouverner la colonie le général Catroux. Celui-ci rejette le Manifeste du peuple algérien et emprisonne Abbas et Sayah. Le Parti communiste (PCA) est, lui, autorisé. Tous les nationalistes (AOMA, UPA, PPA), fondent en mars 1944 l’Association des amis du manifeste et de la liberté (AML). Ce front se prononce pour une Algérie autonome fédérée à la France. Néanmoins, le PCA, prosterné devant de Gaulle, accuse le PPA de prendre ses ordres chez Hitler.
Le 7 mars 1944, le gouverneur algérien promulgue une ordonnance qui accorde la citoyenneté française à une minorité de notables. Le 15 mars 1944, le programme du Conseil national de la Résistance signé par la SFIO, le PCF et la CGT se tait sur l’indépendance des colonies et se contente de « l’extension des droits politiques, sociaux et économiques de la population indigène et coloniale ». Le général de Gaulle nomme Chataigneau (PS-SFIO) gouverneur général d’Algérie.
8 mai 1945 : le gouvernement MRP-PS-PCF écrase la révolte du Constantinois
Le 23 avril 1945, le gouvernement MRP-SFIO-PCF présidé par le général de Gaulle déporte Messali Hadj au Congo.
Le 1er mai, des manifestations se déroulent dans 18 villes algériennes, parfois accompagnées de heurts avec la police, qui font plusieurs victimes à Oran et à Alger parmi les manifestants. (Michel Pierre, Histoire de l’Algérie, Tallandier, 2023, p. 309)

Le 8 mai 1945, à Sétif, une manifestation organisée par le PPA, avec plusieurs dizaines d’Arabes ayant combattu dans les troupes françaises des Alliés, tourne à l’émeute lorsque la police cherche à enlever un drapeau algérien et les pancartes réclamant la libération de Messali Hadj.
Le 8 mai, le Nord constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML et du PPA, à célébrer la victoire des Alliés. Les consignes sont claires : rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. De la dénonciation de la misère et de la corruption à la défense de l’islam, tout est mis en œuvre pour mobiliser… A Sétif, la violence commence lorsque les policiers veulent se saisir du drapeau du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, et des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj et l’indépendance. (Mohammed Harbi, Le Monde diplomatique, 8 mai 2005)
La police tire. En riposte, des Arabes et des Kabyles massacrent aveuglément les Européens, dont des travailleurs, qu’ils rencontrent. La gendarmerie renforce la police.
Le reste du cortège se regroupe et continue sa marche. Un car de gendarmes le coupe en deux. Il arrive enfin au monument aux morts où la gerbe de fleurs est quand même déposée. A ce moment-là, la police et la gendarmerie interviennent. Des rafales sont tirées. Des musulmans tombent. À 11 heures, on dénombre 21 morts. (Redouane Ainad Tabet, Le 8 Mai 1945 en Algérie, OPU-ENAP, 1985, cité par El Watan, 8 mai 2025)
Les villages des alentours, où se réfugient les manifestants, se soulèvent et sont violemment réprimés. Le même enchainement se produit à Guelma et à Kherrata.
À Guelma, les arrestations et l’action des milices déclenchent les évènements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. (Mohammed Harbi, Le Monde diplomatique, 8 mai 2005)
À Kherrata, le 8 mai, près de 10 000 personnes se rassemblent pacifiquement. Le lendemain, l’armée française tire sur la population de la ville et des villages avoisinants.

15 MAI 1945, Prisonniers aux mains de l'armée de la République française.
La répression militaire a donné lieu à tous les abus : tirs à vue sur tout groupement d’indigènes, assassinats sans sommation ni interrogatoire, meurtres de prisonniers, viols, pillages, incendies. Un navire de guerre est mis à contribution pour pilonner les mechtas proches des zones côtières. À la canonnière de la marine de guerre s’ajoutent les bombardements aériens. Les avions mitraillent à basse altitude, lâchent des roquettes. Un avion bombarde en rase-motte la colonne de campagnards sortant de Collo après la manifestation. En même temps, la troupe déclenchait des opérations de répression ou de nettoyage (sic) qui allaient faire le vide dans les douars. (Redouane Ainad Tabet, cité par El Watan, 8 mai 2025)
Le 14 mai, le gouvernement PS-PCF-MRP interdit l’AML et arrête ses chefs : Abbas (UPA), Saadane (UPA), Brahimi (AOMA). La répression dure jusqu’au 24.
Les statistiques illustrent qu’il n’y a pas de symétrie entre un État colon et un peuple opprimé. Alors que les émeutes font 102 morts parmi les Européens, 15 000 à 45 000 Kabyles et Arabes sont massacrés entre mai et juin 1945.
La position scandaleuse des deux partis sociaux-impérialistes
La représentation politique de la bourgeoisie arabe et le clergé musulman se démarquent du PPA. Ils créent en 1946 l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA).
En Algérie, après la dissolution des AML le 14 mai, les autonomistes et les oulémas accusent le PPA d’avoir joué les apprentis sorciers et mettent fin à l’union du camp nationaliste. Les activistes du PPA imposent à leurs dirigeants la création d’une organisation paramilitaire à l’échelle nationale. Le 1er novembre 1954, on les retrouvera à la tête d’un Front de libération nationale (FLN). La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945. (Mohammed Harbi, Le Monde diplomatique, 8 mai 2005)
Partout, les colons armés (dont des membres du PS-SFIO et du PCA) participent aux exactions.
Des socialistes et des communistes participent aux milices de civils enrôlées dans la répression aveugle. (Claude Liauziau, Histoire de l’anticolonialisme en France, Pluriel, 2010, p. 377)
Le PCF et le PS sont au gouvernement français… et y restent.
Le 10 mai, une délégation du PCF et du PCA se rendit chez le gouverneur général pour lui désigner du doigt les responsables : le PPA et les Amis du manifeste. La délégation « s’est entretenue des provocations des agents hitlériens du PPA et d’autres agents camouflés dans des organisations qui se prétendent démocratiques » dit le compte rendu de l’audience tel que le publia le quotidien Alger Républicain, le 12 mai 1945. Les délégués avaient réclamé « le châtiment rapide et impitoyable des provocateurs ». (Grégoire Madjarian, La Question coloniale et la politique du Parti communiste français, Maspero, 1977, p. 106-107)
Cela atteste de la convergence à partir de 1933 du stalinisme et du réformisme de type travailliste ou sociale-démocrate, la justesse de l’orientation des communistes révolutionnaires vers la construction de la 4e Internationale.
Le caractère contrerévolutionnaire du stalinisme dans l’arène internationale est définitivement établi. (Lev Trotsky, « Leçon d’Espagne », 17 décembre 1937, Œuvres, ILT, t. 15, p. 388)
Dans la politique pratique, l’IC est à la droite de la 2e Internationale. (Lev Trotsky, « L’article de Staline », 9 mars 1938, Œuvres, ILT, t. 16, p. 292)
L’histoire dément tous ceux qui croient que le stalinisme reste de nature différente de la social-démocratie d’après 1914.

Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le méritent les meneurs hitlériens ayant participé aux évènements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont essayé de tromper les masses musulmanes, faisant aussi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France. (« Le fascisme organise ouvertement la guerre civile », L’Humanité, 19 mai 1945, p. 2, site BNF)
L’ouverture des archives du PCF aux historiens le confirme.
Nous devons être très attentifs, vigilants, les évènements si graves d’Algérie, je n’insiste pas, c’est une provocation politique. (Maurice Thorez, Intervention au comité central du PCF, 18 mai 1945, cité par Alain Ruscio, « Les communistes et les massacres du Constantinois », Vingtième Siècle n° 97, 2007)
Il faut bien se souvenir que les chefs du PPA font partie de la même bande qui étaient des hitlériens. Eh bien, c’est les mêmes types. Ce Messali est une fripouille de la petite espèce. Ce sont ces gens qui sont des provocateurs auxquels il est permis d’organiser le mouvement, en général, ce sont des mouchards de la police. (André Marty, Intervention au comité central du PCF, 18 mai 1945, cité par Alain Ruscio)
Les communistes révolutionnaires sauvent l’honneur du mouvement ouvrier
L’abjection sociale-impérialiste du PS et du PCF laisse les mains libres à la bourgeoisie et à la petite bourgeoisie arabe du MLTD (ex-PPA) de plus en plus islamiste et anti-Kabyle puis du FLN (scission guérillériste du MLTD) qui va mener la lutte nationale à sa manière, nationaliste et cléricale, avant de confisquer le pouvoir aux masses et faire de l’Algérie un capitalisme dominé.

LA LUTTE DES CLASSES, 21 mai 1945
LA VÉRITÉ tître le 24 novembre 1945 : INDEPENDANCE DES COLONIES
En France, seuls la Révolution prolétarienne, le Parti communiste internationaliste (section française de la 4e Internationale) et un petit groupe qui se réclame aussi du trotskysme (UCI de Barta) dénoncent le colonialisme et se prononcent pour le droit à l’indépendance de l’Algérie.
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La répression de la révolte d’Algérie a les mêmes caractéristiques que la destruction par les SS du ghetto de Varsovie. (PCI, La Vérité, 25 juillet 1945)
Si les travailleurs français ne veulent pas apparaitre aux yeux des masses nord-africaines comme les soutiens des entreprises coloniales du capitalisme, ils doivent rejeter cette politique et reconnaitre sans conditions le droit à l’indépendance totale des peuples arabes de l’Afrique du Nord. (UCI, La Lutte de classes, 21 mai 1945)

QUATRIÈME INTERNATIONALE, Septembre 1945 (le SWP ne figure pas dans la liste à cause d'une loi américaine.)
À l’échelle internationale, seule la 4e Internationale défend inconditionnellement l’indépendance des colonies de tous les empires coloniaux.
Au peuple algérien, ont répondu les massacres. On l’a vu à l’occasion des prétendues « fêtes de la victoire » le 8 mai 1945, lorsque le peuple descendit dans la rue à Sétif, Guelma… La répression qui s’ensuivit fut d’une sauvagerie indescriptible… C’est seulement en donnant de multiples preuves de sa volonté inébranlable d’aider l’indépendance de l’Algérie que le prolétariat et son avant-garde pourront retrouver le chemin du front unique avec les peuples coloniaux, indispensable au renversement de la bourgeoisie française. (QI,Quatrième Internationale, juillet 1945)

