Une lettre de Gérard Gome

2ème tr 2012

Mon cher Jean-Jacques,

Dans le cadre des publications sur la Révolution française, je voudrais attirer ton attention sur un compte rendu de lecture du livre du général Herlaut (Autour d’Hébert, deux témoins de la Terreur … , Paris, 1958) rédigé par un dénommé Van Kalken et publié par la revue belge de philologie et d’histoire de 1959 (n° 4 volume 37). C’est surtout la note insérée à la suite du compte rendu qui mérite attention sans qu’il soit vraiment utile de développer sa haute et « hygiénique » pensée :

«Je me suis mainte fois demandé pourquoi le comportement des terroristes n’a pour ainsi dire jamais été étudié sous l’angle des influences purement bio-physiologiques. Se représente-t-on dans ce Paris, cloaque malodorant et obscur des débuts de la Révolution, ce que dut être l’existence de ces gens des faubourgs, logés dans la promiscuité de taudis à plusieurs étages, mal nourris, mal chauffés et buvant trop d’alcool ou de gris vin lourds ? Ils vivaient constamment dans la nervosité, la fièvre, étaient abreuvés de discours surexcités ou par la lecture du Père Duchesne, se ruaient aux spectacles des guillotinades, craignaient la trahison et, en même temps, suaient de peur à l’idée d’être dénoncés par un voisin venimeux comme trop tièdes. L’été de 1794 fut exceptionnellement chaud et sec. Au bref, la Révolution à Paris se déroula dans des conditions totalement antihygiéniques. Ce n’est pas sans raison qu’un important groupe des Cordeliers porte le nom d’Enragés. Toutes leurs hyperesthésies ne peuvent s ‘expliquer par la seule crainte de Pitt, de Cobourg et des « conspirateurs scélérats ».

(Il faut quand même rappeler que « Le Père Duchesne» n’a commencé à paraître qu’en septembre 1790, soit plus d’un an après les débuts de la Révolution, et que jusqu’en 1791 il est resté dans une ligne pour le moins conformiste et constitutionnelle puisqu’il soutenait le roi et La Fayette et s’opposait à Marat. Il est donc très loin, à cette époque, de sa future réputation de journal des « Exagérés»).