Jean-Christophe Cambadélis et la révolution russe

Une perte irréparable … mais évitée nous apprenant que « le futur patron du PS s’est nourri des récits de la révolution russe ».

L’Obs interroge Jean-Christophe Cambadélis et Daniel Cohn-Bendit.

Jean-Christophe Cambadélis déclare : « Je voulais écrire un livre sur 1917 mais je n’aurai pas le temps » (site du PS, 22 décembre 2016). Qui n’a alors versé quelques larmes à l’idée que la révolution russe perde un pareil historien ?

Il semble que, depuis, ces larmes aient pu sécher… Merci au 18e arrondissement de Paris…

Victor Loupan, un dépoussiérage … douteux

Jean-Jacques Marie

1er tr 2017

Un certain Victor Loupan vient de publier aux éditions du Rocher une « Histoire secrète de la révolution russe ». Le titre, déjà, suscite le doute. Le pedigree de l’auteur ne peut que renforcer ce sentiment : ancien reporter au Figaro Magazine, membre du conseil pour la culture du patriarche de Moscou, président du comité éditorial et rédacteur en chef de La Pensée russe, journal ultra-réactionnaire des gardes-blancs, monarchistes et autres bénisseurs orthodoxes.

Dans une interview à Breizh Info, il affirme : « Il y a bien des aspects essentiels de la révolution russe qui sont totalement inconnus ». Lesquels ? Mystère.

Il poursuit : « Compte tenu de mes origines et de ma connaissance du russe, j’ai eu un accès privilégié aux tout derniers travaux des jeunes historiens moscovites et pétersbourgeois qui ont totalement dépoussiéré cette histoire. Mon livre qui sort résolument des sentiers battus en est une première illustration en français ».

Comme première illustration, c’est réussi. Qu’a découvert Victor Loupan le conseiller du très réactionnaire (et très opulent) patriarcat orthodoxe ? Un scoop : « Je parle d’ailleurs peu de Lénine, car il n’y a pas grand-chose à en dire. C’était un intellectuel laborieux et un idéologue […]. Le rôle de Lénine a été de peu d’importance. Il était un symbole plus qu’un acteur ».

La preuve ? « Peu de temps après la fin de la guerre civile, il a eu son premier AVC, puis deux autres. Et en 1924, il était déjà mort ». Pour une découverte c’est une découverte …

Rappelons seulement que c’est Lénine qui, en octobre 1917, contre les réticences voire les résistances de la majorité des membres du comité central, sceptiques voire craintifs et même hostiles, a imposé le prise du pouvoir du 25 octobre. Un détail …

A part cela il reprend l’antienne de « l’utopie » : « La grande originalité de la révolution russe réside dans le fait qu’elle a réussi à installer l’utopie au pouvoir […]. L’URSS devient la patrie des travailleurs du monde entier. Tout cela n’est pas explicable par la logique pure ni par la froide raison. L’irrationnel et le mystique y jouent un grand rôle. ».

A la fin, Victor Loupan, interrogé sur des ouvrages à conseiller au lecteur, ré-pond (honnêtement, il faut le dire) : « je pourrais leur conseiller un livre qui m’a beaucoup éclairé à une époque, l’Utopie au pouvoir, de Michel Heller et Alexandre Nekritch », publié en 1982. Voilà un dépoussiérage réussi.

Errare Mondi est …

Jean-Jacques Marie

Jean Bimbaum dirige le supplément du Monde des livres. Il y écrit des billets emplis en général d’une satisfaction de soi que nul n’est obligé de partager. Dans un billet du 22 mars 2013 intitulé Istrati, le révolté du siècle, il évoque Vers l’autre flamme, texte capital, écrit-il, où il racontait son périple à travers l’URSS. Et il ajoute finement : « Des années avant Boris Souvarine, Victor Serge ou André Gide, Istrati y décrivait la réalité d’un pays en proie aux “militants-racailles”».

Hélas ! trois fois hélas ! Jean Bimbaum a raté une occasion de ne pas étaler son ignorance. Vers l’autre flamme comporte trois volumes ; l’un a été écrit par Panaït Istrati, et les autres, bien que signés de son nom, ont été écrits respectivement par Victor Serge … et Boris Souvarine. C’est depuis longtemps un secret de Polichinelle.

Quand Marc Ferro déraille…

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Marc Ferro, qui avait jadis publié une Histoire de la révolution russe sérieuse et honnête, vient de publier un ouvrage sur le sort de la famille impériale. Il y affirme qu’en juillet 1918, les bolcheviks n’ont abattu que le tsar lui-même et sa domesticité, mais que la tsarine, princesse allemande, et ses filles, princesses à demi-allemandes ont survécu, les dirigeants bolcheviques ayant négocié avec le gouvernement impérial allemand. Lorsqu’il évoque ces négociations – bien entendu si ultra secrètes qu’aucun document n’en atteste ! – il précise dans une interview à Ouest-France Dimanche (16 décembre 2012, p. 7) : « Tout se joue entre une nébuleuse de princes car les principaux dirigeants du Parti bolchevique sont tous – sauf un – des nobles et des aristocrates ».

Tous les dirigeants du Parti bolchevique, sauf un, étaient donc « des nobles et des aristocrates » ! Alors là pour un scoop, c’est un scoop ! Mais, comme nombre de scoops, il est totalement imaginaire. Prenons la liste des principaux dirigeants du Parti bolchevique en 1 917-1918.

Lénine est noble, mais c’est le seul, son père, inspecteur des écoles primaires ayant été anobli …

Trotsky est fils d ‘un paysan très aisé.

Léon Kamenev est l e fils d’un ingénieur des chemins de fer.

Grigori Zinoviev est le fils d’un paysan plutôt aisé.

Joseph Staline est fils d’un savetier et d’une femme de ménage. Certaines rumeurs fantaisistes l’ont bien présenté comme le fils d’un prince, Egnatachaviii, mais pas un seul historien sérieux ne prend cette fable pour autre chose qu’une de ces rumeurs dignes de la poubelle ou de la presse dite people.

Jacob Sverdlov est le fils d’un artisan graveur, propriétaire d’un petit atelier de typographie et d’imprimerie.

Nicolas Boukharine est fils d’un couple d’instituteurs.

Grigori Sokolnikov est le fils d’un médecin.

Ivar Smilga est le fils de propriétaires terriens aisés.

On pourrait ajouter à ces noms ceux des autres membres du comité central de 1917 et 1918 (Artiorn-Sergueiev, fils de paysans, Nicolas Krestinski, fils d’un professeur de lycée, etc.), on ne trouvera de trace d’appartenance à la noblesse et à l’aristocratie chez aucun d’eux. On pourrait tout juste, à la rigueur, si on veut, y ranger Felix Dzerjinski, fils de petits hobereaux polonais ; mais la petite noblesse polonaise ou « szlachta »,souvent pauvre, ne saurait, malgré ses prétentions dérisoires à y figurer, relever de l’aristocratie : en Pologne, les aristocrates sont les « magnaty » … caste à laquelle étaient fort loin d’appartenir les parents de Felix Dzerjinski.

L’affirmation pour le moins surprenante, sinon délirante, de Marc Ferro ne plaide pas par ailleurs en faveur du sérieux de la thèse qu’il développe.

Où va se nicher le trotskysme !

4ème tr 2010

Dépêche de l’AFP -19 mars 2010, 14 h 54 : La justice russe a refusé vendredi d’ordonner la reprise de l’enquête criminelle sur l’exécution du dernier tsar de Russie, Nicolas II, close il y a un plus d’un an, a annoncé l’avocat des Romanov en critiquant le « nihilisme légal ». « Le tribunal a refusé de reconnaître illégale la décision sur la clôture de l’enquête », a déclaré Guerman Loukianov à l’agence Interfax. La famille Romanov a saisi à la mi-janvier le tribunal Basmanny, de Moscou, en demandant de juger « illégale et infondée » la décision du comité d’enquête du parquet russe de clore l’enquête. « Le tribunal n’a pas examiné les arguments selon lesquels les Romanov avaient été tués au nom de l’Etat », a souligné Me Loukianov, cité par l’agence RIA Novosti, en dénonçant « le trotskisme juridique » et le « nihilisme légal ».

Le tribunal Basmanny a toutefois satisfait la demande de la maison Romanov obligeant le comité d’enquête à lui fournir une copie de la résolution sur la clôture de l’enquête. Nicolas II, son épouse Alexandra et leurs cinq enfants avaient été faits prisonniers, puis exécutés par la Tcheka, la police politique de Lénine, le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg, dans l’Oural.

La famille Romanov et l’Eglise orthodoxe doutent par ailleurs que des restes humains découverts en 2007 dans la région d’Ekaterinbourg soient ceux du tsarévitch et de sa soeur Maria, assassinés avec toute leur famille, malgré les résultats de tests ADN en Russie, aux Etats-Unis et en Autriche.

Joël Kotek :  » Lénine, faute de pouvoir capturer la Seconde Internationale … »

Marc Teulin

Dans la défunte collection Archives du communisme, créée par Stéphane Courtois, un certain Joël Kotek a écrit, dans un ouvrage intitulé La Jeune Garde : « Lénine, faute de pouvoir capturer la Seconde Internationale, avait dû se résoudre à créer la Troisième Internationale (Komintern) » (p. 23).

L’idée qu’avant 1914, Lénine ait pu seulement songer à « capturer la Seconde Internationale », où le Parti bolchevique occupait une place réduite, aurait suscité un rire homérique chez tous les dirigeants de la Deuxième Internationale et chez Lénine lui-même, qui ne prit la décision de créer une Troisième Internationale qu’au lendemain de la déclaration de guerre et du vote des crédits de guerre par le groupe parlementaire social-démocrate allemand. Jusqu’alors, Lénine, membre du Bureau socialiste international, aux réunions duquel il participait très régulièrement, avait été un militant de la Deuxième Internationale, dont il espérait qu’elle se dresserait contre la guerre. Il avait participé, aux congrès de Stuttgart (1907) et de Copenhague (1910), à la formation d’une aile gauche, qu’ il ne prétendait et cherchait nullement à diriger, et dont les figures les plus connues étaient Rosa Luxemburg, De Brouchère, Racovski… et d’autres encore.