Chronique des falsifications

Chronique des falsifications

1ère des faussaires…

E

n 2002, l’historien Pierre Miquel publiait Les Mensonges de l’histoire. « En histoire, écrivait-t-il dans la première ligne de son avant-propos, le mensonge est l ’activité la mieux partagée. » Au cas où le lecteur n’aurait pas bien compris, il donnait ensuite comme titre à son premier chapitre une phrase limpide : « L’histoire ment comme elle respire » et précisait à l’intention des esprits lents : « Elle ment sans vergogne. »

Si la propagande éhontée à laquelle donnent lieu les Croisades ou l’épopée de Jeanne d’Arc n’ont guère de portée dans le monde actuel, il n’en est pas de même des mensonges dont l’histoire contemporaine regorge car ils ont un effet politique dans le monde d’aujourd’hui. Depuis leur premier numéro, les Cahiers du mouvement ouvrier se sont attachés dans leur chronique des falsiiications à débusquer certaines des plus grosses, certaines seulement car il faudrait des volumes entiers pour les traquer toutes.

Quelles sont les plus énormes ? Le lecteur n’a que l’embarras du choix : les quatre-vingts députés français héroïques, qui en juin 1940, auraient fermement dit non à Pétain… et s’en sont bien gardé (sauf une minuscule poignée) puis ont fabriqué une légende complaisante ; les affabulations ou fantaisies de Jacques Attali qui, par exemple, découvre des insurrections communistes conjointes à Moscou et à Berlin en juin 1917 (ainsi, le Parti communiste allemand aurait organisé une insurrection dix-huit mois avant sa fondation lin décembre 1918) ou celles d’Arkadi Vaksberg qui attribue à Lénine la gestion d’un laboratoire de poisons placé sous le contrôle de son redoutable secrétariat… composé exclusivement de dactylos et de sa propre épouse, ou celles d’un universitaire américain fou furieux qui, pour défendre Staline contre Khrouchtchev et son rapport « secret », approuve la déportation des peuples du Caucase en 1943-1944 qu’il présente comme une mesure humaniste, les affabulations innombrables de Stéphane Courtois, les délires sur les bolcheviks et l’argent allemand… ou américain (sic !), ou le culot des autorités lituanienne qui ont osé ouvrir à Vilnius un mémorial du génocide imaginaire du peuple lituanien prétendument commis par l’URSS… mais ne soufflent mot du génocide réel des juifs lituaniens réalisé avec la participation très active des nationalistes lituaniens, sans parler des pesantes digressions de la très poutinienne « historienne » russe Natalia Narochnitskaïa qui prétend que la politique impérialiste et belliciste de George Bush aurait été inspirée par les trotskystes américains infiltrés dans la direction du Parti républicain à qui ils auraient dicté, selon cette dame, cette version… de la révolution permanente.

Ce ne sont là que quelques petites pépites des falsifications signalées dans les soixante et onze numéros des Cahiers du mouvement ouvrier et dont la liste suit.

Rémy Janneau