Lev Zadov bras droit de Makno, puis officier du Guépéou, décoré, récompensé, arrêté et fusillé.

Jean-Jacques Marie

Résultat de recherche d'images pour "lev zadov"
Lev Zadov / Wikipedia

Lev Zadov, de son vrai nom complet Lev Zinkovski Zedov, fils d’un cocher de Iouzovka, après deux petites années d’école dans un heder (une école juive), commença tôt à travailler comme apprenti dans un moulin, puis comme ouvrier dans une forge. Il rejoint en 1910 l’un des groupes anarchistes, alors nombreux en Ukraine. En 1912 il prend part à trois « expropriations » destinées à alimenter la caisse de son groupe. L’année suivante, il est jugé pour ces  trois actions et écope de huit ans de bagne dont la révolution de février le libère comme des milliers d’autres détenus politiques. En février 1918 il s’enrôle dans l’Armée rouge. Son détachement est commandé par un anarchiste alors connu, Tcherniak. Le détachement part dans le sud combattre les Blancs dirigés par l’ataman Kaledine, puis après le suicide de ce dernier combattre les troupes rassemblées par Krasnov. Peu après Zadov s’éclipse. Il écrira plus tard: « En août 1918 notre détachement a reçu de Tsaritsyne l’annonce que nous étions transformés en unité de l’Armée rouge. Et nous avons reçu de l’argent pour payer nos salaires. En tant que chef de l’état-major je touchais 750 roubles, alors que le soldat rouge de base recevait 50 roubles. En tant qu’anarchiste je manifestai mon désaccord avec cette disposition. Avec l’accord du commandant du détachement Tcherniak je me rendis à l’état-major du front sud (…), et de là je fus envoyé en Ukraine sur les arrières des Allemands »[1].

Il part alors à Giouliai-Polie le centre du mouvement anarchiste de Makhno. En quelques mois il passe de l’organisation de la propagande au poste de chef du contre-espionnage du 2e corps, dit du Donetsk, de l’Armée de Makhno. Il devient vite l’adjoint personnel de Makhno. Lorsque ce dernier fut blessé il nomma Zadov commandant du groupe d’artilleurs et de fantassins envoyés sur le front sud pour combattre Wrangel en alliance avec l’Armée rouge. Après la défaite et la fuite de Wrangel hors de Crimée, Moscou ordonne le désarmement des contingents de Makhno qui refuse de se plier à cet ordre de Moscou. Le romancier russe Alexis Tolstoï, rentré de l’émigration en 1923, règle le compte de Zadov dans le troisième tome de son roman Le chemin des tourments : « Dans le sud on ne connaissait pas moins le nom de Levka Zadov que celui du petit père Makhno. Levka était un bourreau, un homme d’une férocité si incroyable que Makhno faillit plusieurs fois le sabrer mais il lui pardonnait à cause de son dévouement »[2]. Ainsi un jour, (dans le roman) il menace un officier blanc qui a abandonné l’armée de Denikine en lui lançant au visage : « Espèce de salaud, si tu me mens encore une fois, je te ferais ce que Sodome n’a pas fait avec Gomorrhe ». Confisquant à l’officier la photo de sa (jolie) femme il répond à ce dernier qui lui demande de la lui rendre : « On la déposera sur ton cadavre sanglant » [3] et il l’assomme.

En 1921 il fait partie des 77 makhnovistes, Makhno compris, qui se réfugient en Roumanie où il vivote pendant plusieurs années à grand renfort de petits boulots. Il retourne en URSS en 1924 dans des conditions dignes d’un mauvais roman d’aventure. Ayant appris l’amnistie accordée à tous les anciens de l’armée de Makhno, son frère Daniel et lui s’associent à un groupe de nationalistes ukrainiens réactionnaires que les services roumains veulent envoyer en URSS commettre des actes de sabotage. A peine franchie la frontière, Zadov et son frère se rendent aux autorités soviétiques… Après plusieurs mois d’interrogatoires… il est recruté dans le Guépéou (nouveau nom de la Tcheka depuis 1922) sans doute à cause de son expérience dans les services de renseignement de l’armée de Makhno.

Interrogé en 1993 par un journaliste du quotidien Troud [4], son fils expliquera ainsi cette décision au premier regard surprenante : « N’oubliez pas que cela se passait en 1924. On avait amnistié tous les makhnovistes. On était encore loin du déchaînement des répressions staliniennes. Et puis on n’a pas nommé mon père dans les organes punitifs de la Tcheka, mais dans les services de renseignements, domaine dans lequel il avait des idées ».

Zadov sert apparemment sans problème dans le NKVD (nouveau nom du Guépéou à partir de 1934) jusqu’à atteindre un grade équivalent aujourd’hui à celui de colonel. Au cours de cette période il obtient sur son activité un jugement flatteur du vice-président du NKVD d’Ukraine, G. V. Kovtoune qui écrit : «  Pendant son activité dans les services de renseignement n’a manifesté que des côtés positifs. Il a montré son courage dans des opérations de combat et a été plusieurs fois décoré : en 1929, il reçoit des remerciements du Guépéou d’Ukraine et une prime de 200 roubles pour avoir désarmé un dangereux saboteur ; a reçu à titre de récompense un mauser avec l’inscription  « Pour ses mérites de combattant » de la part du comité provincial du Guépéou ; en 1932 le comité exécutif de la province d’Odessa lui attribue une arme de combat ; en 1934 il reçoit une prime mensuelle pour le courage qu’il a manifesté lors de l’arrestation d’un groupe de terroristes »[5]. Puis le tsunami de la répression stalinienne le rattrape. Nicolas Iejov, placé par Staline à la tête du NKVD en septembre 1936 à la place d’Henrykh Iagoda nettoie le NKVD d’une grande partie de ceux qui travaillaient jusqu’alors sous les ordres de Iagoda, destiné à figurer en bonne place sur le banc des accusés du troisième procès de Moscou. Il est arrêté le 4 septembre 1937. Au début de 1938, le NKVD arrête sa femme. Lev Zadov et son équipe sont accusés d’espionnage au profit des services secrets roumains, britanniques et allemands. Il est condamné à mort par la Cour Suprême de Kiev le 25 septembre 1938 et fusillé le jour même. Il sera réhabilité par la justice soviétique le 29 janvier 1990 .

 

[1] Troud,24 juin 1993.

[2] Khojdenie po moukam, Moscou 1957, tome 2 , p 153

[3] Ibid p 154.

[4] Troud 24 juin 1993

[5] Ibid.

DOCUMENTS INEDITS

de Lénine

– LETTRE A L’EMIR D’AFGHANISTAN AMANULLAH KHAN[1]

A Votre Majesté l’émir d’Afghanistan

Ayant reçu de votre ambassadeur extraordinaire, le respecté Muhammed-Vali-Khan, la précieuse lettre de Votre Majesté, je m’empresse de vous remercier pour vos salutations et votre initiative pour instaurer l’amitié entre les grands peuple russe et afghan.

Dès les premiers jours de la lutte glorieuse du peuple afghan pour son indépendance, le gouvernement Ouvrier et Paysan de Russie s’est empressé de reconnaître le nouvel ordre des choses en Afghanistan, a solennellement reconnu sa pleine indépendance et envoyé son ambassade pour établir un lien solide et permanent entre Moscou et Kaboul. A l’heure actuelle, l’Afghanistan florissant est le seul état musulman indépendant au monde et le destin confie au peuple afghan la grande tâche historique d’unir autour de lui les peuples musulmans asservis et de les conduire sur le chemin de la liberté et de l’indépendance.

Le gouvernement Ouvrier et Paysan de Russie mandate son ambassade en Afghanistan pour engager des pourparlers avec le gouvernement du peuple afghan et conclure des accords amicaux, commerciaux et autres, dont le but n’est pas seulement de renforcer des relations de bon voisinage au profit de nos peuples mais de mener une lutte commune contre le gouvernement impérialiste le plus rapace au monde, la Grande Bretagne dont les intrigues, comme vous l’indiquez à juste titre dans votre lettre, ont jusqu’à présent entravé le libre et pacifique développement du peuple afghan et l’ont écarté de ses plus proches voisins.

Votre ambassadeur extraordinaire, le respecté Muhhamed-Vali-Khan, m’a informé que vous étiez prêt à engager des pourparlers sur des accords d’amitié avec Kaboul et aussi du désir du peuple afghan à recevoir une aide militaire du peuple russe contre l’Angleterre. Le gouvernement Ouvrier et Paysan de Russie est disposé à accorder très largement cette aide au peuple afghan et, de surcroît, à rétablir la justice foulée aux pieds par l’ancien gouvernement des tsars russes. Nous avons proposé à votre ambassadeur et ordonné à nos autorités au Turkestan de constituer une commission mixte pour redresser la frontière russo-afghane, dans l’esprit d’un élargissement du territoire afghan fondé sur le droit, la justice et le libre souhait des peuples qui vivent dans la zone frontalière. Nous espérons que cette commission, avec Votre approbation, se mettra immédiatement au travail pour que celui-ci soit achevé en même temps que la conclusion des pourparlers sur l’accord russo-afghan à Kaboul.

Notre gouvernement, à la demande de Votre ambassadeur, à pris contact par radio avec les gouvernements des Etats voisins de la Russie pour assurer la libre circulation de l’ambassade afghane en Europe et en Amérique mais, malheureusement, les intrigues de la même puissance intéressée mentionnée dans votre précieuse lettre, n’ont pas permis de réaliser le plan de Votre Majesté et votre ambassade a dû prendre un autre chemin. En lui donnant congé avec les meilleurs souhaits du peuple russe, je tiens, au nom du gouvernement Ouvrier et Paysan, à Vous exprimer ainsi qu’à tout le peuple afghan, mes plus cordiales salutations.

V. Oulianov (Lénine)

Président du Sovnarkom

27 novembre 1919

Kremlin. Moscou.

Publié partiellement dans la Pravda n° 100, 29 avril 1928. F 2, inv. 1, d. 11873, ff 5-6 – copie en langue russe.

[1]V. I. Lénine a remis sa lettre le 29 novembre 1919 à la mission extraordinaire afghane dirigée par l’ambassadeur Muhammed Vali-khan avant son retour dans sa patrie.

Le CRCEDHC (Centre russe de conservation et d’études des documents en histoire contemporaine ) conserve, en même temps que la copie de la lettre de Lénine , une traduction de la lettre de l’émir avec un note de V. I. Lénine : « Secret pour les archives » (f. 2 inv. 1, d.11873, f. 7).

de Trotsky

LETTRE DE DEMISSION DU COMITE CENTRAL

Au Comité central du Parti communiste russe

                       5 juillet 1919,

Les conditions de mon travail sur les fronts me privent de la possibilité de participer régulièrement au travail du centre militaire et du Bureau politique du C.C. Cela en contrepartie me prive souvent de la possibilité de prendre sur moi la responsabilité devant le parti et les cadres du département militaire de toute une série de décisions du centre que je considère comme des violations risquées et très dangereuses du système militaire que nous avons mis en place et qui a été validé par le congrès du parti.

Jugeant en même temps nécessaire, comme la majorité du Comité central, que je puisse poursuivre mon activité sur le front, je demande :

a) de me libérer de mon titre de membre du Bureau politique du Comité central et de Président du Comité militaire révolutionnaire (Commissaire du peuple à la guerre).

b) de me confirmer mon titre de membre du Comité militaire révolutionnaire.

Membre du Comité central Trotsky

Et projet de résolution du Bureau d’Organisation et du Bureau politique proposé par V. I. Lénine.

Le Bureau d’organisation et le Bureau politique du Comité central, après avoir pris connaissance de la déclaration du camarade Trotsky et l’avoir examinée sous tous ses aspects sont arrivés à la conclusion unanime qu’ils ne sont absolument pas en état d’accepter la démission du camarade Trotsky et de satisfaire sa demande.

Le Bureau d’organisation et le Bureau politique du Comité central feront tout ce qui dépend d’eux pour rendre le plus adéquat pour le camarade Trotsky et le plus profitable à la République son activité sur le front sud qui est le front le plus difficile, le plus dangereux et le plus important et que le camarade Trotsky a lui-même choisi. Ses titres de commissaire à la guerre et de président du comité militaire révolutionnaire n’empêchent pas le camarade Trotsky d’agir comme membre du comité militaire révolutionnaire du front sud avec le commandant du front (Egorov) qu’il a lui-même choisi et que le Comité central a confirmé.

Le Bureau d’organisation et le Bureau politique du Comité central laissent au camarade Trotsky l’entière possibilité d’obtenir par tous les moyens ce qu’il estime être une correction de la ligne générale dans la question militaire et, s’il le désire, de hâter la convocation du congrès du parti.

Pleinement convaincus que la démission du camarade Trotsky au moment actuel est absolument impossible et porterait un tort énorme à la République, le Bureau d‘Organisation et le Bureau politique du Comité central proposent fermement au camarade Trotsky de ne plus soulever cette question et de continuer à remplir ses fonctions, en les réduisant au maximum s’il le désire afin qu’il puisse concentrer son activité sur le front sud.

En conclusion le Bureau d’Organisation et le Bureau politique refusent d’accepter le départ du camarade Trotsky du Bureau politique et son abandon du poste de président du Comité militaire révolutionnaire de la République (Commissaire du peuple à la guerre).
Lénine, Kamenev, Krestinski, M. Kalinine, L. Serebriakov, Staline, Stassova.

– LA CONTRE-REVOLUTION AGONISANTE

Les dirigeants des derniers soulèvements de koulaks dans la région de la Volga ont lancé le slogan : « A bas les communistes, vive le pouvoir soviétique ! »

Qu’est-ce cela signifie ?

Cela signifie que la contre-révolution a définitivement perdu pied et qu’elle n’a plus confiance en elle-même. Les comploteurs contre-révolutionnaires veulent rétablir la monarchie, veulent ramener le tsar sur le trône et les grands propriétaires. Mais ils n’osent pas le dire ouvertement, car ils savent que même les paysans ignorants répondraient à ces appels en les chassant à coups de bâtons et de fourches. Les contre-révolutionnaires ont depuis longtemps camouflé leurs véritables désirs sous des slogans trompeurs et séduisants. Au cours de leurs soulèvements, tous les monarchistes ont juré par l’Assemblée constituante. Mais aujourd’hui ce slogan est définitivement usé. L’expérience de Denikine, de Koltchak les a tous convaincus que l’Assemblée constituante ne servait qu’un temps comme masque pour les partisans du régime nobiliaire monarchique. Le slogan de l’Assemblée constituante ne permet déjà plus du tout aujourd’hui d’attraper même des paysans arriérés. Non seulement le prolétaire, le berger villageois, le paysan pauvre sans terre, mais même le paysan moyen travailleur, convaincu par l’expérience, sait que seul le pouvoir soviétique s’efforce sincèrement et honnêtement de protéger les intérêts des masses populaires laborieuses. C’est pourquoi les paysans, même cette couche d’entre eux, à juste titre, mécontente des actions des autorités locales, soutiennent fermement le pouvoir soviétique. Les comploteurs contre-révolutionnaires sont obligés d’en tenir compte, de s’adapter à cette réalité et d’écrire sur leurs drapeaux : « vive le pouvoir soviétique ! »

Il y a cinquante ans, quand en Russie le mouvement révolutionnaire ne faisait que commencer, quand les révolutionnaires ne représentaient qu’une poignée insignifiante dans cet énorme pays, la paysannerie croyait encore fortement à la monarchie et réagissait avec effroi à la propagande révolutionnaire. Parfois, alors, les révolutionnaires utilisaient les manifestes diffusés au nom du tsar. C’était, bien entendu, une tactique incorrecte, bientôt condamnée par le parti révolutionnaire, mais le fait que des révolutionnaires s’adressaient à la paysannerie, prétendument au nom du tsar, montre à quel point les préjugés monarchistes des masses paysannes étaient alors puissants[1].

La révolution n’a pas laissé la moindre trace de ces préjugés. A la place de la foi dans la monarchie, dans le tsar, la bourgeoisie s’est efforcée de fabriquer la foi dans une Assemblée constituante au-dessus des classes. Les premiers mois après la dissolution de la Constituante les paysans ont mordu à ce slogan. Subissant toutes sortes de difficultés et d’épreuves dans le pays, épuisés par la guerre, par les gouvernements tsaristes et bourgeois, les paysans ont mordu une nouvelle fois à l’hameçon et ont été enclins à croire que l’Assemblée constituante aurait pu soulager leur existence. Mais la vie a balayé ces préjugés. Et maintenant les ennemis jurés de la classe ouvrière et de la paysannerie laborieuse se camouflent en partisans du pouvoir soviétique. Les koulaks et les contre-révolutionnaires abandonnent l’étendard de la Constituante comme un vieux chiffon. Sous leurs appels fleurissent des signatures d’inspiration soviétique : responsable militaire un tel, commissaire militaire un tel. La contre-révolution abandonne ses dernières positions idéologiques et se voit obligée de se placer (de façon, bien entendu, hypocrite), sur le terrain du pouvoir soviétique. Ce faisant, la contre-révolution signe son arrêt de mort, car elle témoigne, en le signant elle-même, qu’en dehors du pouvoir soviétique il n’y a pas d’issue et pas de salut pour le peuple.

En vérité, la contre-révolution garde la possibilité de développer son agitation politique en s’appuyant sur les gaffes, les fautes et même des crimes commis par des agents du pouvoir soviétique. Mais le pouvoir soviétique lui-même mène et veut mener ce combat avec une énergie infatigable. Pour améliorer l’appareil du pouvoir soviétique il faut l’épurer de l’intérieur et cela exige avant tout de séparer strictement la bourgeoisie villageoise, les koulaks, des paysans moyens travailleurs.

Tous les cadres soviétiques dans les villages, les cantons, les districts, les provinces doivent d’abord se rapprocher du paysan moyen dans un travail commun avec lui et empêcher les koulaks de patronner les lois soviétiques et le pouvoir soviétique. Ce doit être le centre de leur activité.

Il ne faut pas admettre les koulaks dans l’Armée rouge. Il ne faut pas les soumettre à l’instruction militaire. Il faut veiller très soigneusement à ce que la mobilisation ne touche, en plus des ouvriers, que les seuls honnêtes paysans travailleurs .

Il faut envoyer les koulaks, avec les fils de la bourgeoisie, dans les milices de l’arrière pour effectuer des tâches pénibles les plus difficiles dans l’intérêt de l’armée et de la défense du pays des soviets.

Il faut chasser impitoyablement les koulaks des soviets.

En cas d’insurrections, de sabotage de voies ferrées et de ponts, il faut fusiller impitoyablement les koulaks du canton le plus proche.

Avec les paysans travailleurs abusés, avec les paysans moyens il faut agir plus par des mots, par la conviction, en leur expliquant que leur salut réside dans une lutte impitoyable contre les koulaks et dans une collaboration étroite avec la classe ouvrière.

Comme le serpent de la fable, les koulaks ont changé de peau ; ils jurent maintenant par le pouvoir soviétique et pensent que les paysans travailleurs ne les reconnaîtront pas. Mais le paysan travailleur a répondu au serpent qui a changé de peau.

« Tu as beau avoir une nouvelle peau, ton cœur n’a pas changé » et il lui a tordu le cou.

C’est ainsi que le paysan travailleur agira, en commun avec la classe ouvrière, vis-à-vis des koulaks contre-révolutionnaires. Ils se repeignent en rouge, ils contrefont le pouvoir soviétique mais nous ne leur ferons pas grâce.

Ouvriers et paysans, il est temps de tordre le cou aux koulaks contre-révolutionnaires !

27 mars 1920.

[1]  Sur la tentative d’organiser une insurrection paysanne en prenant appui sur un manifeste tsariste voir la note 72 du deuxième tome du premier livre.

de Staline 

« LE GUEPEOU N’EST PAS UNE BOITE POSTALE »

Présentation :

Au début de décembre le trotskyste Ianouchevski adresse à la direction de « l’isolateur » (prison politique) de Verkhne-Ouralsk, au nom des trotskystes qui y sont emprisonnés, une protestation contre les mesures répressives prises à l’encontre de « l’aile léniniste du parti ». L’administrateur de l’isolateur transmet le texte de la protestation à son supérieur Iagoda, alors chef du Guépéou, qui la transmet au comité central. Staline réagit aussitôt brutalement par le télégramme ci-dessous adressé à Iagoda et à son adjoint Evovkimov (Istoria Stalinskogo goulaga. Tome 6, p. 44). Rappelons que Iagoda sera l’un des condamnés à mort du troisième procès de Moscou, dit procès du « Bloc des droitiers et des trotskistes » antisoviétique, sans que l’avertissement sévère de Staline figure à sa charge.

 Télégramme de Staline.

 Aux camarades Iagoda et Evdokimov 

 « Je considère comme une grande erreur le fait que l’administration de l’isolateur de Verkhne-Ouralsk ait accepté le document des petits-bourgeois contre-révolutionnaires. Il faut considérer comme une faute encore plus grande la transmission de ce document par le Guépéou au Comité central du parti. Le Guépéou est le bras punitif du pouvoir soviétique et pas une boîte postale, au service des morveux petits-bourgeois de la contre-révolution. Nos affaires sont mal engagées si c’est ainsi que vous éduquez les cadres du Guépéou.

Je vous retourne le document dans l’espoir que vous vous débrouillerez pour sanctionner l’administrateur qui a accepté comme un document légal ce pamphlet ordurier contre le pouvoir soviétique.

Ce ne serait pas mal non plus de châtier monsieur Ianouchevski. 

Avec mon salut communiste. »

Le 8-XII-29.

Fables

Jean-Jacques Marie

Le journaliste Vincent Présumey, qui se présente comme un « marxiste révolutionnaire », a créé son blog, installé sur le site de Mediapart. A propos des événements d’Ukraine, il y dénonce inlassablement « l’impéria­lisme russe ». Pour conforter cette dénonciation il évoque « cinq décennies de régime stalinien durant lesquels les Ukrainiens se sont fait traiter de nazis ».

Oui, « les Ukrainiens ». Vincent Présumey se garde bien de citer ses sources et de fournir une preuve de cette affirmation quelque peu grotesque, contraire à la vérité, et qui aurait sapé stupidement tous les efforts de la propagande officielle pour exalter « l’amitié entre les peuples » de l’URSS. Que cette « amitié » n’ait pas dépassé le stade de la propagande est une chose, mais elle interdisait l’affirmation inventée par Présumey.

Peut-être prend-il pour argent comptant la lourde plaisanterie de Nikita Khrouchtchev dans son rapport secret au XXe Congrès sur l’envie qu’aurait eue Staline de déporter les Ukrainiens s’ils avaient été moins nombreux. Mais Khrouchtchev, faisant éditer son discours secret pour les cadres du parti et même ses adhérents, a fait préciser après cette lourde plaisanterie : « Rires ». Apparemment, Présumey, qui semble pourtant être un grand spécialiste de l’ex-URSS, de la Russie et de l’Ukraine, à en juger par la pluie d’articles qu’il pond sur ces sujets, n’a pas compris la plaisanterie.

Staline … ou Jeleznine ?

Jean-Jacques Marie

Pendant des années, les lycéens – admiratifs, indifférents ou caustiques – ont appris que le pseudonyme de Staline venait du mot russe « stal » qui veut dire «acier» et donc que Staline était l’homme d’acier. Deux redoutables spécialistes de l’URSS et de la Russie, Hélène Blanc et Renata Lesnik, journalistes qui se situent dans la lignée de Stéphane Courtois, considérées par leurs pairs comme des « spécialistes » (?), ont corrigé cette version traditionnelle. Dans un ouvrage (aussi nul que leurs ouvrages précédents) intitulé Les prédateurs du Kremlin, (1917-2009), elles annoncent « quelques révélations saisissantes » (page 16). On y apprend que « Beria s’était farouchement opposé à l’ordre de liquider les officiers polonais à Katyn » (page 63 ), ordre dont il a été, les documents le prouvent, le principal organisateur ; elles ne font là que reprendre la légende grotesque répandue par son fils Sergo qui ment et trafique ses propres textes à tour de bras. La nomination d’Andropov à la tête du KGB est commentée sous le sous-titre : « Un poète au KGB » (page 105). Les dissidents ont pu apprécier son sens de la poésie … Mais la plus saisissante de leurs révélations porte sur Staline: «Observons d’abord, écrivent-elles page 49, que l’homme de fer (de stal « fer ») n ‘assumait pas ses décisions ». Le « fer » se dit en russe « Jelezo ». L’« homme de fer » se dirait donc Jelez-nine …

Nos deux « spécialistes» ignorent donc ce que des millions de lycéens, sans connaître le russe, ont su et que certains savent peut-être encore. Mais nos « spécialistes » ne sont pas à une approximation près. Elles écrivent ainsi : « Le ciel s ‘assombrit en 1951 quand éclate « l’affaire de Leningrad » (1948-1953) », c’est-à-dire la liquidation des dirigeants des cadres du Parti communiste russe de Leningrad (Kouznetsov, Popkov, etc.). Elle éclate donc en 1951 … tout en commençant en 1948. Ajoutons qu’elle n’éclate pas, car aucun élément n’en apparaît publiquement, au point que la fille de Kouznetsov (ancien secrétaire du comité central), mariée à un fils de Mikoian, n’a même pas su à l’époque ce qu’il était advenu de son père fusillé !

Plus remarquable encore dans leur ignorance, elles écrivent : « Durant les années 1934-1936 le théâtre de l’absurde socialiste met en scène les grands procès où les fidèles compagnons de Lénine et Staline, les théoriciens du marxisme et la fine fleur des militaires tiennent les rôles principaux. Exeunt Serguei Kamenev, Grigori Zinoviev et Nikolaï Boukharine » (page 48).

Or :

a) Les procès de Moscou se sont déroulés non de 1934 à 1936 mais de 1936 à 1938 (octobre 1936, janvier 1937, juin 1937 pour le procès des militaires, et mars 1938).

b) Nos deux redoutables spécialistes se trompent de Kamenev : le dirigeant bolchevique assassiné par Staline s’appelait Lev ou Léon ; Serguei Kamenev était un chef militaire mort dans son lit en 1936, et qui sera certes déclaré traître plus tard … mais que Staline ne pourra rattraper dans l’au-delà et donc juger.

Perle … quelque peu falsifiée !

Jean-Jacques Marie

Certes, le livre de Robert Littell L’hirondelle avant l ‘orage est un roman … donc l’auteur a le droit à la fantaisie, mais en avant-propos, l’auteur, présentant « les voix dans ce livre », cite la poétesse Anna Akhmatova et écrit « moitié bonne sœur, moitié catin, selon les chiens de garde bolcheviques de la culture ».

Le lecteur est invité par cette formulation à croire qu’il s’agit d’une formulation remontant aux années vingt ou trente … Or cette phrase a été imprimée pour la première fois dans la résolution dite du comité central du Parti communiste du 14 août 1946, rédigée par Jdanov et validée par Staline.

Le comité central n’a d’ailleurs même jamais été réuni pour l’avaliser. Elle n’engage donc que ses auteurs, Jdanov et Staline. Parler à leur propos de chiens de garde est certes juste, mais « bolcheviques », c’est pour le moins cavalier …