Bernard Thibaut et la nonne

Nous avons relevé sur le blog de Robert Duguet cet échange épistolaire inhabituel datant de novembre 2004 – authentique ! – entre une sœur visitandine de Nantes et celui qui était à l’époque secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

Lettre adressée par sœur M. à la CGT : « Madame, Monsieur, Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l’esprit bon enfant qui y régnait. D’autant qu’un jeune membre de votre syndicat m’y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière, sur mon voile, l’autocollant CGT après m’avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m’indiquer le chemin. C’est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j’ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu’à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cœur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi). Que voulez-vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l’occasion d’une autre manifestation … Sœur M. »

Réponse du secrétaire général de la CGT : « Ma sœur, je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l’humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute il s’est agi d’un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d’humour “bon enfant” serait vécue comme l’expression d’une complicité éphémère et pourtant profonde et vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier (1) qui a révolutionné le monde (2). Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux.Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. »

(1) Thibault confond le christ avec son père Joseph ! (NDLR)

(2) le christ aurait « révolutionné le monde ». Du point de vue d’un responsable syndical, c’est quand même un peu exagéré… (NDLR)

Jean Daniel et l’histoire

Jean Daniel, on le sait, depuis plus de soixante ans s’est attribué le rôle de conscience de la gauche (légèrement caviar). Cela l’autorise à réviser l’histoire. Dans L’Obs du 15 juin il publie un article grandiloquent intitulé L’adieu à la patrie socialiste dans lequel il évoque « le congrès de Tours en 1921 au cours duquel Léon Blum a refusé la fusion avec le Parti communiste ». Cela, c’est une découverte… Mais comment diable Blum a-t-il pu refuser la fusion avec un parti qui n’existait pas encore et qui sera proclamé à la fin du congrès de Tours à la majorité des mandats ?

Macron, la démocratie et le fantôme du roi …

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort(…). On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps la démocratie française ne remplit pas l’espace » (Interview de Macron à la revue Le 1 de juillet 2015 reproduite dans Challenges du 8 juin 2017, n° 525, page 19). Il faut donc quelqu’un pour remplir cet espace ou ce trou. Apparemment Macron a une idée sur le candidat à cette fonction de bouche-trou. Un proverbe latin affirme : « Quos vult perdre Jupiter dementat. »

Julien Dray, le « Lénine mal fagoté aux lunettes cerclées » selon L’Obs

Marc Teulin

Il n’y a certes aucune raison de parler dans les Cahiers du mouvement ouvrier du citoyen Julien Dray dont la place aux frontières du mouvement ouvrier est plutôt modeste. Il faut néan­moins sortir de l’oubli éventuel une phrase d’un article de L’Obs (4-10décembre2014).

Dans cet article consacré à la « génération SOS-Racisme », l’auteur y qualifie Ju­lien Dray de « Lénine mal fagoté aux lu­nettes cerclées ».

Mal fagoté peut-être – mais c’est une question de goût ! – , aux lunettes cerclées peut-être aussi … mais Lénine !

L’auteur de l’article, admirant la « puissance médiatique » (!) de son héros, lui attribue « la capacité à mobiliser des centaines de milliers d’étudiants », entre autres « pour exiger le retrait de la loi Devaquet accusée d’instaurer la sélection à l’université ». SOS-Racisme a certes joué un certain rôle – par ailleurs loin d’être décisif – dans la mobilisation qui a mis en échec la loi Devaquet en 1986 ; lui attribuer le monopole de cette mobilisation est une façon d’écrire l’histoire assez stupéfiante, disons très « médiatique » ou plus exactement très journalistique.

Gérard Grunberg, un chercheur de pointe …

Jean-Jacques Marie

Gérard Grunberg est politologue au Centre d’études européennes de Sciences Po, « spécialiste de la gauche », selon Libération, qui publie une interview de lui dans son numéro du 17 juin 2014.

Ce grand spécialiste qui salue « le choix courageux » de François Hollande avec le pacte de responsabilité stigmatise « l’incapacité ancienne des socialistes à réactualiser leur vision du monde (…). Le Parti socialiste, poursuit-il, est resté antilibéral et anticapitaliste dans un monde libéral et capitaliste. Bien que s’affirmant pour l’économie de marché, tout compromis entre l’Etat et le patronat relève à ses yeux de la compromission. Ce qui se passe actuellement avec le pacte de responsabilité et les 40 milliards d’allégements de charges prévus pour les entreprises est à cet égard révélateur ».

Le préservatif rose de la Verte

Annonçant la nomination d’Em­manuelle Cosse à la tête du parti Europe-Ecologie-LesVerts, Le Monde, daté du ven­dredi 29 novembre, résume sa biographie politique.

Elle commence par ces lignes qui méritent de passer à la postérité : « Issue du mouvement social, cette mère de 39 ans a un CV social bien rempli. A peine majeure, elle rejoint ACT-UP Paris ( … ). L’étudiante en droit sera de cette opération mémorable qui avait consisté, avec l’aide de Benetton, à recouvrir l’Obélisque de la Concorde d’un préservatif géant rose le 1er décembre 1993 ».

Opération mémorable sans doute à cause à la fois du caractère gigantesque du préservatif, de sa couleur rose et de la participation à cette action publicitaire … de Benetton, qui, on l’espère, mais on ne peut en être certain, n’avait pas fait fa­briquer ce préservatif géant au Bangladesh pour 30 euros par mois …

Heureusement, le ridicule ne tue plus depuis longtemps…

Jean-Jacques Marie

Le Nouvel Observateur, daté du 18 au 24 juillet 2013, consacre une partie de son numéro à célébrer « Voltaire l’indigne’». L’hebdomadaire évoque bien entendu l’affaire Calas. L’auteur de l’article, un certain Grégoire Leménager, n’hésite pas à écrire à cette occasion : « Sait-il qu’il est en train d’inventer, bien longtemps avant Edwy Plenel, le journalisme d’in­vestigation ? » (p.67). Voltaire et Edwy Plenel mis sur le même plan, il faut le faire… Précisons par ailleurs que si Ple­nel s’est appliqué et s’applique encore à soulever des « affaires », ces dernières – comme la dernière en date, celle de Jérôme Cahuzac le rappelle -, n’ont rien à voir avec les affaires Calas ou Sirven auxquelles Voltaire a consacré tant d’heures.

Dans le domaine du ridicule, Le Monde réussit à faire mieux que Le Nouvel Observateur qui, pourtant, s’applique dans ce même numéro en évoquant, par exemple « une exégèse valsienne du hollandisme (sic!) » (p.34).

Le magazine du Monde (8juillet) consacre huit pages dithyrambiques à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. La rédaction du Monde elle-même a extrait de ce long texte une phrase destinée à en résumer le sens : « C’est une femme très moderne, une séductrice et une héroïne antique, Antigone, Hermione et Bérénice à la fois » (souligné par Le Monde, page 30). Rappelons simplement qu’Antigone a été condamnée à mort et tuée pour avoir décidé d’enterrer son frère malgré l’interdiction qui lui en avait été faite par le roi de Thèbes, Créon, qu’Hermione a fait tuer le roi d’Epire, Pyrrhus, dont elle était amoureuse et qui avait décidé d’épouser son esclave Andromaque ; quant à Bérénice, elle s’est vu chassée de Rome par l’interdiction faite par le Sénat à l’empereur Titus de l’épouser…

On a beau chausser une loupe et même un télescope, on ne peut pas voir le moindre rapport entre ces tragédies et le passage d’Aurélie Filippetti des Verts au PS puis dans son ascension ministérielle. Mais Le Monde est la voix de son maître, quelque soit le maître…

Stora

Jean-Jacques Marie

2ème tr 2013

« Je suis un des tout premiers à avoir soutenu publiquement François Hollande, que je connais depuis une dizaine d’an­nées. C’était dans Le Nouvel Obs dès mars 2010 ».

Quel est le personnage important qui, dès le début sa réponse à la question : « Faut-il désespérer de Hollande ? », juge nécessaire de fournir d’emblée aux lecteurs de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur une information aussi déci­sive sur une date importante de l’histoire de France ? Le grandissime historien Benjamin Stora, qui pense peut-être qu’une telle précocité dans le choix mérite une récompense, qui, hélas, semble ne pas être encore venue.

Stora, bien que non récompensé, pense. Il pense même, dit-il, qu’« il ne faut pas accabler » Hollande.

Il lui reproche néanmoins « d’hésiter à ouvrir des perspectives d’avenir » (l’expression est jolie au moment où Hollande annonce que pour répondre aux exigences de Bruxelles, il va ouvrir des perspectives d’avenir en s’attaquant aux retraites). Il ajoute : « Je veux citer trois exemples qui concernent mon activité de réflexion et d’enseignement ». De « réflexion », on peut en douter, mais chacun peut se tromper sur lui-même.

Citons seulement le premier exemple :

« La disparition de la Maison de l’histoire de France sans dire ce que peut être un mieux possible d’écriture de l’histoire ». Pourquoi cet intérêt du petit Stora pour cette Maison de l’histoire de France créée par le larbin de Nicolas Sarkozy, le sinistre pantin Frédéric Mitterrand, maison qui devait être installée aux Archives nationales contre la mobilisation des personnels des archives et de leur syndicats et l’opposition de nombreux historiens, comme Pierre Nora, que nul ne peut considérer comme un gauchiste impénitent ?

Tout simplement parce que Frédéric Mitterrand, avec l’aval sans aucun doute de Sarkozy, avait nommé Benjamin Stora membre du « conseil scientifique » de cette Maison de l’histoire de France. Ce genre de maisons en rappellent d’autres, mal famées.

Avec la suppression de ladite maison s’envolent et les honneurs et les avantages qui y sont liés.

Ajoutons que l’idée qu’il faille « un lieu d’écriture de l’histoire » est parfaitement réactionnaire. L’histoire n’a pas besoin de lieu où s’écrire, sous peine d’être une histoire officieuse sinon officielle. Stora est manifestement candidat à cette fonction.