Du bon usage des archives

Du bon usage des archives
(Jean-Jacques Marie)

Comment les archives révèlent ce qu’on leur demande
« Archives secrètes de Moscou », « Révélations », « La vérité dévoilée par les archives », on n’en finirait pas d’énumérer le flot des annonces tapageuses qui révisent l’Histoire et servent, en passant, à débusquer un certain nombre « d’agents », notion flexible à souhait où l’on mêle agents de renseignements, agents d’influence, agents politiques, agents provocateurs, etc.
Après les Aveux des archives de Prague, de Bartosek, et avant le pavé du Livre noir du communisme (qui utilise d’ailleurs fort peu d’archives, vu l’incompétence linguistique de la majorité de ses auteurs, et d’abord de son maître d’œuvre), Historia, de novembre-décembre 1997, annonce « Les révélations des archives soviétiques ».
L’édition française du Lénine de Volkogonov (amputée de moitié par rapport à l’original) est sous-titrée « Le vrai Lénine d’après les archives secrètes soviétiques ».
« Les archives tchécoslovaques éclairent impitoyablement les événements de Prague », annonce Historia. Les interrogations sur le respect de certaines exigences minimales et sur les manipulations multiples auxquelles les archives sont soumises ou qu’elles permettent sont écartées par la sanctification de l’archive ou par des questions du genre : « Qui a peur des archives de Moscou ? » (couverture du Point).

Des archives à manier avec des pincettes
Soulignons d’abord que les archives des organismes dirigeants de multiples partis (et pas seulement staliniens), surtout celles des commissions de contrôle, de conflits ou de conciliation, sont riches en documents parsemés d’insinuations malveillantes, de détails douteux, d’affirmations gratuites, voire de calomnies. Il est plus commode d’exclure un gêneur pour affaire de mœurs, malversations financières — réelles, provoquées, grossies ou, le plus souvent, inventées — ou lien avec la police, que pour désaccord politique.
Salir l’exclu, c’est le meilleur moyen de le disqualifier et de l’isoler. Lorsque le PCF exclut André Marty, Jacques Duclos le traita de « policier ». Lorsqu’en mai 1950, le secrétariat du comité central du PCUS limogea de l’Université de Moscou Prezent, l’adjoint du biologiste charlatan Trofime Lyssenko, qui faisait pousser du blé ramifié dans les colonnes de la Pravda, mais pas dans les champs, il retint contre lui huit griefs, dont l’accusation de débaucher ses étudiantes… et l’appartenance à un (mythique) groupe terroriste trotskyste à Odessa, en 1938 (1).
La seule vraie raison de son limogeage — le fait d’être juif, alors que Staline prépare sa campagne antisémite — est précisément la seule qui ne soit pas mentionnée.
Enfin, le recours à la calomnie (en particulier l’accusation de vol dans la caisse) est un procédé « politique » largement répandu. Que dire des rapports d’indicateurs, de provocateurs et de mouchards où l’incompréhension voisine avec le souci de plaire à ses supérieurs et de se pousser du col ? Que peut-on enfin tirer d’aveux extorqués et dictés ? Tout comme les juges ecclésiastiques obtenaient jadis des « sorcières » condamnées au bûcher de minutieuses descriptions de leurs rapports sexuels avec le démon, les inquisiteurs staliniens ont arraché aux accusés les aveux les plus extravagants, et leur pression perdurait au-delà de l’interrogatoire et du procès lui-même, car elle s’exerçait dans une situation et un climat politiques dont l’oubli conduit à travestir la vérité. A-t-on le droit d’utiliser la plus petite parcelle de ces « aveux » et des documents rédigés sous cette pression ? Le cadre des réhabilitations effectuées après la mort de Staline était impérativement tracé : le réhabilité pouvait mettre en cause les individus X ou Y, telle méthode ou telle « bavure », mais pas le système dans le cadre duquel les aveux avaient été arrachés. C’est la situation dans laquelle se sont trouvés des dizaines de milliers de condamnés, comme London en 19541955. Utiliser ce qu’ils ont alors dit ou écrit dans ces limites très contraignantes est abusif. Leur reprocher d’avoir joué le jeu, c’est exhiber un héroïsme rétrospectif à bon marché. Certes, il faut « refuser de vivre dans le mensonge », dira Soljenitsyne. Pas si facile, même pour lui, nous le verrons.

Des révélations de pacotille
Dans Historia, Françoise Thom, qui a conquis des galons de soviétologue en présentant la glasnost et la perestroïka comme une opération du KGB (2), consacre un article à Nicolas Iejov, le chef du NKVD de la fin septembre 1936 à décembre 1938. Sa seule « révélation » palpitante (Nicolas Iejov était… « bisexuel » !) provient des aveux extorqués à Iejov par Beria, dont les services aimaient exiger de leurs victimes (surtout des anciens dignitaires) l’aveu de leur « pédérastie ».
En octobre 1951, Staline fit arrêter plusieurs dirigeants juifs de la Sécurité d’État, dont l’un d’eux, Lev Schwarzman, fut invité à avouer, outre sa participation au complot juif pour s’emparer de la Sécurité, ses relations pédérastiques avec son propre fils, l’ambassadeur d’Angleterre et l’ancien dirigeant de la Sécurité d’État, Victor Abakoumov, donc lui aussi pédéraste ! Utiliser ces « aveux » arrachés par les bourreaux à leurs patients, anciens bourreaux eux-mêmes et qui connaissaient la musique pour en avoir joué, n’est-ce pas donner implicitement raison au procureur des procès de Moscou, Vychinski, pour qui « l’aveu est la reine des preuves « et cautionner les autres délires policiers staliniens ? Françoise Thom publie aussi un article sur « Beria, alter ego de Staline ? », illustré par une photo dont la légende affirme : « Il voulait prendre la place de Staline. »
Révélation aussi stupide qu’imaginaire, qui ne s’appuie sur aucun document. L’évocation des archives peut donc servir à tout, même, voire surtout, quand elles n’existent pas.

Les archives utilisées comme feuilles de vigne
Le phénomène n’est pas nouveau. Le livre du Tchèque Karel Kaplan, publié en 1978 sous le titre Dans les archives du comité central, et sous-titré « 30 ans de secrets du Bloc soviétique », en donnait déjà une excellente illustration. Secrétaire de la commission des réhabilitations, Kaplan avait eu accès à de nombreuses archives, dont il avait extrait des renseignements précis et précieux, mais subordonnés à la thèse politique centrale de son ouvrage : « Staline prévoyait à brève échéance l’occupation de toute l’Europe » (p. 101). « Pour mener à bien l’opération militaire contre l’Europe, le bloc soviétique devait former une entité aussi monolithique que possible (…). Les procès des années 1951-1952 incarnent en quelque sorte l’inféodation absolue de la Tchécoslovaquie à Moscou en vue de l’occupation militaire de toute l’Europe »(p. 168). Sous le sous-titre « Staline se préparait à envahir l’Europe de l’Ouest », Kaplan évoque une conférence de janvier 1951 au Kremlin, avec Staline, Molotov (pourtant en disgrâce depuis 1949 !), « qui dirigeait la séance (…), entourés d’une brochette de maréchaux et de généraux de l’Armée rouge ». Staline « développa l’idée de l’occupation militaire de toute l’Europe » et expliqua : « Aucune armée européenne n’est capable de s’opposer sérieusement à l’armée soviétique et il est même à prévoir qu’il n’y aura pas de résistance du tout. La force militaire actuelle des USA n’est pas très grande. Le camp soviétique possède donc temporairement une nette supériorité dans ce domaine. Elle n’est cependant que provisoire, pendant quelque trois à quatre ans (…). Seule une mobilisation totale de nos ressources nous permettra de saisir cette unique occasion d’étendre le socialisme sur l’Europe tout entière. » Le lendemain, l’état-major soviétique fixa avec chaque délégation « le nombre, la nature et l’affectation de leurs unités respectives à engager sur le théâtre des opérations militaires » (pp. 165-166).
Kaplan dit tenir ce récit oral du ministre de la Défense tchèque de l’époque, Cepicka, qui, à sa demande, aurait rédigé pour le Premier secrétaire un texte écrit que Kaplan ne cite pas. Les résumés ou citations d’archives qui entourent cette révélation douteuse visent à la valider, comme les étais placés aux murs vacillants d’une vieille maison.
Cette pratique est florissante. Volkogonov mêle ainsi, pour démontrer la malfaisance de Lénine et du bolchevisme, un trafic de documents, que l’historien britannique Ronald Hingsley qualifie de « maraudage dans les archives », et l’utilisation frauduleuse de l’absence de documents ! Ainsi, abordant le « grand secret » de Lénine et l’argent allemand en 1917, Volkogonov fait du manque de documents d’archives un argument décisif. Son développement, réduit à quatre lignes dans l’édition française, est plus disert dans le texte russe : « De nombreuses actions du cercle secret des bolcheviks ont été réalisées sur une base verbale, orale. Après la révolution d’Octobre, de nombreux, de très nombreux documents ont été détruits, d’autant plus que Lénine savait garder les secrets. Lénine avait comme passion solide, permanente, l’amour des secrets, des liens conspiratifs clandestins, des opérations secrètes. Le guide de la révolution russe était un grand-prêtre inégalable des secrets : historiques, politiques, moraux, de parti, révolutionnaires, diplomatiques, militaires, financiers, etc. » (tome I, pp. 200-201).
Bref, l’inexistence de documents révèle… que Lénine avait quelque chose à cacher. Comme, à Stockholm, l’ancien révolutionnaire Parvus, devenu agent, affairiste, viveur et flambeur, a demandé aux Allemands pour préparer la révolution en Russie de l’argent qu’il a dépensé à sa convenance et que Soljenitsyne, « le grand romancier », a, dans son Lénine à Zurich, imaginé une rencontre entre Parvus et Lénine, Volkogonov en conclut que les Allemands finançaient bien les bolcheviks.
Soljenitsyne a donné un brillant exemple de la méthode dès 1974 dans L’Archipel du Goulag, où il évoque une conversation de trois heures entre le « Juif de Turquie » Frenkel et Staline « autour de 1929 ». Certes, « le sténogramme de cette conversation ne sera jamais rendu public, il n’a purement et simplement jamais existé, mais, ajoute Soljenitsyne, il est clair (!) que Frenkel déploie devant le Père des Peuples les perspectives éblouissantes de la construction du socialisme grâce au labeur des détenus ». Soljenitsyne détaille les propositions que Frenkel « esquisse à touches hardies sur une carte de l’Union au rythme des bouffées que son interlocuteur tire de sa pipe. C’est Frenkel, et non un autre, et de toute évidence (!) précisément en cette occasion, qui propose le système universel d’enregistrement au camp par groupes A-B-C-D (…). C’est Frenkel, et personne d’autre, et précisément au cours de cet entretien, qui propose de renoncer au système réactionnaire qui consiste à nourrir les détenus sur une base égale (…). C’est encore lui qui propose les crédits (…). C’est vraisemblablement en cette occasion qu’est choisi le premier camp d’expérimentation, le grandiose Bielomorstror (tome II, p. 62).
Soljenitsyne reconstitue donc le contenu d’une conversation sans date, sans témoin ni procès-verbal. Du grand art ! Un détail néammoins : Frenkel n’apparaît jamais dans le registre nominal des visiteurs reçus dans le bureau de Staline, du 9 décembre 1927 à sa mort en mars 1953 (3). Pour être belle, la rencontre entre le Juif de Turquie et l’homme à la pipe n’en est pas moins imaginaire. L’authenticité de nombre des témoignages cités par Soljenitsyne sur le Goulag ne saurait transformer en fait cette affabulation (et bien d’autres, qu’il a concoctées à la grande admiration des Nouveaux « Philosophes » d’hier et des « Historiens » du communisme d’aujourd’hui).

Des « révélations » fantômes, de vieux ragots
Les « révélations » consistent souvent non à verser du vin nouveau dans de vieilles outres, mais du vieux vin dans des outres rapiécées.
Ainsi, dans Historia, Yves Santamaria, l’un des onze auteurs du Livre noir du communisme, reproduit les litanies sur l’or allemand déversé sur les bolcheviks, réfutées jadis par Boris Souvarine (4) et que les archives présidentielles russes ne confirment pas : « Le gouvernement du Kaiser n’a pas lésiné sur l’appui qu’il a consenti à ces marxistes russes (…). Jusqu’à leur défaite, les Allemands soutiendront — militairement et financièrement — le nouveau régime » (p. 48).
Nicolas Werth répète la vieille antienne sur les camps de concentration prétendument fondés par Trotsky le 8 août 1918, alors que tout le monde à l’époque nommait ainsi les « camps d’internement » où , en période de guerre, on entassait ses adversaires faits prisonniers. Ces camps n’ont, et Werth le sait, d’autre rapport que le nom avec les camps de travail forcé et d’extermination fondés par Hitler et avec le Goulag de Staline, instrument de répression politique et de travail forcé de masse, même si, en période de famine généralisée, les conditions de survie pouvaient y être effroyables.

Les archives : une arme politique
Les documents d’archives, même non dénaturés, peuvent être utilisés comme simple arme politique. En juin 1957, sept des onze membres du présidium du comité central (l’ex-bureau politique) du PCUS, dont Malenkov, Molotov et Kaganovitch, tentent d’évincer Khrouchtchev. Ce dernier réunit le comité central, qui condamne le « groupe antiparti ». Leur principal accusateur, le maréchal Joukov, bombarda les sept d’extraits d’archives parfaitement authentiques :
« J’ai en main une documentation authentique dont je réponds de chaque mot ; sur ces documents figurent les signatures originales de ces camarades. Des documents qui se trouvent dans les archives du Collège militaire de la Cour suprême, dans les archives du comité central, il découle que, du 27 févier 1937 au 12 novembre 1938, le NKVD a reçu l’accord de Staline, Molotov et Kaganovitch pour que le collège militaire de la Cour suprême condamne à la peine suprême —la fusillade — 38 679 personnes. »
Dans la seule journée du 12 novembre 1938, dit-il, Staline et Molotov ont sanctionné l’exécution de 3 167 personnes ; le 21 novembre, les mêmes et Kaganovitch celle de 292 personnes, dont 45 anciens membres du comité central. Il cite des notes de Kaganovitch envoyant à la mort ses collaborateurs du commissariat du peuple aux Transports. Il ajoute : « Sur Malenkov (…), j’ai des documents (…), des lettres de lui proposant d’arrêter des gens », plus 58 volumes de retranscription d’écoutes téléphoniques de dignitaires du régime conservés dans le coffre-fort de Malenkov, et commente : « Si le peuple savait que du sang d’innocents coule aux bouts de leurs doigts, il ne les accueillerait pas par des applaudissements, mais par des pierres. » Passion de la vérité ? Certes… Mais Joukov, chassé du comité central et de Moscou en 1946, avait aussi une revanche à prendre sur l’entourage de Staline. Savourant sa vengeance, il conclut imprudemment : « D’autres camarades, d’anciens membres du bureau politique, sont eux aussi coupables. Je suppose que vous savez, camarades, de qui il est question, mais vous savez que ces camarades, par leur travail honnête, leur franchise, ont mérité que le comité central de notre parti, tout notre parti leur fassent confiance » (5). Cinq mois plus, tard Khrouchtchev limogeait pour « bonapartisme » imaginaire cet impudent et imprudent maréchal, qui utilisait les archives de façon si meurtrière…
La méthode est banale. En décembre 1990, Les Nouvelles du comité central du PCUS publient sept pages de documents titrés « Soljenitsyne demande conseil au comité central ».
Au lendemain d’une réunion où Khrouchtchev a malmené plusieurs écrivains soviétiques, son assistant Lebedev lui résume par lettre un coup de téléphone de Soljenitsyne, qui déclare : « Je suis profondément ému par le discours de Nikita Serguievitch Khrouchtchev et je lui exprime ma profonde gratitude pour l’attitude exceptionnellement bonne qu’il a vis-à-vis de nous, les écrivains, et vis-à-vis de moi personnellement, et pour la haute appréciation qu’il donne de mon modeste travail. »
Il s’affirme prêt à retirer du répertoire sa pièce de théâtre sur le Goulag, qui suscite discussion. Lebedev conclut : « Soljenitsyne m’a demandé (…) de vous transmettre son salut le plus cordial et ses meilleurs souhaits. Il veut une fois encore vous assurer qu’il a bien compris votre souci paternel concernant le développement de notre littérature et de notre art soviétiques et il s’efforcera d’être digne de la haute dénomination d’écrivain soviétique »(ce « souci paternel » exigerait sans doute le point d’ironie réclamé par Alphonse Allais !).
Puis une lettre de cinq grands intellectuels soviétiques demande en 1965 à la direction du PCUS d’attribuer un appartement moscovite à Soljenitsyne, gêné par le bruit à Riazan. Bref, Soljenitsyne apparaît comme un courtisan. Le pouvoir eltsinien a repris le procédé : en 1995, lorsque la télévision gouvernementale a supprimé l’émission hebdomadaire de Soljenitsyne, la revue d’archives présidentielles, Istotchnik (n° 3, 1995), a publié un billet chaleureux de Soljenitsyne à Cholokhov, daté de 1962, affirmant : « J’apprécie hautement l’auteur du Don paisible. » Or Soljenitsyne affichera ensuite un mépris de fer pour Cholokhov, auquel il déniera la paternité du Don paisible, volé, selon lui, par Cholokhov à son véritable auteur ! Ce parangon de morale apparaît ici en demi-teinte…

Révélations imaginaires et révisionnisme
On objectera qu’il s’agit là de manœuvres politiciennes et que l’utilisation des archives par les historiens relève d’une démarche scientifique et non politique. Vite dit. Les archives (ou leur évocation) servent en fait souvent de feuille de vigne à des thèses préétablies. Ainsi, près de 10 des 120 pages d’Historia sont consacrées à Katyn, en Biélorussie, où le NKVD, au printemps 1940, abattit 4 143 officiers polonais, puis près de 6 000 autres à Kozielsk, Ostarkhov et Starobielsk. Annette Wieviorka y écrit que la « question de Katyn est peut-être la plus honteuse de la guerre » (p. 106). Plus honteuse que Baby Iar, où les nazis et la police ukrainienne massacrèrent près de 100 000 Juifs ? Plus honteuse que la liquidation des Juifs lituaniens par la police lituanienne et les nazis ? C’est que Katyn sert à mettre en cause, au-delà du NKVD, de Staline et de Beria, l’URSS elle-même en tant que système social.
Ces pages ont donc une fin idéologique, tout comme le dénigrement insidieux auquel a été soumis l’an passé le Livre noir sur les crimes nazis en URSS, où les Juifs soviétiques, loin de voir dans la guerre un affrontement entre deux totalitarismes, révèlent un réel patriotisme soviétique. La photographie ornant l’article d’Annette Wieviorka porte la légende : « Les accusés à Nuremberg ne manquent pas de manifester leur surprise devant l’habileté des Soviétiques à réécrire l’histoire de la guerre. » Les accusés, c’est-à-dire les chefs nazis, représenteraient-ils donc, sur ce point, la vérité face au mensonge ?
Les archives, couverture d’un choix sélectif et orienté
On a là l’exemple typique d’un choix orienté. Personne ne s’est, en soixante-quinze ans, penché sur une énigme tragique voisine : le 25 avril 1920, Pilsudski, le chef de la Pologne, envahit l’Ukraine, prend Kiev, que, face à la réaction de l’Armée rouge et de la population, il doit évacuer le 12 juin, en faisant sauter l’église Saint Vladimir, la gare, le château d’eau, l’usine électrique.
Dans sa contre-offensive, l’Armée rouge franchit la frontière polonaise, échoue devant Varsovie à la mi-août et reflue de près de 400 kilomètres. Pendant sa retraite, 40 000 soldats rouges sont capturés et entassés dans des camps de concentration, dont celui de Sztalkowo.
Presque aucun d’entre eux ne réapparut jamais. Auraient-ils choisi la liberté ?
Non pas. Officiellement, plus de 6 000 soldats rouges — selon certains, plus de 8 000 — sont enterrés à Sztalkowo. D’après les autorités polonaises, la quasi-totalité de ces 40 000 disparus seraient morts du choléra. Des milliers de détenus avaient pourtant été mis gratuitement à la disposition des fermiers et entrepreneurs polonais de la région.
Or une note de la deuxième section de l’état-major polonais en date du 4 mai 1921 (n° 2015/C) ordonne à la direction du camp de Sztalkowo de « rapatrier immédiatement dans le camp les prisonniers de guerre russes bolcheviks, occupés à des travaux agricoles en dehors du camp, dans des entreprises privées, dans des établissements d’Etat (…). Les brigades de travail de prisonniers pour lesquelles sont donnés des ordres spéciaux de liquidation ne sont pas concernées par cet ordre de retour »(6).
L’état-major s’inquiétait de la propagande bolchevique développée par ces prisonniers, pourtant soumis au préalable à une inquisition : « Es-tu pour Trotsky et Lénine ? » La réponse « pour Trotsky » valait 50 coups de fouet, « pour Lénine » 25.
Les disparus de Sztalkowo et d’ailleurs n’intéressent personne.
Des camps de concentration dans la Pologne catholique et (très peu) démocratique ; des soldats-paysans faisant de la propagande bolchevique, fi donc !
Ces 40 000 prisonniers disparus après la victoire de la civilisation occidentale sur le bolchevisme, sous la direction du général Weygand, n’illustrent pas la perversité intrinsèque du communisme. Qu’ils dorment en paix.

Les archives elles-mêmes ne sont pas neutres
L’intérêt des archives est donc subordonné à la décision préalable de l’historien : que veut-il montrer ou démontrer ?
Dès lors, que cherche-t-il ? Comment exploite-t-il ce qu’il trouve ? Croire que « l’historien du communisme » arrive sans préjugés dans les archives et que ce serait la découverte (due au hasard ?) des documents qui orienterait d’elle-même ses conclusions est bien naïf. On peut lui appliquer la phrase du Dieu de Pascal : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé ! » Et puis les archives sont elles-mêmes composées, leur élaboration est un élément de la fabrication de l’histoire. Il ne s’agit pas simplement de la distinction nécessaire entre un document authentique et un faux (7), mais de la nature même des documents authentiques, de la décision qui a présidé à leur conservation et à leur classement, à leur sélection ou à la disparition de certains d’entre eux, de leur choix par l’historien, de la connaissance par ce dernier de la langue dans laquelle les documents sont rédigés, de leur interprétation, de leur utilisation
Ainsi, en décembre 1979, Molotov a confié aux archives de l’Institut du marxisme léninisme soixante-dix-sept lettres et notes de Staline à lui adressées, dont la grande majorité couvrent les années 1925-1930, et une douzaine seulement les années 1931-1936. Or la correspondance de Staline avec lui n’a pu s’interrompre en 1936. Molotov a donc fait un tri. L’utilisation des lettres déposées (fort intéressantes) est limitée par notre ignorance des raisons de ce probable tri effectué par un homme qui a déclaré : « Il y aura un musée Staline à Moscou (…). Le rôle joué par Staline est immense. Je suis sûr que son nom se relèvera et occupera dans l’histoire un rang glorieux » (8) et qui peut donc avoir éliminé ce qui gênerait cette perspective.
C’est évidemment une banalité que d’évoquer le nettoyage des archives et le document disparu. Il faut néanmoins y insister. Au plénum du comité central de juin 1937 du Parti bolchevique, Staline a fait voter (à l’unanimité, bien entendu), une résolution officialisant l’usage de la torture contre les (prétendus) ennemis du peuple. Ce texte est introuvable. Un télégramme chiffré de Staline du 10 janvier 1939 y fait allusion, mais ce télégramme est introuvable dans les archives centrales. On en a par hasard trouvé une copie dans les archives du PC du Daghestan, où, contrairement aux ordres manifestement reçus (mais on n’a pas de trace non plus de cet ordre hautement vraisemblable), un fonctionnaire paresseux a oublié de le détruire. Lors du plénum du comité central consacré au « groupe antiparti » de Molotov-Malenkov-Kaganovitch, en juin 1957, Khrouchtchev évoque ce texte en rappelant que Kaganovitch avait, peu avant, demandé qu’on le recherche pour le détruire… mais le travail avait déjà été fait depuis longtemps.
Le fonds Ordjonikidzé venu des fonds du bureau politique enfin transmis par les archives présidentielles en 1996 ne comporte que quatre dossiers, avec des pièces sans intérêt ; or le conflit entre Staline et Ordjonikidzé, qui se conclut par le suicide de ce dernier le 17 février 1937, a été un élément important dans la vie politique des sommets du Parti communiste russe de 1932 à 1937… Le fonds a donc été scrupuleusement nettoyé. De quoi ? Par qui ? Quand ? Pourquoi ?
Le fonds Mikoïan ne comporte que seize dossiers, dont aucun après 1937. Il a lui aussi été nettoyé.

Le sens de la sélection
Après le choix du sujet, la sélection des documents, qui découle du choix préalable de l’historien, joue un rôle essentiel. C’est ainsi un cliché que de présenter la politique des bolcheviks à l’égard des paysans pendant la guerre civile, de 1918 à 1920 (réquisition forcée de leur production pour nourrir la ville affamée et l’Armée rouge) comme le produit d’un choix idéologique. Mais au comité central du Parti libéral Cadet, le 20 août 1917, un dirigeant cadet, Kaufman, déclarait : pour faire face à la crise alimentaire (moins grave qu’en 1918) « au gouvernement, on envisage déjà la possibilité d’organiser des expéditions militaires pour prendre le pain aux paysans » (9). Bonne ou mauvaise (c’est une autre question), la réquisition paraissait donc dictée par les circonstances. Mais oublier ce projet du gouvernement provisoire permet de présenter les réquisitions de 1918-1920 comme un pur produit de l’idéologie.

Documents trafiqués
Encore s’agit-il là de documents authentiques, quoique partiels. Or les archives sont parsemées de documents orientés, voire fabriqués. Ainsi, selon diverses sources, lors des élections au comité central du Parti communiste russe, à la fin du XVIIe Congrès, en janvier 1934, Staline, rayé par 292 délégués, fut élu en dernière position sur une liste comportant le même nombre de candidats que de places. C’était une atteinte insupportable — quoique dissimulée aux simples délégués — au prestige du secrétaire général. Dans son très documenté Assassinat de Kirov, Alla Kririllina réfute cette version en s’appuyant sur le procès-verbal officiel du dépouillement conservé dans les archives du comité central. Mais ce document, qui n’enlève à Staline que trois voix, est bien douteux : le vote a été dépouillé dans treize sous-commissions et les résultats collationnés par une commission centrale de dépouillement de 63 membres, dirigée en fait par Lazare Kaganovitch (fidèle de Staline à 200 %, selon Molotov lui-même), flanqué de deux fidèles, et présidée par Vladimir Zatonski. Or 60 membres de la commission, dont Zatonski, sauf les trois acolytes sûrs, furent fusillés entre 1936 et 1938. Selon Mikoïan, sur deux sous-commissions, il manquait une trentaine de voix à Staline. Kaganovitch a falsifié le résultat du vote et ceux qui en savaient trop ont été liquidés. Le document archivé est donc ici un élément de manipulation et de falsification de l’histoire.
Le document apparemment authentique ne va pas sans problème non plus. Ainsi, la lettre rédigée en 1953, lors du prétendu complot des médecins-assassins (en majorité juifs), dit des Blouses blanches, vitupère ces médecins en ne citant que des noms de Juifs, maudissant « tous les projets des Vovsi, des Kogan, des Feldmann, etc. », accusant les « ennemis de la liberté des nationalités et de l’amitié des peuples (…) de vouloir transformer les Juifs de Russie en espions et en ennemis du peuple russe », tout en dénonçant l’antisémitisme. Cette lettre, finalement publiée en janvier 1997, porte une liste de noms (dont les écrivains Vassili Grossman, Ilya Ehrenbourg, Samuel Marchak, Marguerite Aliguer, etc., le physicien Lev Landau, le pianiste Emile Guillels, le compositeur Blanter, etc.), mais on n’a retrouvé aucune signature, alors qu’il y en eut beaucoup. Blanter a déclaré à l’un des rescapés de l’affaire après sa libération : « Chaque matin, j’ouvrais la Pravda les mains tremblantes de peur d’y trouver ce document infâme avec ma signature » (10). La liste publiée est sans aucun doute un projet établi ou visé par Staline. Les signatures recueillies (mais quelles sont-elles ?) ont sans doute été détruites. Pourquoi ? Pour protéger tel ou tel (le membre du bureau politique Kaganovitch ?) ou masquer des refus, signes d’un échec ?
Pendant longtemps, une liste de cinq ou six refus a circulé ; on y trouve le nom d’Ilya Ehrenbourg, mais ni celui de Vassili Grossman ni celui de Lev Landau, pourtant antistaliniens de très longue date, alors qu’Ehrenbourg avait de tout aussi longue date été un utile compagnon de route des campagnes staliniennes ? Auraient-ils accepté alors même qu’Ehrenbourg osait écrire à Staline pour expliquer la maladresse nocive de la lettre ? Ou est-ce ce qu’on a cherché à nous faire croire ? La liste orale est-elle innocente et fiable ?
Le journal de l’assassin de Kirov, Nikolaiev, largement utilisé par Alla Kirillina, pose un problème identique. Nikolaiev n’avait pas de machine à écrire. Or le texte archivé de son journal est tapé à la machine, sans doute par les dactylos du NKVD de Leningrad.
À quel moment ? Avant le 4 décembre, modifications ou coupures correspondraient aux intérêts de la direction du NKVD de Leningrad, soucieuse d’écarter l’accusation de négligence ; après son remplacement par des hommes de Staline, le 4, elles auraient dissimulé des faits gênants pour Staline et introduit des éléments favorables à son utilisation de la mort de Kirov. Rien ne permettant de trancher, le « document » ne prouve donc pas grand-chose.

Le monde des « agents », ou l’histoire comme manipulation
Le jeu des révélations accorde une place centrale à la découverte des « agents », mot utilisé à tout va et dans tous les sens possibles. On met sur le même plan, à travers l’utilisation du même mot, l’agent de renseignement, qui se vend et vend ce qu’il peut savoir contre espèces sonnantes et trébuchantes à un « État étranger », et le militant communiste, qui, au lendemain de la révolution russe, agressée de toute part, s’est engagé pour participer à sa défense et choisit ou accepte de réaliser ce choix politique en luttant contre les services d’espionnage ou de contre-espionnage des États ennemis ou en collectant des informations utiles dans ce combat. À l’exemple du plus connu, Ignace Reiss, dans les années 1920, des centaines de communistes, en particulier de pays d’Europe centrale dominés par des régimes dictatoriaux, ont donné cette forme à leur combat militant dans la continuité du combat révolutionnaire auquel ils avaient pris part. L’une des escroqueries du stalinisme est précisément d’avoir utilisé au compte de « l’antifascisme » les convictions de milliers d’hommes et de femmes de par le monde pour la seule défense de ses intérêts d’État et de caste.
En juin 1937, Ignace Reiss, communiste polonais, qui s’était engagé dans les services de renseignements soviétiques de l’Armée rouge pour servir de cette manière la révolution mondiale, considère que le stalinisme n’a rien à voir avec le communisme pour lequel il se bat depuis son adolescence. Il rompt donc avec Staline et les services secrets. Dans une lettre au comité central du Parti communiste russe, il dénonce les procès de Moscou et annonce sa décision de poursuivre son combat pour le socialisme en adhérant à la We Internationale. Il fut assassiné par deux tueurs staliniens. Karel Bartosek écrit à son propos dans Les Aveux des archives : « L’agent soviétique Ignace Reiss, en protestation contre Staline, avait cessé de coopérer avec la centrale de Moscou » (pp. 290291).
Reiss serait donc un « agent » comme Orlov, envoyé par le NKVD en Espagne pour y organiser l’assassinat des militants anarchistes, poumistes, trotskystes, communistes dissidents, voire un vulgaire espion. Pour faciliter la confusion Bartosek oublie tout simplement de signaler que, dans sa lettre ouverte à Staline, Ignace Reiss annonce qu’il rejoint les rangs de la Quatrième Internationale, décision qui cadre évidemment assez mal avec sa définition comme « agent ». Il s’agit de démontrer que « communiste » est synonyme d’agent et d’espion. Bartosek cite la phrase orale du défunt beau-frère du secrétaire du PC tchécoslovaque Slansky, condamné à mort lors du procès de Prague de novembre 1952 et pendu : « Le Komintern a été la plus grande organisation d’espionnage qu’ait connue le monde entier. » Ce mort bien pratique sert ainsi de document d’archives à lui tout seul ; il ne peut ni confirmer ni infirmer ces propos, qui ne prouveraient d’ailleurs rien, mais qui prétendent porter par beau-frère interposé la caution du secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque et principal condamné des procès de Prague de novembre 1952 lui-même ! La thèse centrale d’un livre intitulé Les Aveux des archives est donc fondée sur une déclaration orale invérifiable, mais dont le sens est clair : Internationale communiste = espionnage, de sa fondation en 1919 pour aider à la révolution mondiale à sa dissolution en 1943 par Staline, désireux d’amadouer Roosevelt et Churchill (la phrase dit en effet « a été » et non « est devenu »).
L’utilisation du mot « agent » relève donc d’un tour de passe-passe politique assez grossier. Ainsi, selon Karel Bartosek, Artur London — membre du PC, puis du gouvernement tchécoslovaque — serait un agent, recrutant des agents de renseignements (dénués d’ailleurs de tout renseignement) pour le parti dont il est officiellement membre. Étrange « agent ». Bartosek n’hésite pas à utiliser contre les London une lettre de Jacques Duclos, que Trotsky accusait d’être le représentant du Guépéou au bureau politique du PCF. Ce Duclos est certainement un témoin fiable, lui qui, en janvier 1935, accusait Trotsky d’avoir organisé l’attentat contre Kirov, le premier secrétaire du PC de Leningrad. Sa lettre date du 14 janvier 1953, le lendemain de l’annonce au monde entier du prétendu complot des médecins, dans lequel Duclos risquait de se voir entraîné. Ce document ne peut avoir qu’une valeur : montrer comment Duclos prépare sa défense. Quant à prendre ce qu’il dit pour argent comptant…
Pour Stéphane Courtois, Eugène Fried, représentant de l’Internationale communiste, serait le « chef secret du Parti communiste français ». Chargé de transmettre et d’y faire appliquer les consignes de la direction stalinisée de l’Internationale communiste qui n’a elle-même pas la moindre autonomie de décision, il n’était pourtant le chef de rien du tout.
Pierre Cot — compagnon de route affiché du stalinisme — est qualifié par Thierry Wolton, après Stéphane Courtois, d’ « agent soviétique actif et important » — dont l’activité semble pourtant se limiter à des commentaires et des rapports politiques bien banals et à un appui public à toutes les campagnes staliniennes. Thierry Wolton, dans Historia, cite le résident du NKVD à Washington, Zoubiline, qui, dressant une liste « de Français réfugiés aux Etats-Unis susceptibles (sic) de travailler pour le NKVD », précise : « Nous les contrôlons tous à travers Pierre Cot. » Cette formulation fanfaronne ne peut qu’attirer les soupçons : comment quelqu’un pourrait-il « contrôler », en tant qu’agent de renseignements, toute une liste de futurs agents éventuels encore ignorants de leur recrutement prochain ? Pierre Cot était sans doute leur mentor politique. Une simple note d’agent des services secrets suffirait à faire basculer un individu du rôle d’agent politique au rôle d’agent d’espionnage. La personne de Pierre Cot est en elle-même de peu d’intérêt, mais la méthode utilisée à son égard est révélatrice
L’essentiel n’est pas là ; il est, au-delà de tel ou tel détail, véridique ou fabriqué, dans une conception de l’histoire qui réduit tout à la manipulation.
Des millions d’hommes à travers le monde tentent depuis le XIXe siècle de contribuer à faire leur propre histoire en construisant ou faisant vivre partis et syndicats ouvriers. Ils ne seraient en fait que des marionnettes sur un théâtre d’ombres. Toutes les ficelles seraient tirées dans la coulisse par les vrais acteurs, cachés aux yeux de tous.
Les adhérents et militants sont donc trompés ; ils croient agir, alors qu’ils sont manipulés. Les forces sociales ne sont plus que des pions sur un échiquier où règnent en maîtres les appareils policiers et leurs agents.
L’ultime avatar de cette conception est formulé par Vitali Chentalinski dans Les Surprises de la Loubianka. Nouvelles découvertes dans les archives littéraires du KGB. Évoquant l’arrestation en 1919 de la voiture de Lénine par des bandits, il écrit que la « rencontre » de Lénine et de leur chef, Kochelkov, « fut celle de deux parrains, de deux « maîtres de la ville » et, pour tout dire, de deux brigands de grand chemin (…). Les bolcheviks ont pris le pouvoir avec des méthodes de bandits et l’ont renforcé par le sang et la violence en piétinant les lois élémentaires de la morale et du droit. Sous ce prisme, Kochelkov n’apparaît que comme une pâle image, banale et quotidienne, du terroriste rouge » (pp. 10 et 26).
Les archives peuvent vraiment servir à tout.

Jean-Jacques Marie

(1) CRCEDHC, fonds 17, inventaire 118, dossier 890.
(2) « Le KGB a certainement été à l’origine de la glasnost (…). Une des innovations de la perestroïka a été l’application à l’intérieur de l’URSS des techniques mises au point par le KGB en Occident » (Le Moment Gorbatchev, Hachette 1991, p. 199).
(3) Publié dans Istoritcheskii Arkhiv, à partir du n° 6, 1994.
(4) Cf. Boris Souvarine : Controverse avec Soljenitsyne, Allia, 1990, pp. 77 à 105.
(5) Istoritcheskii Arkhiv, 3, 1993, pp. 17 à 20.
(6) Cf. Il faudrait demander à Boudionny, in Komsomolskaia Pravda, 19 mai 1994.
(7) Les faux font des ravages. À la fin des années 1990, le faux attribué au colonel de l’Okhrana Eremine présentant Staline comme un agent de la police secrète tsariste, publié par Life en mai 1956, a connu un vif succès en Russie après celui qu’il avait connu à l’Ouest. Un historien russe, Aroutiounov, a même prétendu en avoir découvert l’original aux archives de la fédération (GARF). Le faux est pourtant patent.
(8) Felix Tchouiev : Conversations avec Molotov (Albin Michel, 1996, pp. 277-278).
(9) GARF, fonds 523, inventaire n° 2, dossier 20.
(10) Jacob Rapoport, A la frontière de deux époques, Moscou 1988, p. 68.