Report de la conférence : LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE L’OPPOSITION DE GAUCHE

Cette conférence de Jean-Jacques Marie sur la formation de l’Opposition de gauche en URSS en octobre 1923 (dont vous trouverez la présentation ci-dessous), organisée par les Cahiers du mouvement ouvrier, avait été programmée pour le samedi après-midi 25 novembre prochain.
Nous décidons aujourd’hui de la reporter et nous espérons pouvoir la tenir en janvier 2024.
En réponse aux attentats meurtriers commis par le Hamas en Israël le 7 octobre, le gouvernement Netanyahou, organise depuis lors un massacre de palestiniens de la bande de Gaza, dont rien n’annonce la fin prochaine et qui suscite en réaction rassemblements et manifestations de protestations organisés souvent le samedi après-midi.
Il ne saurait être question pour nous d’opposer l’histoire passée – même si elle garde son actualité – aux exigences que le présent peut présenter à chacun.
C’est pourquoi l’équipe des Cahiers du mouvement ouvrier reporte la conférence initialement prévue le 25 novembre.

Nous vous invitons, en attendant à consulter le dossier sur la naissance de l’opposition de gauche

DOSSIER : la naissance de l’opposition de gauche

Présentation

Sans doute encouragé par la puissante vague révolutionnaire qui déferle alors sur l’Allemagne, ravagée par une gigantesque crise économique et sociale, Trotsky lance alors une bataille pour la démocratisation du Parti bolchevik au pouvoir en URSS. Dans une lettre au Comité central du 8 octobre 1923, il dénonce « la bureaucratisation de l’appareil du parti qui s’est développée dans des proportions inouïes » et « la très large couche de permanents qui, en entrant dans l’appareil de direction du parti, renoncent complètement à leurs opinions politiques personnelles». Pour « la large masse des adhérents du parti chaque décision apparait sous forme d’ordres ou de sommations. »

Une semaine plus tard, 46 cadres du parti reprennent ce réquisitoire dans une lettre au Comité central : «La démocratie dans le parti est moribonde. La libre discussion y a pratiquement disparu. Ce n’est plus le parti qui élit ses dirigeants mais ces derniers qui désignent les délégués aux congrès. (…) Ce régime intolérable détruit le parti en le remplaçant par un appareil bureaucratique sélectionné (…) incapable de faire face aux crises et qui menace d’être totalement inefficace face aux événements graves qui s’annoncent.»

Ces deux textes sont l’acte de naissance effectif de l’Opposition de gauche. Trotsky et les 46 prolongent et approfondissent la critique faite dix mois plus tôt par Lénine, qui avait alors dénoncé l’appareil d’Etat comme un héritage du passé et critiqué son « bureaucratisme », mais n’évoquait pas l’appareil du parti dont il stigmatisait seulement le « pouvoir illimité » qu’avait acquis Staline en accédant à sa tête. Trotsky, lui le prend de front.

Au même moment, la direction du PC allemand, avec l’aval de Moscou, décommande l’insurrection décidée. L’espoir de la révolution en Allemagne qui romprait l’isolement de l’URSS s’éteint dans un fiasco organisé par l’appareil de Moscou. C’est une étape décisive de la consolidation de l’appareil et de sa victoire. C’est la débâcle, d’autant plus démoralisante qu’elle s’est produite sans combat effectif. Or, la lettre que Maguidov, le secrétaire du parti communiste de la région de Poltava en Ukraine, adresse, le 10 novembre 1923, à Staline le montre : la révolution en Allemagne dominait même les soucis quotidiens d’ouvriers, révoltés, écrit-il, par « l’inégalité criante » entre « les sommets » et la « base », et les privilèges que s’attribuent les bureaucrates. Les mineurs du Donbass, « plus mal logés que des bestiaux » et très mal payés, ont massivement fait grève en octobre, puis ont repris le travail en expliquant : « Nous aurions réglé nos comptes, (…) , mais voilà il est impossible de trahir la révolution allemande ». Maguidov dénonce « l’absence de toute information sur la situation intérieure du parti » alors que la base « désire savoir tout qui se passe en fait ». Il ajoute : « La vieille garde du parti est très abattue » et réclame l’instauration effective « de la démocratie ouvrière à l’intérieur du parti. » Ironie de la situation, il s’adresse à Staline, le bureaucrate en chef, alors que ses positions sont proches de celles de Trotsky, mais chacun des deux ignore les
prises de position de l’autre.

La lettre des 46 est le premier acte de l’opposition radicale entre deux perspectives : d’un côté l’affirmation que la construction du socialisme dans l’Union soviétique à l’économie encore balbutiante est organiquement liée à la victoire de la révolution dans les pays capitalistes avancés, de l’autre la prétendue possibilité de construire le socialisme dans une Union soviétique isolée du marché mondial, simple couverture théorique des appétits de plus en plus insatiables de l’avide caste bureaucratique parasitaire naissante ravagée par la corruption et qui se gave au-dessus d’une paysannerie et d’une classe ouvrière confrontées à des conditions de vie lamentables que reflète une chansonnette désabusée qui circulait dans le pays au début des années 30 : « Niet miasa, niet masla, niet moloka, niet mouki, niet myla, no zato iest Mikoian » (Il n’y a pas de viande, il n’y a pas de beurre, il n’y a pas de lait, il n’y a pas de farine, il n’y a pas de savon, mais en revanche il y a Mikoian » commissaire au commerce extérieur).

La formation de l’Opposition de gauche en 1923 débouchera, 15 ans plus tard, sur la proclamation de la IVe Internationale, dont Staline diffamera et massacrera les milliers de partisans en URSS pendant que ses agents politiques et policiers organiseront la calomnie et la traque de ses militants dans le monde entier.

Un rituel encombre l’histoire de cette période : remplacer cette opposition entre le combat pour la révolution mondiale et la contre-révolution bureaucratique par une prétendue rivalité Staline-Trotsky pour le pouvoir. En 1990 l’historien soviétique Victor Danilov insistait : « Prendre la lutte qui se déroula à l’intérieur du parti pour une lutte pour le pouvoir de tous ses protagonistes a été un mythe très utile à Staline», que journalistes , universitaires et historiens ont servilement répété… en toute indépendance d’esprit.

A propos de Paul Eluard

Pascal Colard

Le 27 janvier 2023                                                                                

à Christophe LEHOUSSE,

Quelques réflexions à propos de votre article « Paul Eluard, J’écris ton nom », paru dans Seine-Saint Denis n°113 (Novembre-Décembre 2022).

Qualifiant Eluard de trésor « du patrimoine littéraire », vous y allez vraiment très fort. Trésor du patrimoine patriotique me paraît plus adéquat. A ce propos je vous recommande plutôt le livre Pamphlet de Benjamin Péret (qui, lui, a combattu durant la guerre d’Espagne en 1936) le Déshonneur des Poètes paru en 1945 à Mexico. Péret, poète et militant révolutionnaire a écrit : « Paul Eluard qui de tous les auteurs de cette brochure (L’Honneur des Poètes), seul fut poète, à qui l’on doit la litanie civique la plus achevée ».

Vous écrivez ensuite « Le poète de l’Amour et du Surréalisme ». Certes de 1924 à 1938 Eluard a été surréaliste, mais après être passé par une litanie de « résistance », il s’est (ses « poèmes politiques » étant déjà dans le genre débile) révélé, avec son « poème » Joseph Staline paru dans l’Humanité du 8/12/1949, le lamentable scribouillard stalinien.

En apothéose, si l’on peut parler ainsi, son refus d’intervenir pour sauver Zavis Kalandra, (procès stalinien de Prague) de la mort en 1950 malgré la demande de son ancien ami et camarade André Breton (lettre du 13/06/1950). Comme on le sait, Eluard a répondu qu’il avait « trop à faire avec les innocents qui clament leur innocence pour (s’) occuper des coupables qui clament leur culpabilité ».

Kalandra qui avait pourtant noué des liens d’amitié et de compréhension envers Breton et Eluard lors de leur séjour à Prague à l’invitation des surréalistes tchèques en 1935, et dont Breton dans la même lettre rappelle « cette assistance, cette générosité fut alors pour nous d’un immense prix ».

Vous publiez une photo prise à cette occasion où l’on voit en dehors d’Eluard et de Nusch, deux surréalistes tchèques Nezval et Toyen. Nezval qui a écrit Rue Git-Le-Cœur, livre émouvant et passionnant, a préféré après son voyage à Paris en 1935 pour participer au « Congrès International des Ecrivains pour la Défense de la Culture » en accord de pensée et d’action avec André Breton, s’en détacher en 1938 pour devenir stalinien.

Eluard, devenu poète officiel du PCF se rend à Prague en 1946, rend visite à la peintre Toyen (dont il « avait été un de ses meilleurs amis parmi les surréalistes »), a cette réponse rapportée par Toyen au poète Radovan Ivsik :

  • Eluard : « Breton c’est fini, il faut choisir entre lui et moi »
  • Toyen : « C’est tout choisi »
  • Eluard : « Alors je ferai tout pour vous casser »

Voilà qui éclaire mieux le personnage dont vous louez l’œuvre.

Aragon (dont Eluard a condamné l’abandon du surréalisme en 1932 pour aller sombrer dans le stalinisme), Nezval, Tzara, Eluard, tous ont passé avec armes et bagages au stalinisme.

C’est Léon Trotsky qui a qualifié ce dernier de syphilis du mouvement ouvrier mais celui-ci a contaminé également des intellectuels novateurs en poésie.

Pour terminer cette lettre, je vous recommande vivement de lire, entre autres ouvrages :

  • Benjamin Péret : Le Déshonneur des Poètes
  • André Breton : Entretiens, La Clé des Champs
  • Jean-Louis Bédouin : Vingt ans de surréalisme 1939-1959 (où figure le « Poème » d’Eluard sur Staline)
  • Viteslav Nezval : Rue Git-le-Cœur
  • Radovan Ivsic : Cascades

J’irai certainement voir l’exposition Eluard-Picasso car ils ont été jadis des novateurs.

Bonnes lectures et salutations.

LA COLLABORATION STALINE HITLER

En septembre 2024, Taillandier a également publié cet ouvrage dans sa collection de poche Texto

Depuis l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, la propagande et à sa suite l’historiographie soviétiques présentent le pacte germano-soviétique comme le fruit de la suprême habileté de Staline : devant le refus manifesté par la France et l’Angleterre de s’entendre avec l’Union soviétique contre le péril nazi, Staline aurait choisi de gagner du temps afin de mieux préparer son pays à l’inévitable guerre entre le fascisme et le progressisme et c’est grâce à ce sursis qu’il aurait ensuite gagné la guerre.

 

Le malheur c’est que toute la documentation (ouverture de nombreuses archives jusqu’alors restées secrètes, documents du Comintern, mémoires de multiples protagonistes soviétiques…), apparue à partir de 1989-1990, prouve que Staline a mené un double jeu de 1933 à 1939. Il a exploré à la fois la possibilité d’une alliance avec les démocraties occidentales et avec l’Allemagne nazie, qu’il a régulièrement sondée. Sa proposition de collaboration séduit immédiatement Hitler, qui l’accepte en août 1939. Cela lui permet d’annexer sans coup férir la moitié de la Pologne et les pays Baltes, d’attaquer la Finlande, de récupérer la Bessarabie et même d’envisager le ralliement de l’URSS au pacte tripartite des pays fascistes et la dissolution du Comintern, que Hitler n’a cessé de dénoncer. Jusqu’à la veille du déclenchement de Barbarossa, le 22 juin 1941, l’Allemagne a été inlassablement approvisionnée en matières premières soviétiques. La confiance absolue de Staline en la parole de Hitler et la désorganisation de l’armée suffisent à expliquer la sidération et l’impuissance qui se sont emparées de Staline et de l’Union soviétique. Fruit de longues recherches dans une documentation multilingue, cet ouvrage apporte une révision décisive du plus grand mensonge historique du XXe siècle.

 

 

 

 

 

En effet, depuis 1941, dans une continuité que n’ont remis en cause ni la « déstalinisation », ni la « pérestroïka », ni l’implosion de l’URSS et l’ouverture des archives, un silence total dissimule La « Collaboration » proposée par Staline à Hitler.

Un stalinisme mou…

Jean-Jacques Marie

La propagande stalinienne a d’abord, sous sa forme la plus grossière et la plus grotesque, été orchestrée par l’appareil et les apparatchiks du Parti communiste soviétique et des divers partis communistes du monde. C’est ainsi qu’un certain Jean Kanapa, membre du Bureau politique du PCF, peut célébrer en Staline « le plus grand humaniste de tous les temps » (1) .
Ces dithyrambes faisaient écho à ceux, encore plus grotesques, dont la presse soviétique regorgeait. Ainsi la presse soviétique pouvait en 1937 imprimer des vers dithyrambiques bons pour un pharaon : l’un chantait sa domination divine sur la nature elle-même :
Les étoiles de l’aube obéissent à ta volonté.
Un autre le comparait à un dieu tout-puissant :
O toi Staline grand chef des peuples
Toi qui fis naître l’homme,

Ces bouffonneries flattaient sans doute la vanité de Staline mais n’avaient aucun impact politique réel ni à l’intérieur de l’URSS ni à l’extérieur.

Plus pernicieux pour l’extérieur étaient sans aucun doute l’écho apporté pendant des décennies à la propagande stalinienne par des chercheurs, historiens, universitaires, indépendants.

En voici un exemple parmi d’autres.
A la fin des années 50 la Librairie Armand Colin instaure une collection U, dite série « Histoire contemporaine » dirigée par l’historien René Rémond et qui vise un large public « elle s’adresse d’abord aux étudiants entrant dans l’enseignement supérieur (…) aux responsables d’organismes professionnels et politiques, aux militants ouvriers et ruraux, aux animateurs d’associations culturelles ou de mouvements de jeunesse, aux cadres de l’industrie » (p. 2). En 1964, Armand Colin y publie un ouvrage de l’universitaire Pierre Sorlin assistant à la Faculté de Lettres et Sciences humaines de Paris (Nanterre) intitulé « La société soviétique 1917-1964 » dans la collection U.

Certes la vision que Sorlin donne de la société soviétique diffère sur plusieurs points de la peinture rose diffusée par la propagande stalinienne. Il écrit ainsi en conclusion : « Trois fléaux se sont abattus sur l’Union soviétique depuis 1917. D’abord les Allemands quels que soient les crimes nazis, aucun n’atteint l’ampleur de celui qu’ils ont perpétré, non pas à l’encontre des seuls communistes – ennemis idéologiques – mais à l’encontre de tout le peuple russe (…) Les éléments naturels, sécheresse, inondation, disette ont tenu la seconde place. Enfin certaines réformes, celle en particulier de l’exploitation agraire ont complété le massacre » (p. 248-249).
Mais, à lire ces lignes, on se demande où est passé et d’où vient le stalinisme, qui ne saurait se réduire à la collectivisation forcée évoquée dans le troisième point ? Sorlin écrit sous le titre « Les conséquences indirectes de la guerre : le stalinisme » : « De 1945 à 1953, l’Union soviétique vit sous le système stalinien .
C’est la dictature intégrale, la peur, l’espionnage, le régime policier dans toute son horreur 
» (p. 200). Puis il ajoute que les nombreuses explications possibles «  laissent de côté un aspect immense du problème : pendant huit ans les Soviétiques ont tremblé sans arrêt et pourtant Staline est très populaire. A la crainte s’est toujours mêlée une admiration consciente » (p. 200). Comme Hannah Arendt, il prend donc les manifestations officielles, les applaudissements et les sourires obligatoires pour l’expression d’un sentiment réel. Puis il écrit en gras : « Les Soviétiques se sentent rassurés par la vigueur du pouvoir » ( p 205). Etre rassuré en tremblant semble pourtant difficile… Puis « le stalinisme dans son aspect brutal, dans ses conséquences tragiques, est une séquelle de la guerre » (p. 206). Dans l’évocation des années 30, Sorlin écrit d’ailleurs : « Les Soviétiques s’intéressent à l’essor de leur pays et sauf pendant quelques périodes de découragement se sont donné une véritable mystique du bond en avant. Le tableau est au total sympathique, la physionomie de la société soviétique paraît harmonieuse. » (p 137)
C’est donc l’agression nazie qui aurait provoqué la naissance du stalinisme. Il n’existerait donc pas avant 1945 !! Mais alors quel régime politique a connu l’URSS du début des années 30 à 1945, à l’époque du massacre de centaines de milliers d’ouvriers, paysans (qualifiés bien sûr de « koulaks »), de membres de minorités nationales installées en URSS (baltes, finnois, polonais… etc), des procès de Moscou, des massacres d’opposants, dont les trotskystes, dans les camps, à l’époque aussi d’une brutale législation ouvrière qui aboutit en 1940 à l’instauration de la semaine de sept journées de huit heures de travail (soit la semaine de 56 heures !). Au comité central de juillet 1940, Khrouchtchev bafouille : « La discipline du travail ne se trouve pas encore à la hauteur à laquelle elle devrait être. » Staline explose : « De quoi parlez-vous quand les gens refusent de travailler, ne se rendent pas au travail ? Ils disent « Je ne touche pas grand-chose par jour de travail, je ne veux pas aller travailler » […] Il faut les envoyer dans des camps de concentration. Le travail est une obligation dans le socialisme. Nous punissons les ouvriers qui arrivent en retard au travail et le kolkhozien ne va pas du tout travailler et il ne lui arrive rien ». (2)
Loin de cette réalité, évoquant les années 1939-1940, et la première moitié de 1941, Sorlin affirme : « la police ne fait plus sentir sa présence, les critiques sont autorisées » (p. 178). Un système policier où la police devient invisible… Etonnant ! A propos de l’agression allemande du 22 juin 1941, Sorlin écrit : « On a beaucoup reproché aux autorités soviétiques de n’avoir pas prévu le danger, de s’être laissé surprendre. Même dans un état totalitaire, le gouvernement est sensible aux fluctuations de l’opinion. La société soviétique, en 1941, ne veut pas la guerre et n’y croit pas. Quelques observateurs, placés près de la nouvelle frontière, peuvent signaler les préparatifs allemands, s’inquiéter de voir des avions à croix gammée s’égarer de plus en plus souvent au-dessus du territoire soviétique ; le public ne tient aucun compte de ces avertissements » (p. 178-179) … (dont il n’est, à la différence de Staline, pas informé !!). Sur la liquidation de l’état-major de l’armée rouge dénoncé comme lié aux Allemands lors d’un procès à huis-clos des principaux chefs de l’Armée rouge (Toukhatchevski, Iakir, Primakov, Poutna… etc) en juin 1937 et l’épuration massive du corps des officiers et des officiers supérieurs de bas en haut qui a suivi, Sorlin ose écrire : « seuls les cadres supérieur ont été touchés et on les a vite remplacés » (p. 179). Or la campagne de dénonciation systématique organisée par le NKVD a chassé de l’armée près de 40.000 officiers et officiers supérieurs, dont plusieurs milliers fusillés et 11.000 envoyés au Goulag, d’où Staline ne les sortira qu’au lendemain de l’attaque allemande du 22 juin 1941.
Quant à l’alliance Staline-Hitler selon Sorlin, « les accords germano-soviétiques d’août 1939 sont présentés comme un moyen de « supprimer le danger de guerre » et l’opinion les interprète ainsi » ( p 177). Où et comment s’exprime cette « opinion » publique à une époque où nombre de soviétiques craignent d’être dénoncés par un de leurs voisins pour une parole imprudente ? ? Dans la Pravda, les Izvestia ? Il faut ajouter que, dans la Pravda et dans les Izvestia les citoyens soviétiques, dont on ne peut savoir ce qu’ils en pensent, peuvent souvent lire des déclarations de Molotov ou des communiqués de l’agence Tass qui affirment inlassablement, 22 mois durant, que les relations amicales entre l’URSS et l’Allemagne « reposent sur les intérêts étatiques fondamentaux des deux pays », ce que Sorlin avait oublié de signaler, alors que la formule traîne dans les communiqués publiés par la Pravda et les Izvestia.

  1. La Nouvelle critique,mars 1953 , p 1.
  2. 2. Rgaspi, fonds 17,inventaire 2 ,dossier 670, feuillet 157.

Une fâcheuse complaisance envers l’autre révisionnisme : peut-on fournir un voile de respectabilité aux avocats des massacres staliniens?

Comment ne pas être d’accord avec Frank Labrasca ? Les négationnistes qui transforment les crimes du stalinisme ( l’ordre d’exécution de 700.000 individus à choisir par les instances locales du NKVD, donné en juillet 1937 ; la qualification – suivie très souvent de leur assassinat – des adversaires de Staline en agents des nazis alors que le 21 aout 1939 c’est Staline, qui en réponse à une sollicitation d’Hitler pressé de dépecer la Pologne, lui propose sa « collaboration » –  le mot est de lui – dans sa réponse et qui effectivement collabore à la liquidation de la Pologne en tant qu’ Etat et à son partage amical, l’homme qui a instauré la peine de mort pour les enfants de plus de douze ans et qui, de 1936 à 1945, a organisé la déportation d’une quinzaine de peuples entiers, etc. etc. etc.), ont besoin de se camoufler derrière la publication d’ouvrages visant à donner une allure convenable à leur maison d’édition, qui chante sur tous les tons la gloire du massacreur et diffament sans pudeur ses adversaires et ses victimes. Participer à une telle opération n’est vraiment pas glorieux.

Jean-Jacques Marie

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Le mercredi 26 janvier 2022 à 08 : 35 : 00 UTC+1, Société d’études médio- et néo-latines <semen-l@outlook.com> a écrit :

Chers membres de la Semen-L,  

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-dessous et en attachement une annonce transmise par Luigi-Alberto Sanchi.  

Bien cordialement  

Lucie Claire. Secrétaire de la Semen-L  

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Chers membres de la Semen-L,   

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint le troisième fichier – mis gracieusement à disposition pour diffusion par l’Editeur, Delga – de l’ouvrage en préparation de Luciano Canfora, Politique et littérature dans la Rome ancienne. Vous trouverez également ce fichier et les deux précédents sur le site de l’ALLE et sur ma page Academia.   

Bien cordialement,   

Luigi-Alberto Sanchi. Directeur de recherche.

Cnrs – Institut d’histoire du droit Jean Gaudemet (UMR 7184) 

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De : Frank Labrasca  
Envoyé : mercredi 26 janvier 2022 10 : 46
À : Société d’études médio- et néo-latines <semen-l@outlook.

Chers membres de la Semen-L,

Je me permets d’attirer votre attention sur le fait que les Éditions Delga (liées au groupuscule stalinophile et social-chauvin qui s’auto-proclame pompeusement et mensongèrement « Pôle de la Renaissance Communiste en France-PRCF ») sont par ailleurs spécialisées dans la diffusion d’ouvrages nauséabonds visant à réhabiliter le stalinisme et ses falsifications criminelles. Leur dernier « exploit » est d’avoir mis sur le marché une production ordurière traduite de l’italien tentant d’accréditer (en 2021 !!!!!! et après tout ce que l’on sait des horreurs du stalinisme qui, notamment collabora pendant 22 mois d’août 1939 à juin 1941 avec le régime hitlérien et participa avec lui au dépeçage de la Pologne et à la répression des militants communistes authentiques polonais et allemands réfugiés en URSS), l’infâme calomnie d’une imaginaire collusion entre l’opposition de gauche dirigée par Léon Trotsky et le nazisme (« théorie » de l’hitléro-trotskysme qui conduisit, entre autres, à l’assassinat de Trotsky au Mexique en août 1940 et à celui de nombreux militants trotskystes, notamment dans les maquis français. Cf. l’ouvrage de Pierre Broué Meurtres au maquis).

Je trouve absolument déplorable que notre société fasse de la publicité à ces falsificateurs imbéciles et odieux et j’attends des explications sur ce manquement pour moi inexplicable au caractère scientifique d’une association comme la nôtre.

Dans cette attente, j’ai le regret de suspendre mon affiliation à la Semen-L.

Frank La Brasca Professeur retraité du CESR de l’Université de Tours

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Le vendredi 25 février 2022 à 08:01:00 UTC+1, Société d’études médio- et néo-latines <semen-l@outlook.com> a écrit :

Cher collègue,  

Pardonnez-moi le retard avec lequel je réponds à votre message du 26 janvier dernier. J’ai tenu à en donner connaissance au bureau de notre Société, pour qu’il puisse y être apporté une réponse collective.  

Nous sommes navrés que l’annonce de la publication prochaine d’un volume de Luciano Canfora aux éditions Delga ait pu heurter votre sensibilité. Mais, s’agissant d’un ouvrage scientifique intéressant directement nos disciplines, écrit par un spécialiste incontesté et traduit par un membre de la SEMEN-L, il nous est apparu qu’il était impossible de ne pas livrer cette information à nos membres. Le Société ne souhaite par ailleurs pas avoir à vérifier la ligne éditoriale des maisons d’éditions dont elle signale les publications : ce serait un travail trop fastidieux, qui donnerait surtout lieu à des débats sans fin et à des décisions forcément marquées du sceau de la subjectivité. Le seul critère qui nous semble mériter d’être retenu est donc l’adéquation aux exigences d’une démarche scientifique rigoureuse et aux ancrages disciplinaires de la SEMEN-L.  

J’espère sincèrement que cette réponse, à défaut de vous satisfaire pleinement, vous permettra de comprendre dans quel but et de quelle manière nous œuvrons.  

En attendant, conformément à votre requête, j’ai pris bonne note de la suspension de votre adhésion à notre Société et demandé à notre secrétariat d’ôter votre adresse de notre liste de diffusion. Vous y serez réintégré sur simple demande de votre part.  

Croyez, cher collègue, à l’assurance de mes sentiments dévoués,  

François Ploton-Nicollet
Professeur à l’Ecole nationale des chartes
Président de la Société d’études médio- et néo-latines (SEMEN-L)  

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envoyé : 1 mars 2022 à 21:48
de : Frank Labrasca  
objet : Réponse à M. le Président de la SEMEN-L

Monsieur le Président et cher collègue,

J’ai bien reçu votre réponse et vous en remercie.

Je comprends tout à fait le retard relatif que vous voulez bien regretter car je considère qu’il est tout fait normal que vous ayez tenu à prendre l’avis des collègues du bureau de la Semen-L, avant de trancher et de me répondre.

En revanche, comme vous pouvez l’imaginer, je ne peux en accepter la teneur.

En effet, en tant que militant de base du mouvement ouvrier depuis plus d’un demi-siècle et ayant connu personnellement, en raison de mon grand âge, des témoins encore en vie à l’époque des calomnies, des violences physiques, voire des assassinats dont se sont rendus coupables les dirigeants des organisations se réclamant de la contre-révolution stalinienne (et pas seulement en URSS ou dans les pays de l’ex-Pacte de Varsovie, mais en Espagne, en Italie et même dans les maquis de la résistance contre le nazisme en France !!!!), je ne peux considérer comme anodin qu’une maison d’édition se fasse en 2022 (!!!!!!!! et après tout ce que les historiens sérieux nous apprennent des forfaitures et des crimes ignominieux du stalinisme!!!!!) le vecteur complaisant des calomnies et injures véhiculées par de pseudo-historiens spécialisés dans le blanchiment de ces ignominies, et ait en outre l’impudeur, pour donner le change, de publier quelques ouvrages savants et érudits pour s’acquérir une virginité à laquelle elle ne peut absolument pas prétendre puisqu’elle n’est que le porte-voix d’un groupuscule de nostalgiques du stalinisme qui s’intitule pompeusement Pôle de la Renaissance Communiste en France (PRCF).

C’est pourquoi je prends la liberté de vous interroger sur un point :

Dans l’hypothèse où une maison d’édition ouvertement révisionniste au sens actuel de ce terme (cf. Faurisson, Bourbon, Soral, Dieudonné, Ploncard d’Assac, Ryssen etc.), c’est-à-dire du calibre de ces tristes énergumènes qui osent affirmer qu’à Auschwitz « on n’a gazé que des poux » ou que les Juifs participent à un complot universel qui montrent bien la véracité du sinistre Protocole des sages de Sion, publiait par ailleurs une étude de quelque spécialiste sur la république romaine et que la Semen-L se risquait d’aventure à faire une quelconque publicité à un tel ouvrage et donc à cette maison d’édition, pensez-vous sérieusement que ne s’élèverait pas (et à fort juste raison) un tollé général parmi les collègues sociétaires ?

Pour moi, il n’y a pas de différence de nature entre ce type abominable de révisionnisme et celui des imbéciles et des salauds qui crachent aujourd’hui avec une aussi scandaleuse légèreté et des airs patelins de défenseurs de l’histoire et de la culture sur les millions de victimes du stalinisme, cette véritable tragédie historique dont la dramatique actualité toute récente montre encore les effets cataclysmiques à retardement.

Je suis désolé de constater que vous ne partagez pas mon avis sur ce point qui est pour moi de toute première importance et confirme donc ma désaffiliation de la Semen-L.

Veuillez accepter, M. le Président et cher collègue, l’expression de mes sentiments distingués

F. La Brasca

Un historien ou un bouffon ?

Il n’est jamais trop tard pour mal lire… En 2003 paraissait en Grande-Bretagne une biographie de Staline intitulé Staline, la cour du tsar rouge par un certain Simon Sebag Montefiore. L’année suivante ce livre reçut le prix du livre d’histoire de l’année 2004 par le British Book Awards.

L’année suivante il parut en français publié par les éditions des Syrtes qui apprennent au lecteur sur la 4ème de couverture que le livre a déjà été publié dans vingt pays et citent certaines appréciations portées sur ce chef d’œuvre. L’ancien dirigeant américain Henry Kissinger – il est vrai prix Nobel de la paix ! – proclame : « Je pensais ne plus rien apprendre sur Staline. J’avais tort ». Kissinger ne devait pas savoir grand-chose… Le Times le concurrence en écrivant : « Ce  livre fait la lumière sur les complexités du stalinisme ». Quant au Guardian il voit dans ce chef-d’œuvre « Un des rares livres récents sur le stalinisme qui sera lu dans les années à venir ».

Que l’on en juge ! Simon Sebag Montefiore voit en Staline « une personnalité exceptionnelle à tous égards (…) un politicien hyper-intelligent et talentueux (…) un intellectuel aux nerfs à vif », dont « toute l’affectivité était absorbée par le rôle dramatique qu’il jouait au service de la révolution » et dont, « parfois l’amour du peuple confinait à l’absurde ». Dans le chapitre trois intitulé « le charmeur »,il nous assure que « le pouvoir de Staline au sein du Parti ne reposait pas sur la peur mais sur le charme», un charme profondément ressenti par le chef  théorique de l’Etat, Mihaïl Kalinine, dont il envoya la femme au goulag, par son fidèle collaborateur, Lazare Kaganovitch dont il fit fusiller le frère, par son  plus fidèle encore collaborateur, Viatcheslav Molotov, dont il fit condamner la femme, Paulina Jemtchoujina plusieurs fois par le Bureau politique avant de la faire exclure du Parti communiste et exiler en Ouzbekistan en 1949 et tant d’autres dont les épouses ont subi les effets de son charme, à commencer par celle de son secrétaire personnel, Alexandre Poskrebychev.

Montefiore livre ensuite à son lecteur des détails d’une portée historique incontestable. Il prétend ainsi que l’un des plus proches adjoints de Staline, Lazare Kaganovitch, « apprenti cordonnier (…) regardait d’abord les chaussures de son interlocuteur. De plus « constamment armé d’un marteau, il frappait souvent ses subordonnés ou bien les soulevait par les revers de leur veston » ! On comprend que Staline ait promu un tel penseur au bureau politique.

Staline voulait, nous assure Sir Montefiore, « l’amélioration de l’humanité grâce au marxisme-léninisme » ? [1] Les sanglantes purges de masse des années 1936-38 ? Elles visaient à « accélérer l’abolition des barrières de classe et l’avènement du paradis sur terre » ! C’est la fin que Montefiore, entre autres attribue à la décision du Politburo (en fait de Staline lui-même) du 2 juillet 1937 organisant un massacre dans l’ensemble du pays, qui aboutira à l’exécution d’un peu plus de 700.000 victimes considérées comme ennemis du peuple (en particulier des paysans hier opposés à la collectivisation surtout à coups de mitrailleuse et envoyés en exil) sans que les agents du NKVD, chargés de réaliser des quotas d’exécution, puissent leur reprocher des actes précis. Son analyse – si l’on peut utiliser un terme semblable – mérite d’être citée en entier :

 « Le but était d’en finir avec tous les ennemis et ceux qu’il était impossible de convertir au socialisme, de façon à accélérer l’abolition des barrières de classe et l’avènement du paradis sur terre pour les masses. Cette solution finale était un massacre pleinement justifié du point de vue de la foi et des idéaux du bolchevisme, une religion fondée sur la destruction systématique des classes. Le principe consistant à fixer les exécutions comme les quotas industriels du plan quinquennal était donc naturel. » Apparemment Montefiore ne sait pas que dans le b-a-ba du marxisme, et donc du bolchevisme, la suppression des classes passe par la liquidation de l’exploitation de l’homme par l’homme qui permet d’extraire la plus-value du travail de l’ouvrier et non par les pelotons d’exécution. On comprend l’enthousiasme de Kissinger pour ce chef-d’œuvre.

Montefiore apitoie enfin son lecteur par une complainte sur l’extrême modestie de l’existence menée par les bureaucrates au moins à la fin des années 20 et au début des années 30 : «  A l’exception des snobs de Molotov, les potentats vivaient encore simplement dans leur palais du Kremlin, inspirés par leur mission révolutionnaire, avec sa dose obligatoire de modestie bolchevique » (…) En fait les épouses des membres du Politburo avaient à peine les moyens d’habiller leurs enfants et les récentes archives indiquent que Staline lui-même était parfois à court d’argent. » Le pauvre homme ! Comment ne pas céder à l’enthousiasme de son « historien » britannique célébré par des médias si complaisants.

                            Jean-Jacques Marie


[1] P 27,55,61,77,196 ,246

STALINISME. Complaisants ou trompés ?

Présentation et 1er exemple article du Monde du 18-19 janvier 1953
Un historien ou un bouffon ? Staline, la cour du tsar rouge, Simon Sebag Montefiore, 2003
Une fâcheuse complaisance envers l’autre révisionnisme : peut-on fournir un voile de respectabilité aux avocats des massacres staliniens?
Un stalinisme mou…  « La société soviétique 1917-1964 », de Pierre Sorlin, publié en 1964 dans la collection U par Armand Colin.
Quand Alexandre Soljenitsyne répond aux auteurs du film sur le goulag de Patrick Rotman, Nicolas Werth et Fr. Aymé, diffusé sur Arte.
A propos de Paul Eluard, lettre de Pascal Colard
« Injuriant Staline, le traitant de « bâtard grêlé ». Le sort de l’artiste réprimé Alexei Gan », extrait de Samizdat 2
ARAGON STALINE et TROTSKY
Aragon, du caviar Belouga à la police des lettres soviétiques…
Hannah Arendt apologète de Staline (et d’ Hitler)
Petite (mais grossière) ruse d’un bon stalinien
« Les marxismes » de Jean-Numa Ducange, note de lecture de Jean-Jacques Marie
Georges Lukacs tel qu’en lui-même…
Churchill,défenseur acharné de Staline et de l’Empire colonial britannique… Maudit Trotsky.
 

Présentation et 1er exemple

Les CMO ouvrent une série sur les méfaits du stalinisme relayés par des « intellectuels  de gauche » ou « progressistes » jusques et y compris, on le verra, dans des ouvrages et des collections destinés aux étudiants et étudiantes. Ci-après nous reproduisons un article paru dans le Monde des 18-19 janvier 1953 consacré au prétendu « complot des médecins », rédigé par André Pierre, qui était alors le spécialiste de l’URSS dans ce quotidien. Nous rappelons d’abord ci-après les grandes lignes de cette fabrication policière que sa mort empêcha Staline, par ailleurs confronté à quelques difficultés de mise en oeuvre, de mener à bien, malgré l’enthousiasme manifesté par les staliniens français pour cette nième provocation.


Le « complot des médecins »

Article du Monde 18-19 janvier 1953

Le 13 janvier 1953, coup de tonnerre dans un ciel peu serein à Moscou : en haut et à droite de la première page de la Pravda un gros titre dénonce « De misérables espions et assassins sous le masque de professeurs de médecine. » L’article a été revu et corrigé mot à mot par Staline. En page quatre, un communiqué de presse annonce l’« arrestation d’un groupe de médecins saboteurs […] qui cherchaient, en leur administrant des traitements nocifs, à abréger la vie des hauts responsables de l’Union soviétique ». Selon le communiqué, qui n’évoque jamais le nom de Staline, ils ont assassiné deux dirigeants du parti communiste Alexandre Chtcherbakov (en 1945) et Jdanov (en 1946) et préparé le meurtre de cinq chefs militaires soviétiques.
Le communiqué cite neuf médecins dont six sont juifs accusés d’agir au compte de « l’organisation nationaliste juive bourgeoise, le Joint » et des services secrets britanniques et américains . Le communiqué affirme : « L’enquête devrait se conclure prochainement. » Le procès public est donc imminent et doit viser, outre des médecins dits terroristes, des dirigeants accusés de manque de vigilance et donc de complicité avec eux. Un article du même numéro dénonce en effet à la fois l’incurie des ministères de la Sécurité d’État et de la Santé publique. Jusqu’au 5 mars la Sécurité jette au total en prison 37 médecins, dont près d’une moitié de juifs.
Staline prépare donc une nouvelle purge sanglante comme diversion à la crise menaçante. Comme les médecins de Molière, la saignée est son seul remède. Parmi les bruits fantastiques qui courent alors et que l’on prend souvent pour l’écho de faits avérés, la rumeur court que tous les juifs vont être déportés en Sibérie.
La presse des partis communistes du monde entier se déchaîne. France Nouvelle du 24 janvier salue dans « la mise hors d’état de nuire des ignobles médecins espions et assassins, un coup foudroyant aux projets perfides des impérialistes américains fauteurs de guerre. » Il dénonce « la bande de monstres à face humaine, répugnants de lâcheté et hideux d’ignominie […] leurs crimes de cannibales […] et leurs procédés diaboliques, dignes des sorcières du Moyen âge. »
Staline confie alors au premier secrétaire du PC de Moscou, Nicolaï Mikhaïlov, antisémite convaincu, un projet de lettre ouverte à faire signer et publier dans la Pravda. Du 20 au 23 janvier, deux apparatchiks juifs dociles reçoivent des intellectuels juifs au siège de la Pravda ; ils les invitent à signer cette lettre qui propose le transfert, après le procès des médecins assassins, d’une partie de la population juive soviétique vers l’Est pour la protéger de la fureur du peuple indigné.
Certains signent, la honte au ventre, d’autres refusent. Staline reçoit le texte de la lettre le 29 janvier et la fait classer aux archives, d’où elle a disparu… Il demande à Dmitri Chepilov, rédacteur en chef de la Pravda, de rédiger un autre projet.
Le 19 février la Sécurité arrête le vice-ministre des Affaires étrangères, Ivan Maïski, juif, ancien ambassadeur d’URSS à Londres à l’époque où Molotov dirigeait les Affaires étrangères. Le vieux diplomate, pour éviter les coups, avoue avoir été recruté dans les services secrets britanniques par Churchill lui-même. Mais ses aveux extorqués visent Molotov et non les médecins. Le 23 février, tous les agents juifs de la Sécurité d’État, sont invités à rendre immédiatement leurs dossiers, leurs laissez-passer, leur uniforme. Mais la campagne antisémite patine ; seuls trois dirigeants s’y impliquent publiquement ; les autres font le dos rond. Selon Kaganovitch, « la campagne déclinait. Elle déclinait d’elle-même ». Staline, las, hypertendu, privé de médecins pour le soigner, se perd sans doute dans l’enchevêtrement de ses plans trop complexes.
On a longtemps cru, et je l’ai cru moi-même sur la foi de rescapés de l’époque (comme Jacob Etinguer le fils que j’ai rencontré à Moscou en 1989 et 1990, et dont le père, le premier médecin arrêté de la future affaire, était mort en cellule en février 1951 sous les coups), que Staline préparait alors la déportation massive des juifs en Sibérie. Le bruit en courait alors à Moscou et figure encore dans des ouvrages à sensation. Mais la rumeur, surtout dans une société totalitaire, compense le secret dans lequel sont prises les décisions plus qu’elles ne les reflètent. Nul ne sait ce que Staline se préparait alors à faire, même lui sans doute, dépassé par une machination trop incertaine.
Enfin le complot des Blouses blanches est imbriqué dans d’ autres machinations que Staline tente de monter en même temps (les nationalistes mingréliens, l’épuration de la Sécurité d’État) et dont l’ampleur le dépasse.
Staline avait déjà dû laisser en friche  des projets trop ambitieux : ainsi en 1938, avait-il abandonné les deux gigantesques procès destinés à démasquer le noyautage du Comintern et de la diplomatie soviétique par un centre trotskyste mondial clandestin. Mais en 1938 l’idée était restée secrète. Son abandon aussi. En 1953, la mort lui évite un abandon public humiliant et l’échec du « complot des blouses blanches » reflète la crise insoluble de son régime. Le 1er mars, une congestion cérébrale le frappe. Il meurt le 5.
Dans la revue des « intellectuels » du PCF la Nouvelle critique de mars 1953 Jean Kanapa, membre du Bureau politique du PCF, ose écrire : « Nous perdons l’homme pour qui l’homme était le capital le plus précieux, vertu incomparable qui fondait toutes les autres, le plus grand humaniste de tous les temps. » Si l’humanisme repose sur le nombre de fusillés et abattus victimes innocentes d’un système policier totalitaire l’impudique Kanapa a raison.

L’EPHEMERE ETAT FASCISTE UKRAINIEN Jean-Jacques Marie

Cet article est paru dans le CMO 85, numéro spécial de juin 2020 (1). D’autres articles et des documents sur l’histoire contemporaine de l’Ukraine sont parus dans les CMO. Nous allons bientôt en donner la liste et les références.

En 1929, des nationalistes ukrainiens sous la direction du colonel Andriy Melnyk, ancien chef d’état-major de l’Armée populaire ukrainienne pendant la guerre civile (de janvier 1919 à la fin de 1920) fondent en exil Organisation nationale ukrainienne (OUN) dont Stepan Bandera est l’un des principaux dirigeants. En 1920 à la suite de la défaite de la contre-offensive de l’armée rouge contre la Pologne qui avait envahi l’Ukraine en avril 1920, la Pologne a mis la main sur une partie du territoire historique de l’Ukraine. Bandera, outre sa haine hystérique des « bolcheviks » et des juifs porte une haine presque aussi vigoureuse aux Polonais. Il se charge dans l’OUN de la propagande antipolonaise.

Andriy Melnik

Moins de trois mois après l’accès au pourvoir des nazis, l’OUN organise en avril 1933 une conférence à Berlin. C’est le début d’une étroite coopération entre les nationalistes ukrainiens et les nazis. Bandera et ses fidèles, dont Iarosav Stetsko est l’un des plus notables, sont partisans de l’assassinat politique. Installés en Pologne ils organisent le meurtre de personnalités politiques polonaises. Bandera fait ainsi assassiner le ministre de l’Intérieur polonais Bronislaw Pieracki en 1934. Deux fois condamné à mort par la justice polonaise pour cet assassinat et quelques autres, il voit dans les deux cas sa condamnation commuée en peine de prison. Cette étrange mansuétude est sans doute le produit d’une négociation entre les nazis, qui, rêvant de mettre un jour la main sur l’Ukraine, ont besoin de Bandera et de ses hommes, et les services polonais prêts à aider toute action dirigée contre l’URSS. Melnyk et ses partisans manifestent quelques réserves sur la pratique systématique de l’assassinat politique. Stepan Bandera s’enflamme. Le 10 février 1940 lors d’une conférence de l’OUN tenue à Cracovie, occupée par la Wehrmacht depuis sa victoire sur la Pologne, il scissionne. Dès lors existent une OUN dite M du nom de Melnyk, et une OUN dite B du nom de Bandera.

Stepan Bandera

L’armée allemande envahit l’Union soviétique le 22 juin. Ce même jour, Bandera, installé à Cracovie, proclame un Comité national ukrainien. Le 30 juin la Wehrmacht prend Lvov (Lviv en ukrainien), évacuée depuis trois jours par les troupes de l’armée rouge. Un bataillon dit Sonderformation Nachtigall (ou régiment Rossignol), formé d’environ 300 ukrainiens membres de l’OUN (B) a participé à la prise de la ville comme détachement de la Wehrmacht. Un autre régiment ukrainien constitué de banderistes est intégré à la Wehrmacht : l’Organisation Roland. Le soir même, sans demander l’accord des autorités civiles ou militaires allemandes, Stepan Bandera proclame à Lvov, un gouvernement ukrainien, censé gouverner une Ukraine indépendante. Il nomme un premier ministre, Jaroslav Stetsko, et réunit en même temps un « conseil » politique ukrainien dont sont exclus les partisans de Melnyk.

« L’application en Ukraine des méthodes allemandes d’extermination de la youpinerie est rationnelle »

Ce dernier, dans une courte autobiographie rédigée en hâte dans les jours qui suivent et adressée aux autorités allemandes pour convaincre les nazis de sa fidélité, dont certains nationalistes ukrainiens tentent en vain de nier l’authenticité, déclare en particulier : « Moscou et la juiverie sont les principaux ennemis de l’Ukraine et les porteurs des idées internationalistes destructrices du bolchevisme. Tout en considérant comme l’ennemi principal Moscou qui maintient de force l’Ukraine en esclavage, je considère néanmoins comme nuisible et hostile le destin des youpins qui aident Moscou à maintenir l’Ukraine en esclavage. C’est pourquoi je pense qu’il faut exterminer les juifs et je juge rationnelle l’application en Ukraine des méthodes allemandes d’extermination de la youpinerie, qui exclut son assimilation. » Dans la lignée de cette déclaration, le 7 juillet sur ordre des chefs de l’OUN (M) de la région 45 juifs sont massacrés à Borovtsy et 64 à Kisselev.

Stetsko fait lire deux fois à la radio, le 30 juin, une proclamation annonçant le rétablissement d’un Etat ukrainien indépendant. Il y déclare : « L’Etat ukrainien rénové collaborera étroitement avec le Reich national-socialiste, qui, sous la direction d’Adolf Hitler fonde un ordre nouveau en Europe et dans le monde et aide le peuple ukrainien à se libérer de l’occupation moscovite.

L’Armée révolutionnaire nationale ukrainienne qui se constitue sur la terre ukrainienne, combattra aux côtés de l’armée allemande alliée contre l’occupation moscovite pour un Etat Ukrainien Synodique Souverain et pour un ordre nouveau dans le monde entier ».

Dans la foulée l’OUN (B) ainsi d’ailleurs que l’OUN (M) créent des détachements de combat qui attaquent les troupes soviétiques en déroute et prennent le contrôle de plusieurs districts avant même que la Wehrmacht ne les occupe. Leurs détachements s’emparent ainsi de Ternopol (ou Ternipil) la ville natale de Stetsko. Dans le village de Krasnoie ils abattent une quarantaine de soldats soviétiques.

Le pogrom de Lvov

Dès sa proclamation comme premier ministre Stetsko crée une milice ukrainienne chargée du maintien de l’ordre. Sa première action est dirigée contre les juifs : le NKVD ayant abattu plusieurs centaines de prisonniers politiques ou des droit commun avant d’évacuer la ville, la milice, avec l’aide de soldats allemands, rassemble des juifs pour nettoyer les cellules où les victimes ont été abattues, et transporter les cadavres au cimetière. Après quoi elle les fusille ou les fait lyncher par la foule en état d’hystérie.

Iaroslav Stetsko

Cette première action déclenche un pogrom, dont Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri donnent un récit bref mais précis dans leur Barbarossa : « Dans les rues l’on humilie, dénude, roue de coups et parfois viole les femmes. Les hommes sont contraints de nettoyer les rues, de manifester de façon grotesque leur amour des Soviets (qu’ils aiment nécessairement dans le mythe nazi du judéo-bolchevisme nda) de ramper ou marcher à quatre pattes. Beaucoup sont abattus souvent de façon bestiale ». Les deux auteurs précisent : « Dans cette affaire l’on observe une sorte de division du travail : les Allemands sont les instigateurs du pogrom ; les nationalistes ukrainiens les organisateurs, la foule les exécuteurs ». Le pogrom de Lvov est comme le disent les deux auteurs de Barbarossa « le premier acte souverain de l’Etat ukrainien »(2).

Mais c’est aussi le dernier. Hitler ne veut pas d’un Etat ukrainien même fantoche et ultra-collaborateur. Il prévoit de faire mourir de faim 30 millions de soviétiques dont bon nombre d’ukrainiens et de réduire les autres en esclavage pour nourrir l’armée et la nation allemandes. Il déclare d’ailleurs « Les Ukrainiens sont aussi fainéants (…) que les Russes » et appartiennent comme eux « à la famille des lapins »(3) … On ne saurait imaginer un Etat et un gouvernement de lapins.

Le secrétaire d’Etat allemand Kundt convoque à Cracovie Bandera et Stetsko. D’emblée il leur déclare qu’il est inadmissible de prendre une quelconque initiative dans une zone d’occupation militaire sans demander l’autorisation aux autorités allemandes à moins ajoute-t-il, que la radio où a été lue la proclamation ne soit « une radio russe, menant une entreprise de désinformation »(4). Lors de la discussion avec ce Kundt, Bandera déclare, au nom de l’OUN et donc de Stetsko : « L’OUN est entrée dans la guerre partiellement dans les rangs de la Wehrmacht allemande et partiellement comme organisatrice d’un soulèvement sur les arrières des armées bolcheviques, remplissant ainsi une tâche de la Wehrmacht »(5). Kundt confirme … mais cette aide ne donne aucun droit à Bandera et à ses amis de l’OUN de prendre la moindre décision qui ne soit pas soumise à l’accord préalable des autorités allemandes.

Les collaborateurs en prison.

Le 3 juillet, Stetsko tente sans succès de transmettre une lettre à Hitler pour lui demander de soutenir son gouvernement. Le 5 juillet la police allemande arrête Bandera, alors installé à Cracovie, l’emmène à Berlin où il est soumis à une batterie d’interrogatoires. La police allemande arrête aussi Stetsko et ses principaux collaborateurs deux jours après. Bandera et Stetsko sont jetés en prison à Berlin avant d’être transférés au camp de concentration de Sachenshausen, dans le quartier des VIP (politiques) en janvier 1942, ainsi, bientôt, que leur concurrent, Melnyk.

Les autorités allemandes dissolvent immédiatement la milice créée à Lvov par Stetsko mais ne peuvent évidemment se passer de collaborateurs aussi dévoués et aussi farouchement antisémites. Ils mettent sur pied dès le 15 août 1941 une police ukrainienne auxiliaire de la police allemande, et dirigée par deux ukrainiens banderistes : Vladimir Pitouleï et Lev Ogonovski qui, avec la bénédiction des autorités allemandes, organisent une méticuleuse chasse aux juifs : le 25 mars 1942, ils raflent et abattent 2.254 juifs. Le mois suivant, ils fusillent 6000 juifs sur ordre du commandant (allemand, bien entendu) de la ville.

Un modeste début

Ce n’est là qu’un modeste début. Les Ukrainiens de la police auxiliaire mise en place dans toutes les villes d’Ukraine participent à la campagne d’extermination des juifs déclenchée par les nazis. Ils se sont particulièrement distingués lors du massacre de Babi Yar à la fin de septembre 1941 où 32.700 juifs furent massacrés en trois jours. Selon l’historien russe Serguei Tchouiev, peu après la proclamation de l’indépendance de l’Ukraine, le nationaliste ukrainien V. Chouratiouk aurait déclaré : « Je suis fier de ce que parmi les 1.500 exécuteurs de Baby Iar il y ait eu 1.200 policiers de l’OUN et seulement 300 allemands »(6).

La violence et le pillage déchaînés par les nazis en Ukraine tournent bientôt la population, surtout la paysannerie, contre eux. Les paysans ukrainiens attendaient des nazis qu’ils liquident les kolkhozes, ce que propose à la fin de septembre 1941 Alfred Rosenberg ministre du Reich pour les territoires occupés. Hitler juge manifestement plus pratique de rafler les récoltes dans quelques grandes exploitations que dans une myriade de petites et ordonne le maintien des kolkhozes.

A la fin de 1942 l’OUN (B) crée une armée insurrectionnelle, l’UPA, qui rassemble bientôt plus de 60.000 hommes, combat d’abord les partisans soviétiques mais s’engage bientôt dans une lutte sur deux fronts, contre eux puis contre l’armée rouge et contre l’armée d’occupation allemande. Le 27 septembre 1944 les nazis libèrent Stetsko et Bandera, puis, le 17 octobre Melnyk que les Allemands invitent à former un comité national ukrainien. Melnyk en rédige le projet mais refuse de le présider. Le dit comité est proclamé le 12 mars 1945. A cette date Stetsko, Bandera et Melnyk ont prudemment fui l’Allemagne nazie en pleine déroute.

Stetsko reprend du service … au service de la « démocratie »

A peine la « guerre froide » a-t-elle commencé que Stetsko reprend du service. Avec l’aide politique et matérielle de la CIA, il crée une organisation antisoviétique. « Le bloc des nations antibolcheviques », installée bien entendu à Munich où sont concentrées la majorité des organisations antisoviétiques financées par la CIA ou le Sénat américain. Il en conserve la présidence jusqu’à sa mort en 1986. Entre temps, en 1959, un agent soviétique a empoisonné Stepan Bandera, lié au lendemain de la guerre aux services de renseignements britanniques.

Au lendemain de la prétendue « révolution » de Maïdan, largement financée par les services américains (7) en 2014 une statue de Iaroslav Stetsko a été érigée à Ternipil (ou Ternopol), la ville où il naquit. Des statues de lui ont été élevées dans deux autres villes d’Ukraine.


(1) CMO 85 : « Des procès de Moscou (1936-1938) à la demande d’adhésion de l’URSS à l’OTAN (1954) ou la Contre-révolution stalinienne en marche… ». Ce numéro comporte de nombreux documents inédits. Il est toujours possible de le commander en écrivant à : diffusion@cahiersdumouvementouvrier.org

(2) Jean Lopez et Lasha Okhtzemuri, Barbarossa, p 431

(3) Les collabos, Pluriel / L’Histoire 2011, p 52

(4) Serguei Tchouiev, Ukrainski legion, Moscou, p 212

(5) Ibid p 209

(6) Sergueï Tchouiev, op.cit,, p 215

(7) Rappelons que lors d’une conférence tenue à Washington le 13 décembre 2013 à laquelle participait la diplomate américaine Victoria Nuland, un représentant des autorités américaines signala que les Etats-Unis avaient investi 5 milliards de dollars dans le soutien à l’opposition dite « démocratique » en Ukraine, dirigée par l’oligarque richissime et corrompu Porochenko. Quelques semaines plus tard, lors du Maïdan, Victoria Nuland présente à Kiev déclare paisiblement qu’il n’était pas question pour les Etats-Unis d’avoir dépensé ces 5 milliards de dollars pour rien. La « démocratie », on le voit, n’a pas de prix … mais elle a un coût.

Staline et le stalinisme

A propos de NOVOTCHERKASSK, A propos de Novotcherkassk
La lutte contre le trotskysme dans le PC de Yougoslavie, Document rédigé en collaboration avec Pavlusko Imsirovic
Le vrai destin de Kurt Landau. Les révélations d’un agent stalinien., Paolo Casciola
· La bureaucratisation à pas de géant : en 1927, un membre sur deux du parti communiste soviétique est un permanent !, Jean-Jacques Marie
· L’URSS et la « propriété sociale », Jean-Jacques Marie
· Pourquoi ils n’ont pas défendu la propriété d’Etat, Jean-Jacques Marie
· Albert Einstein et les procès de Moscou
· Un document injustement méconnu surtout par les guépéoutistes d’opérette d’aujourd’hui qui déploient tant d’infructueux efforts pour accréditer les calomnies criminelles de leur mentor Joseph Staline sur le prétendu « hitléro-trotskysme », Frank Labrasca, Jean-Jacques Marie
· L’âge d’or stalinien : … 1949 une année de déportations massives, revue Europe, mars 1949
· Quand le parti socialiste (SFIO) apportait son soutien aux procès de Moscou, article du Populaire de mars 1938
· La collaboration Staline-Hitler Jean-Jacques Marie
· Quand Joseph Staline démolit Grover Furr. Jean-Jacques Marie
Leon Narwicz et Julian Grimau, de Agustín Guillamón
. Des gamins contre Staline de Jean-Jacques MARIE . Article de Guillaume Malaurie dans HISTORIA, (mensuel 906) en juin 2022,  » les jeux interdits des enfants soviétiques« .
Les voix des bourreaux. Des officiers du NKVD discutent des préparatifs des massacres…  par Dmitri Volchek
Un mythe stalinien parmi tant d’autres : les prétendus volontaires soviétiques !  par Jean-Jacques Marie
Staline et un spécialiste de Hegel. : à propos du « Staline » de Losurdo : le débat entre Jean-Jacques Marie et Domenico Losurdo
Georges Lukacs tel qu’en lui-même par Jean-Jacques Marie
De nombreux articles sur ce thème sont parus dans les 83 premiers numéros des Cahiers (numérisés sur le site à la page LES CAHIERS). En voici la liste :
https://cahiersdumouvementouvrier.org/themes/urss/
https://cahiersdumouvementouvrier.org/themes/stalinisme-hors-urss/