Quand Marc Ferro déraille…

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Marc Ferro, qui avait jadis publié une Histoire de la révolution russe sérieuse et honnête, vient de publier un ouvrage sur le sort de la famille impériale. Il y affirme qu’en juillet 1918, les bolcheviks n’ont abattu que le tsar lui-même et sa domesticité, mais que la tsarine, princesse allemande, et ses filles, princesses à demi-allemandes ont survécu, les dirigeants bolcheviques ayant négocié avec le gouvernement impérial allemand. Lorsqu’il évoque ces négociations – bien entendu si ultra secrètes qu’aucun document n’en atteste ! – il précise dans une interview à Ouest-France Dimanche (16 décembre 2012, p. 7) : « Tout se joue entre une nébuleuse de princes car les principaux dirigeants du Parti bolchevique sont tous – sauf un – des nobles et des aristocrates ».

Tous les dirigeants du Parti bolchevique, sauf un, étaient donc « des nobles et des aristocrates » ! Alors là pour un scoop, c’est un scoop ! Mais, comme nombre de scoops, il est totalement imaginaire. Prenons la liste des principaux dirigeants du Parti bolchevique en 1 917-1918.

Lénine est noble, mais c’est le seul, son père, inspecteur des écoles primaires ayant été anobli …

Trotsky est fils d ‘un paysan très aisé.

Léon Kamenev est l e fils d’un ingénieur des chemins de fer.

Grigori Zinoviev est le fils d’un paysan plutôt aisé.

Joseph Staline est fils d’un savetier et d’une femme de ménage. Certaines rumeurs fantaisistes l’ont bien présenté comme le fils d’un prince, Egnatachaviii, mais pas un seul historien sérieux ne prend cette fable pour autre chose qu’une de ces rumeurs dignes de la poubelle ou de la presse dite people.

Jacob Sverdlov est le fils d’un artisan graveur, propriétaire d’un petit atelier de typographie et d’imprimerie.

Nicolas Boukharine est fils d’un couple d’instituteurs.

Grigori Sokolnikov est le fils d’un médecin.

Ivar Smilga est le fils de propriétaires terriens aisés.

On pourrait ajouter à ces noms ceux des autres membres du comité central de 1917 et 1918 (Artiorn-Sergueiev, fils de paysans, Nicolas Krestinski, fils d’un professeur de lycée, etc.), on ne trouvera de trace d’appartenance à la noblesse et à l’aristocratie chez aucun d’eux. On pourrait tout juste, à la rigueur, si on veut, y ranger Felix Dzerjinski, fils de petits hobereaux polonais ; mais la petite noblesse polonaise ou « szlachta »,souvent pauvre, ne saurait, malgré ses prétentions dérisoires à y figurer, relever de l’aristocratie : en Pologne, les aristocrates sont les « magnaty » … caste à laquelle étaient fort loin d’appartenir les parents de Felix Dzerjinski.

L’affirmation pour le moins surprenante, sinon délirante, de Marc Ferro ne plaide pas par ailleurs en faveur du sérieux de la thèse qu’il développe.

Après Rimbaud, « le nabot sanglant » lejov homosexuel

Jean-Jacques Marie

Une certaine Najat Vallaud-Belkacern , ministre des Droits de la femme, a, dans une interview au magazine TêTu (d’octobre 2012) écrit les lignes aériennes suivantes :

« Aujourd’hui nos manuels (scolaires – NDA) s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbiennes, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs même quand elle explique une grande partie de leur œuvre … ». Et, à l’appui de son affirmation, elle a cité Arthur Rimbaud, mais aucun personnage historique. Choisir Rimbaud pour illustrer l’idée que l’homosexualité expliquerait « une grande partie de son œuvre » prouve l’étendue de l’ignorance (ou de la stupidité ou des deux réunies) de la dame Najat Vallaud-Belkacem … qui a sans doute, comme beaucoup de lycéens et lycéennes, appris la brève aventure et le conflit violent entre Rimbaud et Verlaine dans un manuel scolaire.

A titre de personnage historique, puisqu’elle a omis d’en citer un, on pourrait lui suggérer de prendre l’exemple de Nicolas lejov, chef du NKVD de 1936 à 1938, arrêté en mars1939, et exécuté en mars 1940. Les enquêteurs de Béria, qui lui succéda, s’acharnèrent à lui faire avouer qu’il était « pédéraste » (et, bien entendu, à la tête d’un « complot trotskyste » à la tête du NKVD ) et ce depuis son incorporation dans l’armée e n 1917 ! Plusieurs témoignages semblent confirmer l’ homosexualité (au moins intermittente) de Iejov et certains ouvrages d’historiens en Russie y font clairement allusion. Je n’en ai encore trouvé aucun qui explique sa politique et les massacres sanglants qu’il a organisés sur ordre de Staline par cette homosexualité.

Peut-être Mème Vallaud-Belkacem pourrait-elle leur faire la leçon sur les insuffisances criantes de leur méthode de travail historique ?


Situationnisme … et liquidités

Jean-Jacques Marie

Guy Debord avait fondé dans les années 1960 une Internationale situationniste dont il était le grand penseur. Auteur, entre autres, de La Société du spectacle, il n’avait pas de mots assez durs pour le mouvement ouvrier. Dans Le Monde diplomatique (août 2006), un auteur du nom de Guy Scarpetta soulignait «la prodigieuse cohérence de sa pensée qui, parce qu’elle n’a jamais renié sa dimension révolutionnaire, offre les meilleures clés pour comprendre notre temps ».

Précisons que qui feuilletterait les deux mille et quelques pages des œuvres de Guy Debord serait bien en peine d’y trouver une explication de la crise qui secoue le monde et en particulier l’Europe depuis 2 006. Une information publiée dans Le Nouvel Observateur ( n°2508, 8 novembre 2012), en page 14 attire l’attention du lecteur sur la valeur des idées de Guy Debord. On y lit « Jusqu’alors les archives des grands penseurs étaient données. C ‘est le cas des archives de Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes ou Jacques Derrida. La veuve de Guy Debord est la première à avoir vendu les fonds de son mari : en 2 010, pour contrer une offre de Yale et garder en France les cartons du pape des Situs, la BNF avait déboursé 2,7 millions d’euros ». Certes, feu Guy Debord n’est pas responsable de la décision de sa veuve … Mais que l’œuvre du dénonciateur de la « société du spectacle » acquière une telle valeur marchande pousse néanmoins à réfléchir sur la fonction réelle qu’on voudrait lui faire remplir dans la société d’aujourd’hui, même si en réalité tout le monde se fout du pseudo-révolutionnarisme de Guy Debord.

Vanitas Vanitatum

Laurent Joffrin, directeur de collection …

Jean-Jacques Marie

1er tr 2013

Depuis novembre 2 012, Le Nouvel Observateur présente une série de dix biographies des « géants du XX’ siècle » sous-titrée : « Une collection des meilleures biographies dirigée par Laurent Joffrin » ; par ailleurs directeur du Nouvel Observateur et dont la photographie orne sur la droite la reproduction de la couverture des dites biographies. En réalité, Laurent Joffrin propose aux lecteurs de son hebdomadaire dix biographies publiées depuis plus ou moins longtemps par les éditions Fayard sans qu’il ait apporté le moindre concours à ces publications, qui ne portent aucune indication d’un directeur de collection, mais dont la responsabilité incombait soit au directeur de Fayard soit au responsable de l’histoire dans cette maison d’édition. Pour Laurent Joffrin, il suffit donc d’acheter dix volumes édités sous la responsabilité d’autres que lui pour se donner le titre de directeur de collection. Cette vanité puérile est certes plus grotesque que révoltante … mais il faut quand même le faire.

De Gaulle, libérateur des peuples?

Jean-Jacques Marie

Depuis qu’il a rompu avec les vagues aspirations révolutionnaires de sa jeunesse, monsieur Benjamin Stora a pris du poids. Il appartient au « comité scientifique » de la Maison de l’histoire de France mise en place par Frédéric Mitterrand (pas regardant dans ses fréquentations notre historien) contre l’hostilité de nombreux historiens que nul ne saurait taxer d’un quelconque extrémisme. Il y cohabite avec Jean-Christian Petit-Fils, apologéte convaincu de Louis XVI, ou Dominique Borne, grand prêtre de l’enseignement des religions dans les établissements scolaires.

Il est devenu en France l’historien officiel de 1 ‘Algérie et surtout de la guerre d’Algérie. On le voit et on l’entend (c’est la double peine) se répandre partout. Sa dernière interview dans Télérama (14 mars 2012, page 18) est un chef-d’œuvre du genre. D’abord une photo du personnage dans le style gaullien (en modèle réduit certes), puis le texte.

Telle Bernadette jadis à Lourdes, Benjamin Stora a eu une révélation. De Gaulle lui est apparu en grand émancipateur des peuples colonisés. A l’en croire, en effet, l’indépendance de l’Algérie a abouti à « placer la France en leader du tiers-monde et du non-alignement. Cette même France, qui avait été si isolée pendant la guerre d’Algérie, contestée notamment à l’ONU par tous les Etats qui venaient d’accéder à leur indépendance, va plaider pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dénoncer l’hégémonie soviétique et américaine. Du discours de Mexico (1964) à Montréal (1967) en passant par Phnom-Penh (1966) où il critique les Etats-Unis en plein conflit du Vietnam, de Gaulle surfe sur son aura de champion des indépendances, sur la résolution des conflits en Algérie et en Indochine. Il façonne une nouvelle stature pour le pays».

Apparemment Stora n’a jamais entendu parler de la Françafrique, de Foccart, des diverses manœuvres -le plus souvent couronnées de succès -pour maintenir la présence économique et politique de l’impérialisme français dans les pays devenus indépendants. On peut constater, en tout cas, qu’il a toute sa place dans le « comité scientifique » de la Maison de l’histoire de France.

A la question de Télérama : «Pourquoi les cicatrices de la guerre d’Algérie semblent-elles si mal refermées ? », il répond d’abord :

«L’orgueil français peine à admettre que pour exister les Algériens ont été obligés de se séparer de la métropole ». Comment donc, « l’orgueil français » ? Tous Français confondus, tous intérêts de classe ou de groupes effacés ? Un trait national en quelque sorte … qui transgresse toutes les frontières sociales et politiques ? Et comme il faut être à la mode réactionnaire dans tous les domaines : « Pour la France (…), compliqué de mettre en cause son modèle assimilationniste, de s’interroger sur l’Etat-nation jacobin » (souligné par moi).

Ce serait donc la conception de l’Etat-nation, produit de la Révolution française, et donc le jacobinisme, qui serait responsable des méfaits du colonialisme ? Faudrait-il en conclure que si la régionalisation rampante avait été mise en œuvre il y a soixante ou soixante-dix ans, nous n’aurions pas eu de guerre d’Algérie et peut-être une région algérienne décentralisée, dans le genre du statut spécial pour la Corse proposé par feu (politiquement parlant) Sarkozy ? Si ces propos sont moins clairs que les délires antijacobins réactionnaires de la sénatrice Verte Esther Benbassa (1), Benjamin Stora court dans le même sens, dans le sens du vent. Court, disons plutôt clopine … 

1 Voir l’article de Nicole Perron à ce sujet dans les Cahiers du mouvement ouvrier, n° 53.

Staline … ou Jeleznine ?

Jean-Jacques Marie

Pendant des années, les lycéens – admiratifs, indifférents ou caustiques – ont appris que le pseudonyme de Staline venait du mot russe « stal » qui veut dire «acier» et donc que Staline était l’homme d’acier. Deux redoutables spécialistes de l’URSS et de la Russie, Hélène Blanc et Renata Lesnik, journalistes qui se situent dans la lignée de Stéphane Courtois, considérées par leurs pairs comme des « spécialistes » (?), ont corrigé cette version traditionnelle. Dans un ouvrage (aussi nul que leurs ouvrages précédents) intitulé Les prédateurs du Kremlin, (1917-2009), elles annoncent « quelques révélations saisissantes » (page 16). On y apprend que « Beria s’était farouchement opposé à l’ordre de liquider les officiers polonais à Katyn » (page 63 ), ordre dont il a été, les documents le prouvent, le principal organisateur ; elles ne font là que reprendre la légende grotesque répandue par son fils Sergo qui ment et trafique ses propres textes à tour de bras. La nomination d’Andropov à la tête du KGB est commentée sous le sous-titre : « Un poète au KGB » (page 105). Les dissidents ont pu apprécier son sens de la poésie … Mais la plus saisissante de leurs révélations porte sur Staline: «Observons d’abord, écrivent-elles page 49, que l’homme de fer (de stal « fer ») n ‘assumait pas ses décisions ». Le « fer » se dit en russe « Jelezo ». L’« homme de fer » se dirait donc Jelez-nine …

Nos deux « spécialistes» ignorent donc ce que des millions de lycéens, sans connaître le russe, ont su et que certains savent peut-être encore. Mais nos « spécialistes » ne sont pas à une approximation près. Elles écrivent ainsi : « Le ciel s ‘assombrit en 1951 quand éclate « l’affaire de Leningrad » (1948-1953) », c’est-à-dire la liquidation des dirigeants des cadres du Parti communiste russe de Leningrad (Kouznetsov, Popkov, etc.). Elle éclate donc en 1951 … tout en commençant en 1948. Ajoutons qu’elle n’éclate pas, car aucun élément n’en apparaît publiquement, au point que la fille de Kouznetsov (ancien secrétaire du comité central), mariée à un fils de Mikoian, n’a même pas su à l’époque ce qu’il était advenu de son père fusillé !

Plus remarquable encore dans leur ignorance, elles écrivent : « Durant les années 1934-1936 le théâtre de l’absurde socialiste met en scène les grands procès où les fidèles compagnons de Lénine et Staline, les théoriciens du marxisme et la fine fleur des militaires tiennent les rôles principaux. Exeunt Serguei Kamenev, Grigori Zinoviev et Nikolaï Boukharine » (page 48).

Or :

a) Les procès de Moscou se sont déroulés non de 1934 à 1936 mais de 1936 à 1938 (octobre 1936, janvier 1937, juin 1937 pour le procès des militaires, et mars 1938).

b) Nos deux redoutables spécialistes se trompent de Kamenev : le dirigeant bolchevique assassiné par Staline s’appelait Lev ou Léon ; Serguei Kamenev était un chef militaire mort dans son lit en 1936, et qui sera certes déclaré traître plus tard … mais que Staline ne pourra rattraper dans l’au-delà et donc juger.

Une lettre de Gérard Gome

Mon cher Jean-Jacques,

Dans le cadre des publications sur la Révolution française, je voudrais attirer ton attention sur un compte rendu de lecture du livre du général Herlaut (Autour d’Hébert, deux témoins de la Terreur … , Paris, 1958) rédigé par un dénommé Van Kalken et publié par la revue belge de philologie et d’histoire de 1959 (n° 4 volume 37). C’est surtout la note insérée à la suite du compte rendu qui mérite attention sans qu’il soit vraiment utile de développer sa haute et « hygiénique » pensée :

«Je me suis mainte fois demandé pourquoi le comportement des terroristes n’a pour ainsi dire jamais été étudié sous l’angle des influences purement bio-physiologiques. Se représente-t-on dans ce Paris, cloaque malodorant et obscur des débuts de la Révolution, ce que dut être l’existence de ces gens des faubourgs, logés dans la promiscuité de taudis à plusieurs étages, mal nourris, mal chauffés et buvant trop d’alcool ou de gris vin lourds ? Ils vivaient constamment dans la nervosité, la fièvre, étaient abreuvés de discours surexcités ou par la lecture du Père Duchesne, se ruaient aux spectacles des guillotinades, craignaient la trahison et, en même temps, suaient de peur à l’idée d’être dénoncés par un voisin venimeux comme trop tièdes. L’été de 1794 fut exceptionnellement chaud et sec. Au bref, la Révolution à Paris se déroula dans des conditions totalement antihygiéniques. Ce n’est pas sans raison qu’un important groupe des Cordeliers porte le nom d’Enragés. Toutes leurs hyperesthésies ne peuvent s’expliquer par la seule crainte de Pitt, de Cobourg et des « conspirateurs scélérats ».

(Il faut quand même rappeler que « Le Père Duchesne» n’a commencé à paraître qu’en septembre 1790, soit plus d’un an après les débuts de la Révolution, et que jusqu’en 1791 il est resté dans une ligne pour le moins conformiste et constitutionnelle puisqu’il soutenait le roi et La Fayette et s’opposait à Marat. Il est donc très loin, à cette époque, de sa future réputation de journal des « Exagérés»).

Si le ridicule pouvait tuer …

Première scène : Président de la République ou rien …

Dans France-Soir (20 novembre 2010), une journaliste raconte son petit-déjeuner avec Pierre Moscovici. Bien que les Cahiers du mouvement ouvrier n’aient pas pour fonction d’évoquer la politique actuelle (il y a suffisamment d’organes multiples et divers dont c’est la tâche pour ne pas y ajouter notre très modeste voix), cette interview contient quelques perles qu’il est bon de fixer.

Pierre Moscovici se définit d’abord comme « un Parisien, intellectuel de gauche » (Parisien, certes, intellectuel … s’il le dit … ), parti ensuite à Montbéliard, où il a découvert « la France des usines, des ouvriers ». Pour comprendre cette France-là, « il faut y mettre son cœur et y plonger sans réserve (. . .). Si on pense que la vérité est à Paris, ça ne marche pas ». On a peine à comprendre, car des ouvriers et des usines, il y en a aussi en Ile-de-France. Ceux de Montbéliard seraient-ils donc d’une autre nature ?

Puis la journaliste lui demande : « Qu’est-ce qui fait courir un politique ? » Réponse : « L’adrénaline et le narcissisme ». On se dit pourtant que les ouvriers de Montbéliard ne doivent guère apprécier le narcissisme d’un parlementaire. Se battre pour des idées, pour un programme ? Moscovici n’évoque pas ce type de motivation.

Enfin vient le sommet de l’interview. La journaliste lui demande : « Croyez-vous avoir un destin national ? » Réponse : « Pour avoir un destin, il faut que soient réunis le talent et les circonstances. A droite, il y a de très grands talents qui n’ont jamais eu un destin. Philippe Séguin, François Léotard, Michel Noir, Gérard Longuet … C’est le cimetière des éléphants ». Comme éléphants, on fait mieux, et comme grands talents, nettement mieux …

La conclusion vaut son pesant : « J’ai envie d’aller plus haut, c’est vrai (… ). Je pense juste que je pourrais être un jour président de la République. Aujourd’hui , c’est DSK, et j’espère qu’il le sera ». Donc, DSK en 2012 et Pierre Moscovici en 2017. La journaliste conclut son interview par une question inquiète : « Que ferez-vous après 2017 si vous n’êtes pas devenu entre-temps président ?  » Réponse : « Vers 2022, dans ce cas, j’arrêterai la politique ». Ce serait vraiment dommage.

Deuxième scène : Menaces de mort contre Luc Ferry …

Les enseignants s’en souviennent encore : lorsqu’il était ministre de l’Education nationale de Jacques Chirac, Luc Ferry fit imprimer une Lettre aux enseignants, tirée à 800 000 exemplaires (impression payée par le ministère de l’Education nationale) et distribuée aux enseignants, qui, en règle générale, ont jeté son livre à la poubelle ou aux ordures. (Quel gâchis de papier, certes, mais une fois le papier gâché par l’impression, que voulez-vous faire de la prose de Luc Ferry ?) Ceux qui ont gardé le souvenir de cet épisode comique quoique coûteux ne peuvent que lire avec délectation l’interview de Luc Ferry dans Le Monde Magazine en date du 13 novembre 2010. Le journaliste, évoquant La Pensée 68, son opuscule oublié de tous depuis longtemps (sauf de lui-même, de sa femme, de quelques amis complaisants et du journaliste du Monde), lui dit : « En 1985, vous avez publié avec Alain Renaut La Pensée 68 …  » Il n’a pas le temps de prononcer sa question que Luc Ferry se décoche à lui-même un violent coup dans les chevilles en déclarant : « Ce livre a énormément compté dans l’histoire intellectuelle française parce que c’était le premier ouvrage qui osait prendre de plein fouet les grands « déconstructeurs » des années 1960, Derrida, Foucault, etc. (. . .). A cause de La Pensée 68, j’ai eu des menaces de mort, c’était fou ». Luc Ferry menacé de mort. .. On en frémit. Il ajoute aussitôt après cet épisode resté virtuel, heureusement pour la philosophie française : « Je me suis rendu compte que ces grands maîtres qui faisaient de l ‘esprit critique le sel de la terre ne supportaient pas que cet esprit critique puisse se retourner contre eux ». Faudrait-il comprendre que Derrida et Foucault auraient menacé Luc Ferry de le tuer ou poussé des séides à le menacer de mort pour un petit pamphlet assez dérisoire ? On n’ose l’imaginer, mais il faut avouer que la lecture des propos de notre ancien ministre pourrait laisser croire à de telles intentions homicides chez les deux « déconstructeurs » cités.

Le journaliste demandant alors à Luc Ferry si le qualificatif de « philosophe à succès » qui lui est attribué lui fait plaisir, Luc Ferry répond très modestement : « Les plus grands philosophes avaient un immense public. On se bousculait aux cours de Kant. » Diable ? Notre ministre serait-il donc de la même pointure ? Et il ajoute : « Le propre de ma génération avec Finkielkraut, Comte-Sponville, etc., c’est d’avoir renoué avec le public ».

Il est devenu ministre … « Quand l’Elysée m’a appelé, déclare-t-il, je suis tombé de ma chaise ». Hélas ! il s’est relevé … Luc Ferry informe le lecteur in fine d’une nouvelle qui ne l’attristera sans doute guère : « Je ne vais pas, à 60 ans, perdre mon temps à faire le guignol dans un ministère. Mon métier, c’est l’écriture ». Il aurait pu y penser plus tôt et pourrait s’arrêter modestement là.

Mais un coup de publicité auto-organisée ne fait pas de mal. Il ajoute donc : « Mon livre le plus important de très loin, c’est La Révolution de l’amour. C’est le livre d’une vie. Il contient tous les autres. » Si La Pensée 68 a « énormément compté dans l’histoire intellectuelle française », imaginons un peu quel sommet doit atteindre La Révolution de l’amour si c’est son livre « le plus important de très loin … » ! Après le mont Blanc, c’est l’Himalaya …

Où va se nicher le trotskysme !

4ème tr 2010

Dépêche de l’AFP -19 mars 2010, 14 h 54 : La justice russe a refusé vendredi d’ordonner la reprise de l’enquête criminelle sur l’exécution du dernier tsar de Russie, Nicolas II, close il y a un plus d’un an, a annoncé l’avocat des Romanov en critiquant le « nihilisme légal ». « Le tribunal a refusé de reconnaître illégale la décision sur la clôture de l’enquête », a déclaré Guerman Loukianov à l’agence Interfax. La famille Romanov a saisi à la mi-janvier le tribunal Basmanny, de Moscou, en demandant de juger « illégale et infondée » la décision du comité d’enquête du parquet russe de clore l’enquête. « Le tribunal n’a pas examiné les arguments selon lesquels les Romanov avaient été tués au nom de l’Etat », a souligné Me Loukianov, cité par l’agence RIA Novosti, en dénonçant « le trotskisme juridique » et le « nihilisme légal ».

Le tribunal Basmanny a toutefois satisfait la demande de la maison Romanov obligeant le comité d’enquête à lui fournir une copie de la résolution sur la clôture de l’enquête. Nicolas II, son épouse Alexandra et leurs cinq enfants avaient été faits prisonniers, puis exécutés par la Tcheka, la police politique de Lénine, le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg, dans l’Oural.

La famille Romanov et l’Eglise orthodoxe doutent par ailleurs que des restes humains découverts en 2007 dans la région d’Ekaterinbourg soient ceux du tsarévitch et de sa soeur Maria, assassinés avec toute leur famille, malgré les résultats de tests ADN en Russie, aux Etats-Unis et en Autriche.

Jaurès assassiné une nouvelle fois !

Après avoir été assassiné par Villain, puis par le socialiste Alexandre Zévaès, qui fut l’un des deux avocats de l’assassin et obtint son acquittement, Jaurès le fut par une cohorte de récupérateurs lui faisant dire le contraire de ce qu’il écrivait.

Dans une interview à Direct Matin (2 novembre 2010), Michel Rocard s’assimile à Jaurès. D’abord, il se vante : « Regardez-moi ! Décolonisation, décentralisation, réconciliation avec les catholiques. Pardonnez-moi cette arrogance, mais j’en ai fait autant qu’un président ». On avait cru jusqu’alors que les peuples colonisés s’étaient libérés et décolonisés eux-mêmes dans les années 1950- 1960, alors que Michel Rocard n’a été nommé Premier ministre qu’en 1988.

Puis, c’est le coup de cymbale final : « La dynastie Jaurès, Blum, Mendès, Delors et moi-même, c’est la même chose. » Pauvre Jaurès ! Rappelons quelques-unes de ses déclarations, qui datent toutes de 1895 et 1898, extraites du recueil Jaurès, Rallumer tous les soleils (Omnibus, 2006). « L’histoire donne une réalité indéniable et sanglante à la lutte des classes, et cela depuis la Révolution » (p. 267). « Toujours, sous le déguisement des questions politiques et religieuses ou à découvert, il y a depuis un siècle lutte sociale entre des classes antagonistes » (p. 270). « Parce qu’il y a des classes, l’Etat est perpétuellement obligé d’user de la contrainte (… ), l’Etat est incessamment obligé d’écraser ou d’intimider la force physique des masses par la force physique bien supérieure des armes organisées » (p. 271). « L’Etat a le service énorme de la dette, il est caporal, policier, gendarme » (p. 292). « Par l’effet de l’existence des classes sociales, le règne de la démocratie n’est qu’apparent » (p. 283). Rocard ne pourrait ni ne voudrait signer aucune de ces lignes. La filiation qu’il affirme avec Jaurès est donc un abus grossier.